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CHSLD Herron : la fille d’une résidente a appelé le 911

La fille d’une résidente au CHSLD Herron a décrit aux audiences de l’enquête publique du coroner son appel au 911 après avoir tenté en vain de joindre les infirmières.

Des ballons accrochés à un arbre devant un CHSLD.

Le bureau du coroner tient des audiences pour son enquête publique sur les décès survenus au CHSLD Herron.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le 28 mars, sa mère l’appelle. Il est 23 h et elle est encore dans son fauteuil roulant. Normalement, elle est couchée vers 20 h, mais ce soir-là, elle tentait depuis des heures de joindre les infirmières, en vain.

C'est ce qu'a raconté mercredi matin la fille d'une résidente du CHSLD Herron lors des audiences de l'enquête publique du coroner. La témoin, dont le nom est protégé par une ordonnance de non-publication, a affirmé avoir alors elle-même appelé chacune des infirmières du centre, sans obtenir de réponse. Pendant ce temps, sa mère et d’autres résidents erraient dans les couloirs, seuls, en l’absence du personnel soignant, raconte-t-elle.

Vers 1 h du matin, la témoin a fait un appel au 911. Les policiers lui auraient répondu qu’ils n'avaient pas le droit d'entrer dans l’immeuble puisqu’ils n'avaient pas de matériel de protection contre la COVID-19, mais qu’ils parleraient à une infirmière.

La témoin a fini par avoir des nouvelles de sa mère le lendemain en après-midi. On lui aurait alors dit qu’elle était toujours dans son lit, puisque personne n’avait eu le temps de la soulever. Finalement, un médecin est allé la visiter en soirée, et la témoin a pu parler à sa mère.

Elle était très énervée. Ma mère a besoin d’une stabilité. Elle dépendait de moi pour faire les choses qu'elle n’était pas en mesure de faire. Par exemple, elle m'appelait moi quand elle ne pouvait pas éteindre ses lumières [et ne réussissait pas à joindre une infirmière], a indiqué la témoin, qui parlait à sa mère quotidiennement.

Quelques jours plus tard, sa mère a été déclarée positive à la COVID-19. Puis, vers la mi-avril, elle a eu un grave AVC qui l’a laissée paralysée d’un côté et lui a retiré l’usage de la parole. Sa mère est morte quelques mois plus tard, en octobre.

La témoin a par ailleurs indiqué qu’elle apprenait l’évolution de la COVID-19 au CHSLD Herron en même temps que tout le monde, à travers les médias. Personne de l'établissement ne l'appelait pour lui donner ce genre d’information.

Manque de collaboration

Une médecin et une infirmière ont aussi témoigné mercredi, décrivant comme de nombreux témoins avant elles le chaos qui régnait à la résidence Herron après la prise sous tutelle du CHSLD par le CIUSSS, le 29 mars.

C'était le bordel, a raconté une infirmière clinicienne du CIUSSS qui a travaillé à Herron à temps plein pendant deux semaines et demie en avril.

Personne ne connaissait les clients. On ne savait rien. C'était difficile de savoir qui faisait quoi.

Une citation de :Une infirmière du CHSLD Herron

L’infirmière s'était portée volontaire pour travailler au CHSLD Herron après avoir entendu l'appel à l’aide de Lynne McVey, présidente-directrice générale du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal. Elle connaissait déjà l’établissement privé puisqu’elle y travaillait une à deux fois par semaine.

Une autre témoin, la docteure Orly Hermon, a déploré un manque de collaboration entre le personnel de Herron et les coordonnateurs du CIUSSS venus en renfort.

Je recevais 10 à 20 appels par jour. C’était difficile, car on recevait à la fois des appels des infirmières du CIUSSS et d’autres du personnel de Herron, mais c’était clair qu'elles ne travaillaient pas en coordination, a témoigné la médecin de famille, qui a travaillé sur appel à Herron au printemps 2020.

[Le personnel du CIUSSS] était assis dans un bureau et ne savait pas quoi faire. Et le personnel de Herron ignorait sa présence. C'était préoccupant

Une citation de :Docteure Orly Hermon

Mme Hermon, qui travaillait à Herron depuis 2010 à raison d’une fois par semaine, a décrit comment elle avait sonné l’alarme aux propriétaires quant au manque de personnel, même avant la pandémie.

En mars 2020, au début de la pandémie, la témoin leur aurait exprimé ses inquiétudes face à l’absence d'équipement de protection individuelle. Le problème était tel que le 25 mars, le directeur du CHSLD Herron, Andrei Stanica, est allé lui-même chez Mme Hermon pour récupérer une boîte de masques.

Autour du 27 mars, la médecin s’est également adressée au CIUSSS pour obtenir davantage d’équipement et de personnel, mais l’organisme, aux prises avec ses propres problèmes, lui a suggéré de faire appel aux agences de placement.

Deux jours plus tard, le CIUSSS prenait le contrôle du CHSLD.

Des médecins en téléconsultation

Mme Hermon était l'une des trois médecins qui traitaient des résidents du centre. À partir du 10 mars, à la suite d’une directive du gouvernement leur ordonnant de minimiser le contact avec les patients dans les résidences, les médecins ont arrêté leurs visites en personne. Ils étaient en téléconsultation uniquement.

La témoin a affirmé avoir appris les piètres conditions dans lesquelles se trouvaient les résidents de Herron en lisant les nouvelles.

La coroner Géhane Kamel a paru consternée par cette dernière affirmation.

[Les] gens [sont] dans leur merde, dans leur pisse, je m’excuse d’être crue. Des gens qui n'ont pas mangé ou bu; comment c’est possible que les trois médecins n’étaient pas au courant de ça avant que ça sorte dans les médias?

Une citation de :Géhane Kamel, coroner

La collègue de Mme Hermon, la docteure Lilia Lavallée, a quant à elle précisé que c'était l'article de The Gazette du 10 avril, lequel détaillait les horreurs vécues par les résidents de Herron, qui l'a incitée à se rendre sur place le lendemain.

Pourtant, a souligné la coroner, la docteure Nadine Larente, qui a témoigné la semaine dernière aux audiences, s'était rendue au CHSLD plus d'une semaine plus tôt, soit le 29 mars, et avait constaté les conditions dans lesquelles vivaient des résidents.

La coroner a terminé en remerciant le journaliste Aaron Derfel, du quotidien montréalais, pour son travail. Sans lui, peut-être y aurait-il eu 130 morts au lieu de 47, a-t-elle dit.

Les audiences se poursuivent jeudi pour faire la lumière sur les événements survenus au CHSLD Herron, où 47 personnes sont mortes lors de la première vague de la pandémie, au printemps 2020.

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