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Des acériculteurs accusent Québec d’être « à genoux » face à l’industrie forestière

Ils jugent que l'État ne laisse que des « miettes » pour les producteurs de sirop d'érable.

Des acériculteurs posent devant une forêt coupé par l'industrie.

Plusieurs acériculteurs de l'Estrie lancent un cri du cœur.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

Les acériculteurs accusent le gouvernement du Québec de défendre davantage les intérêts de l’industrie forestière que les leurs. En Estrie, ils craignent même qu’il soit impossible d’ouvrir de nouvelles érablières.

Les producteurs de sirop d’érable sont plus inquiets que jamais. Tout agrandissement ou ouverture d’érablière semble, selon eux, compromis en Estrie, même si le secteur de l’érable est en plein essor.

Je réalise qu’au Québec, on est encore un peuple à genoux, de peureux. De voir comment on gère notre forêt publique, on voit qu’on est soumis aux barons de la forêt.

Une citation de :Jonathan Blais, président des Producteurs acéricoles de l’Estrie

Ils sont une dizaine à nous avoir donné rendez-vous sur une terre de Chartierville, où tous les érables ont été abattus. Là, on voit que c’est l’industrie qui a préséance, déplore le président des Producteurs acéricoles de l’Estrie, Jonathan Blais. L’Industrie débarque avec ses gros sabots, puis commande ce qu’elle veut.

Quelques morceaux de bois jonchent le sol après une coupe forestière.

De la relève sans terre et des agrandissements impossibles

Le gouvernement Legault réserve trop de forêts à l’industrie forestière, selon les producteurs acéricoles. Ces dernières avaient ciblé 6 200 hectares pour des érablières, mais le ministère ne leur en a réservé que 600. La majorité de ces hectares seraient des restants de table des forestiers, selon M. Blais.

Cette décision a des impacts réels pour Nicolas Plourde, qui tente sans succès de démarrer son entreprise depuis 2012. Moi, je suis obligé d’aller travailler ailleurs, se désole-t-il. Je trouve irréaliste de couper une forêt aussi belle.

Les coupes sont aussi lourdes de conséquences pour David Dostie, qui exploite une érablière à Notre-Dame-Des-Bois. Il est incapable de concrétiser ses projets d’expansion. Depuis 2017 que je leur fournis des inventaires [au ministère des Forêts]. Tout ce qu’ils m’ont dit, c’est qu’il y a un beau secteur de bois, puis ils ont réservé cela pour la coupe de bois, s’insurge-t-il.

S’ils viennent bûcher cela, c’est fini après (pour des projets d’expansion d’érablière).

Une citation de :David Dostie, acériculteur

Le bureau régional du ministère s’explique

Le chef de l’Unité de gestion de l’Estrie du ministère des Forêts, Éric Jaccard, estime que les acériculteurs de la région peuvent déjà exploiter une superficie importante des terres publiques. On a près de 50 % des superficies aménageables qui sont déjà sous exploitation acéricole, mentionne-t-il.

La forêt publique appartient à tout le monde et on essaye de trouver les meilleurs compromis possibles.

Une citation de :Éric Jaccard, chef de l’Unité de gestion de l’Estrie du ministère des Forêts

Bien qu'il se dise en faveur de l'ouverture de plus d'érablières, il rappelle qu'il doit honorer le volume de bois promis par l'État à l'industrie. Il faut respecter les garanties d’approvisionnement pour l’industrie forestière, souligne-t-il.

M. Jaccard martèle également que son bureau est loin de s’opposer au développement acéricole, mais que le défi demeure la conciliation pour que chacun puisse favoriser l’essor de son industrie. Il juge injuste de considérer que le ministère est plus favorable à l’industrie forestière.

Le Conseil de l’industrie forestière appelle au dialogue

Le Conseil de l’industrie forestière souhaite quant à lui trouver un compromis avec les acériculteurs. Je pense qu’on a besoin de se parler, car les Québécois aiment autant le sirop d’érable que les meubles et les planchers de bois franc, souligne le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Jean-François Samray.

L’État doit s’asseoir et trouver un compromis avec les deux parties. Nous, on attend d’être invités pour faire la discussion.

Une citation de :Jean-François Samray, président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec

Les producteurs de sirop d'érable allèguent justement qu’ils sont en mesure de fournir du bois à l'industrie, mais avec des coupes dans les érablières qui n’hypothéqueront pas leur avenir. Ils jugent que les stratégies de coupe du ministère, dont l’établissement des Aires d’intensification de la production ligneuse (AIPL), sont inappropriées. La première fois que j’ai vu cela, c’est dans les films de Richard Desjardins et j’ai eu honte pour la première fois de ma vie d’être Québécois, fustige Jonathan Blais.

Un enjeu politique

Le président de la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire (TGIRT) de l’Estrie, Jean-Paul Gendron, juge que c’est au ministre des Forêts Pierre Dufour de trouver une issue au conflit.

Le problème devient délicat. Les bénéficiaires de garanties d’approvisionnement ont des promesses du MFFP [ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs] pour des volumes de bois.

Une citation de :Jean-Paul Gendron, président de la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire (TGIRT)

Même si la structure qu’il préside a pour mandat de favoriser une cohabitation entre les utilisateurs de la forêt publique, il s’estime impuissant dans ce dossier. Vu l’importance du contentieux, je pense que la décision finale revient au ministre des Forêts, clame Jean-Paul Gendron. Il refuse de réclamer un vote sur cet enjeu.

En trame de fond du conflit, le ministre Pierre Dufour a annoncé en décembre dernier qu’il souhaitait pratiquement doubler la récolte de bois au Québec d’ici 2080.

Il a décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada, puisqu’une réunion de la Table stratégique provinciale sur l’acériculture aura lieu sous peu. Par respect pour le processus établi, le ministre ne fera aucun commentaire d’ici là, a répondu par courriel son directeur des communications, Michel Vincent.

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