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La CPI autorise une enquête sur la guerre contre la drogue aux Philippines

Plan rapproché de Rodrigo Duterte.

Rodrigo Duterte, vu ici en février dernier, a accédé à la présidence des Philippines en 2016, justement en promettant de mettre à mort les trafiquants de drogue.

Photo : Getty Images / Ezra Acayan

Agence France-Presse

La Cour pénale internationale (CPI) a autorisé mercredi une enquête sur la guerre antidrogue du gouvernement philippin, marquée par des milliers de meurtres commis par les forces de l'ordre pouvant constituer, selon les juges, des crimes contre l'humanité.

Fondée en 2002 pour juger les pires atrocités commises dans le monde, la Cour, concluant qu'il existe une base raisonnable permettant de parler de crimes contre l'humanité, a donné son feu vert à l'ouverture d'une enquête. Elle a pris cette décision malgré le retrait de Manille de la CPI en 2019, à la suite de l'ouverture d'un examen préliminaire sur ces violences.

Fatou Bensouda, procureure sortante de la CPI, avait annoncé en juin avoir demandé l'ouverture d'une enquête sur des milliers de meurtres commis aux Philippines dans le cadre de la guerre déclarée à la drogue par le gouvernement.

La campagne dite de "guerre contre la drogue" ne peut pas être considérée comme une opération légitime de maintien de l'ordre, et les meurtres ne peuvent pas être considérés ni comme légitimes ni comme de simples excès dans le cadre d'une opération par ailleurs légitime.

Une citation de :La Cour pénale internationale, dans un communiqué

Les pièces disponibles indiquent qu'une attaque généralisée et systématique contre la population civile a été lancée en application ou dans la poursuite de la politique d'un État, ont précisé les juges internationaux dans un communiqué.

L'enquête couvrira la période de 2011 à 2019.

Me Bensouda à la CPI.

Fatou Bensouda, procureure sortante de la Cour pénale internationale (CPI).

Photo : Associated Press / Bas Czerwinski

Éradiquer le trafic de drogue

Le président philippin Rodrigo Duterte avait été élu en 2016 après une campagne sécuritaire outrancière, promettant d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.

Les derniers chiffres officiels font état d'au moins 6181 morts et plus de 200 000 opérations antidrogue au sein de l'archipel asiatique, mais les défenseurs des droits de la personne estiment que le nombre réel de tués est bien plus élevé.

Les procureurs de la CPI estiment, dans des documents judiciaires, qu'entre 12 000 et 30 000 personnes ont été tuées.

Selon ces derniers, Manille n'a pas nié que des personnes ont péri durant des opérations de police, mais a plutôt constamment soutenu que ces décès étaient le résultat d'agents agissant en état de légitime défense.

Juridiction compétente

Même si les Philippines se sont retirées de la CPI en 2019, la juridiction reste compétente pour connaître des crimes qui auraient été commis sur leur territoire lorsqu'elles étaient un État partie au Statut de Rome, texte fondateur de la Cour.

Selon les procureurs, des homicides non légitimes ont également été commis par des policiers locaux et des miliciens avant 2016 dans la région de Davao (sud des Philippines), où M. Duterte a été maire.

Ils ont été commis par un groupe qui s'était autoproclamé l'Escadron de la mort de Davao.

La majorité des victimes étaient de jeunes hommes soupçonnés de trafic de drogue à petite échelle ou de délits mineurs tels que le vol et la consommation de drogue, mais des membres de gangs et des enfants des rues ont également été tués, ont déclaré les procureurs.

Les familles des victimes et les survivants ont des raisons d'espérer que les responsables de crimes contre l'humanité pourront enfin être traduits en justice.

Une citation de :Carlos Conde, chercheur pour l'organisation Human Rights Watch

Le président philippin a affirmé à plusieurs reprises que la CPI n'avait aucune autorité et qu'il ne coopérerait pas à ce qu'il a qualifié d'enquête illégale. Il a même menacé d'arrêter la procureure Bensouda.

La décision de la Cour a été saluée par les organisations de défense des droits de la personne, qui ont loué un contrôle nécessaire sur la mortelle guerre contre la drogue de M. Duterte.

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