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Crimes de guerre : le premier procès s’ouvre devant le tribunal spécial pour le Kosovo

Salih Mustafa

Salih Mustafa, 49 ans, est accusé de détention arbitraire, de traitements cruels, de torture et de meurtre.

Photo : AFP / SEM VAN DER WAL

Agence France-Presse

L'ancien « commandant Cali » devient mercredi le premier responsable de l'Armée de libération du Kosovo à être jugé par un tribunal spécial à La Haye pour crimes de guerre pendant le conflit contre les forces serbes.

Salih Mustafa, 49 ans, est accusé de détention arbitraire, de traitements cruels, de torture et de meurtre.

De 1998 à 1999, la guerre des Kosovars contre la Serbie a ouvert la voie à l'indépendance du Kosovo, soutenue par la plupart des pays occidentaux, jamais acceptée par la Serbie et ses alliés russe et chinois.

Dans l'ex-Yougoslavie, le Kosovo était une province de Serbie, l'une des six républiques de la Fédération.

Cette région à grande majorité albanaise bénéficiait d'un statut spécial qui lui conférait le droit de former son gouvernement, et d'être représentée au Parlement et à la présidence de la Fédération.

La province contrôlait aussi l'éducation, la justice et la police.

En mars 1989, à la veille de l'éclatement sanglant de la Yougoslavie, Slobodan Milosevic, alors président de la Serbie, a révoqué l'autonomie du Kosovo.

Cette décision a provoqué des manifestations monstres de la population albanaise et des affrontements avec la police qui ont fait 24 morts, dont deux policiers.

Les Albanais kosovars ont refusé leur allégeance au régime de Milosevic et ont perdu leurs emplois dans les écoles, hôpitaux, médias, la police ou les forces de sécurité.

Le chef de l'Union des écrivains Ibrahim Rugova, vite baptisé le Gandhi du Kosovo, a lancé un mouvement de résistance pacifique avec la création de structures d'État parallèles.

Il a fondé un gouvernement de l'ombre qui a fourni pendant la quasi-totalité des années 1990 des services publics essentiels (éducation, santé), financés surtout par la diaspora.

Fosses communes

En 1997 est né une guérilla séparatiste, l'UCK, qui reprochait au mouvement non violent d'être inefficace.

En mars 1998, Belgrade a lancé sa première offensive contre l'UCK dans la région centrale de Drenica, l'un des principaux bastions indépendantistes.

Au total, environ 13 000 personnes ont été tuées, dont 11 000 Albanais, pour la plupart des civils. Des centaines de milliers de civils ont été déplacés.

Belgrade a tenté de dissimuler les crimes de guerre en jetant des milliers de dépouilles dans des fosses communes, dont certaines en Serbie.

Après la chute de Slobodan Milosevic en 2000, les corps de centaines d'Albanais ont été retrouvés dans une base d'une unité spéciale de la police près de Belgrade, des dizaines d'autres dans un centre de la même unité dans l'Est de la Serbie et d'autres près d'un lac dans l'Ouest.

Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye a condamné pour crimes de guerre l'ex-vice-premier ministre Nikola Sainovic à 18 ans de réclusion. Cinq hauts gradés de la police et de l'armée ont également été condamnés.

Aucun dirigeant de la guérilla kosovare n'a été condamné par le TPIY. Mais des guérilleros sont accusés de l'enlèvement et de la disparition d'au moins 500 civils, pour la plupart des Serbes, des Roms et des Albanais considérés comme des opposants, selon un rapport du Conseil de l'Europe de 2011.

Hauts responsables kosovars poursuivis

Créé en 2015, le tribunal spécial enquête sur les crimes présumés des leaders de l'UCK, dont plusieurs ont obtenu des postes élevés après la guerre.

Parmi eux, l'ex-président Hashim Thaci, considéré comme l'homme le plus puissant du Kosovo avant son inculpation l'année dernière. Au moment de son arrestation en septembre 2020, Salih Mustafa, ex-commandant dans la région de Llapi, était fonctionnaire au ministère de la Défense.

Financé par l'Union européenne et composé de juges internationaux, le tribunal spécial est une instance de droit kosovar, installée à La Haye par souci de protection des témoins.

La répression contre des civils albanais a déclenché en mars 1999 une campagne de bombardements de l'OTAN qui a contraint l'homme fort de Belgrade à ordonner le retrait des troupes serbes au mois de juin suivant.

Le Kosovo a été placé sous administration de l'ONU. En 2008, l'ancienne province serbe déclarait unilatéralement son indépendance avec le soutien des États-Unis. Ce que n'a jamais accepté Belgrade.

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