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Pourquoi la princesse Diana fascine-t-elle autant, même les plus jeunes?

En novembre 1996, Diana Spencer, la princesse de Galles, salue la foule lorsqu'elle quitte le Victor Chang Cardiac Research Institute à Sydney.

En novembre 1996, Diana Spencer, la princesse de Galles, salue la foule lorsqu'elle quitte le Victor Chang Cardiac Research Institute à Sydney.

Photo : Getty Images / AFP / Torsten Blackwood

Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

Le film Spencer, du réalisateur Pablo Larrain, est présenté aujourd’hui au Festival international du film de Toronto (TIFF). L'actrice américaine Kristen Stewart y incarne la princesse Diana, morte il y a 24 ans. Des années plus tard, le souvenir de l’icône ne s’éteint pas : des films lui sont toujours consacrés, des tendances naissent de ses tenues, et les réseaux sociaux célèbrent la femme qu’elle était. Lumière sur le phénomène Diana, maintenant chouchoute de la génération du millénaire.

L’autrice britannique Eloise Moran s’est plongée dans l’univers de la princesse de Galles alors qu’elle-même était au cœur d’un divorce douloureux au début de sa vingtaine. Loin de croire que le simple visionnement du documentaire Diana: In her own words allait l’inspirer à ce point, la jeune femme de 29 ans a été happée par les ressemblances entre sa propre vie et celle de l’une des femmes les plus célébrées de l’histoire, Diana Spencer. 

La princesse Diana tient le petit prince Harry dans ses bras.

La princesse Diana tient le petit prince Harry dans ses bras.

Photo : Reuters

Eloise Moran croit que la bataille menée par la princesse pour trouver le bonheur continue d’inspirer le public, notamment les jeunes femmes qui y voient un modèle de femme inspirante et multidimensionnelle. Elle a vécu tellement de choses que l’on vit toutes : une relation houleuse, de l'infidélité et le besoin de s’épanouir en dépit de ce qu’on attend de nous , note l’autrice.

Après le mouvement #MoiAussi, beaucoup de femmes se sont senties inspirées à être maîtresses de leur destin et à tenir les personnes en cause responsables de leurs actes. Je pense que Diana a fait la même chose. C’était subtil, évidemment, puisqu’elle était contrainte par son rôle et l’époque dans laquelle elle vivait. Elle était une figure de l’autonomisation des femmes à bien des égards. – Eloise Moran 

L’idée lui est alors venue de créer un compte Instagram consacré à l’un des aspects les plus fascinants de la princesse, selon elle : la vengeance vestimentaire (revenge dressing). Ce sont maintenant plus de 120 000 personnes abonnées qui suivent les publications de @ladydirevengelooks (Nouvelle fenêtre), où elle décortique les tenues de la princesse.

La robe de la vengeance 

Le compte tire son inspiration d’une robe signée Christina Stambolian et portée par Diana en 1994 à l’occasion d’un dîner organisé par le magazine Vanity Fair à la galerie Serpentine des jardins de Kensington. Cette robe, connue comme la robe de la vengeance, a attiré l’attention du monde entier, puisqu’elle semblait avoir été choisie par Diana pour faire un pied de nez au prince Charles, qui venait d’avouer publiquement son infidélité lors d’une entrevue télévisée. D’après Eloise Moran, ce moment est loin d’être unique. Lady Di s’est amusée à plusieurs reprises avec ses vêtements pour envoyer des messages à la presse et à la famille royale. 

Diana avait assurément une fibre rebelle dès le départ. On peut déjà observer cette tendance dans ses vêtements lorsqu’elle était plus jeune et qu’elle tentait de trouver son individualité tout en faisant partie du cadre rigide de la famille royale.

Une citation de :Eloise Moran

L’autrice avoue avoir été séduite d’abord par le style vestimentaire de la princesse. Cette fascination envers l’élégance de Diana transcende les générations sur les réseaux sociaux. Avec la vague de tendances inspirées des années 90, ses tenues refont surface et inspirent à nouveau. 

Anouk Bélanger est professeure titulaire au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse au phénomène de la célébrité. 

Sa vie et son expression passaient par l’image et la mode. Ces tenues capturées par les médias ont permis de créer une culture visuelle autour d’elle qui inspire encore à ce jour.

Une citation de :Anouk Bélanger

Selon elle, l'esthétisme de la princesse a contribué à l’élever au statut d’icône. La fin des années 80 et le début des années 90 ont marqué un tournant dans la culture des célébrités. Grâce au contexte de mondialisation et au développement des médias, les vedettes, que ce soit celles de cinéma ou du sport, pouvaient alors aspirer à un niveau de popularité inégalé. Et Diana a fait son entrée. Elle s’est alors retrouvée au croisement d’un intérêt national pour la monarchie et d’une nouvelle soif pour la vie des célébrités. Les étoiles étaient alors alignées pour qu’elle devienne non pas la princesse du peuple britannique, mais la princesse de toute une génération. 

Diana, le drame inversé de Cendrillon

L’histoire de Diana en est une de Cendrillon inversée. L’histoire de Cendrillon se termine bien, contrairement à celle de Diana. Quand elle nous est apparue, c’était un conte de fées… Puis, on l’a vu basculer dans la peine, le drame et la fin tragique. – Anouk Bélanger 

Le prince Charles et la princesse Diana lors d'un banquet au Palais national d'Ajuda à Lisbonne au Portugal.

Le prince Charles et la princesse Diana lors d'un banquet au Palais national d'Ajuda à Lisbonne au Portugal.

Photo : Reuters

Mme Bélanger explique que Lady Di a incarné une trame narrative bien connue sans le vouloir. Sa trajectoire de vie était facilement compréhensible pour le public. On s’est attaché beaucoup plus à elle dans sa descente aux enfers que dans son histoire de princesse , ajoute-t-elle. 

Diane Pacom, sociologue et professeure émérite à l'Université d'Ottawa, abonde dans le même sens. Diana arrive à l’époque où les femmes prennent de plus en plus de place, alors qu’elle est prise dans un modèle classique de la princesse , explique-t-elle. Lady Di incarnait les contradictions de l’époque : sa volonté d’être aimée et acceptée, puis son besoin d’émancipation et d’affirmation. Mme Pacom souligne qu’elle évoluait dans une société toujours très prédatrice envers les jeunes femmes .  

Elle nous arrive toute jeune et toute gênée. Puis, on observe sa volonté d’affirmation et ses tentatives d’amour qui échouent. Une personne extraordinaire qui vit des drames ordinaires, ça, c’est un crochet affectif incroyable pour toute célébrité, et c’était l’élément majeur pour décrire l’attachement et l’intérêt du public envers elle. – Anouk Bélanger 

Selon Mme Bélanger, Diana a eu la grâce de ne pas surjouer son drame humain tout en laissant des indices au public, comme la fameuse robe de la vengeance. Sa vie semblait suivre une trajectoire héroïque et le public l’a suivie dans sa quête de David contre Goliath. Sa mort soudaine a secoué la planète, non seulement en raison de sa perte, mais aussi du combat vers l’émancipation qu’elle semblait perdre du même coup , explique Anouk Bélanger.

Lady Diana me fait penser à Marilyn Monroe; deux femmes qui ont été sacrifiées, utilisées et manipulées… l’une par la famille royale et l’autre par Hollywood.

Une citation de :Diane Pacom

Anouk Bélanger ne s’étonne pas de voir les nouvelles générations célébrer Diana. Cette fascination s’explique d’abord par l’abondance de contenus culturels à son sujet, comme le film Spencer ou encore la série The Crown sur Netflix qui piquent la curiosité des plus jeunes, puis par les parallèles qu’il est possible d’établir entre sa vie et l’actualité entourant ses enfants, William et Harry.

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