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Les communautés francophones minoritaires attendent des réponses

Un montage avec le visage de cinq candidats aux élections fédérales.

Les candidats choisis par leurs partis pour le débat du 15 septembre : de gauche à droite, Luc Joli-Coeur, du Parti vert du Canada, François Choquette, du Nouveau Parti démocratique, Mélanie Joly, du Parti libéral du Canada, Alain Rayes, du Parti conservateur du Canada, et René Villemure, du Bloc québécois.

Photo : Radio-Canada

Déçues par la quasi-absence des enjeux qui les touchent directement durant les débats des chefs, les communautés francophones en contexte minoritaire espèrent obtenir des réponses à leurs questions et des engagements clairs, lors du débat sur les enjeux francophones, mercredi soir, au Centre national des Arts, à Ottawa.

Avec tout le travail qu’on a fait avec la FCFA pour parler de la modernisation de la Loi sur les langues officielles et des changements qu’on veut voir [...], on n’a pas entendu grand-chose. Il faut dire qu’en deux minutes, il n’y avait pas grand temps pour le faire, lance, amer, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

Lui, comme d’autres, aurait bien aimé que la francophonie en milieu minoritaire ait plus de place dans le débat des chefs en français, mais aussi en anglais, au Musée canadien de l'histoire de Gatineau.

Quand M. Blanchet a voulu aborder la question, il s’est fait couper et on lui a répondu : "pas dans cette section". Je ne sais pas dans quelle section on devait en parler, mais on ne l’a pas vu pendant le débat, regrette M. Jolin.

J'aurais aimé que les anglophones entendent parler de francophonie [...] parce qu’entre nous, on se comprend et on sait ce qu’on veut. Mais je pense que c’est important de le communiquer aussi à la communauté anglophone.

Une citation de :Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario

La question des langues officielles a obtenu peu de visibilité dans la campagne électorale, ce qui n’est pas nouveau, constate le politologue de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, Rémi Léger.

Les partis [...] comprennent que c'est un terrain avec beaucoup d'embûches et de sensibilités. Plaire aux francophones en leur accordant plus de droits, plus de services, plus d'argent, ça veut souvent dire déplaire à d'autres segments de la population que l'on cherche à recruter comme base électorale. Par exemple, dire des choses au Québec pour satisfaire les Québécois sur la promotion du français, ça peut vouloir dire perdre des votes dans les Prairies ou dans l'Ouest canadien.

Pour faire du français et de la francophonie un enjeu, il faut en faire un enjeu au Québec. On n'est pas assez forts, nombreux, importants, comme francophones hors Québec, pour en faire un enjeu national.

Une citation de :Rémi Léger, politologue de l’Université Simon Fraser

Une situation que déplore Jean-Paul Perreault, président du mouvement Impératif français, au Québec.

Si dans la vision canadienne, le Canada français et l'Acadie sont importants et bien que les chefs et les partis politiques se prononcent spécifiquement sur l'enjeu de la francophonie hors Québec!

Des engagements dans les programmes

L’enjeu est bel et bien présent dans les programmes électoraux des différents partis, note la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy.

Son organisme a aussi organisé une quinzaine de tables rondes et elle assure que bien des candidats se sont positionnés, sur le terrain.

Peut-être qu'on n'en a pas entendu beaucoup parler dans les discours, dans les points de presse, mais quand on se fie à ce qui est sorti dans les plateformes, dans les engagements, dans les tables rondes [...] on en a parlé quand même.

Liane Roy est présidente-directrice générale du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick

Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (Archives)

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Modernisation de la Loi sur les langues officielles, immigration francophone, aide au postsecondaire… Si des engagements ont été formulés, beaucoup de questions demeurent, reconnaît-elle.

Je veux que ça se transpose dans du concret, lance le président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), Kenneth Deveau. Tous les partis sont engagés à la modernisation de la Loi [...]. Et alors, qu'est ce qu'on fait avec ça? [...] Concrètement, ça mène à quoi? Quels programmes? Quelles solutions? Quelle approche? Quelles mesures?

Des enjeux absents des programmes

D’autres questions importantes demeurent, et qui n’ont pas été abordées, soulignent les différents intervenants.

M. Jolin parle de la pénurie de main-d'œuvre qui touche particulièrement les communautés francophones, notamment en enseignement. En Nouvelle-Écosse, M. Deveau cite la petite enfance. L’enjeu a été discuté, opposant les partis, mais l’aspect francophone a été oublié.

Kenneth Deveau se tient derrière un podium lors de son allocution.

Kenneth Deveau, président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (Archives)

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

Je vis dans une communauté et je travaille dans une institution où, justement, on a des difficultés à embaucher des femmes parce qu'elles ne trouvent pas de garde pour leurs enfants et encore moins en français. [...] C’est un problème urgent depuis longtemps, dit celui qui est aussi vice-recteur à l'enseignement et à la recherche et professeur au Département d'éducation à l'Université Sainte-Anne.

J'aimerais voir des engagements plus clairs par rapport à la promotion, l'avancement du français hors Québec et pas seulement sur la perte du français au Québec.

Une citation de :Sheila Risbud, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta

Le postsecondaire sera donc forcément un enjeu que M. Deveau va surveiller, lui qui demande plus d’argent pour des institutions qui doivent faire tout ce que les grosses universités font, mais en français.

Une femme devant un micro sur une scène dans la Cité francophone d'Edmonton.

Sheila Risbud, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (Archives)

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Ce sera aussi le cas de son homologue de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Sheila Risbud, qui aimerait que les partis commencent même à réfléchir au-delà.

C’est peut-être une question constitutionnelle, mais il faut se reposer la question de l'article 23 [de la Charte canadienne des droits et libertés] : est-ce que le gouvernement fédéral a vraiment un rôle de protection du français qui s'arrête en 12e année, mais [qui ne va] pas jusqu’au postsecondaire? [...] La question doit être au moins clarifiée.

Même si les partis se sont tous engagés à aider davantage les institutions postsecondaires francophones, ils sont restés silencieux sur la question des transferts du fédéral vers les provinces qu’impliquent de telles aides. Que ce soit dans le secteur de l’éducation, de la petite enfance ou de la santé, les communautés francophones veulent qu’Ottawa impose des clauses linguistiques.

Ça prend des clauses très précises et de la consultation auprès de nos communautés. [...] On l'a vu dans certaines provinces où ça n'a pas très bien fonctionné parce qu'on a laissé ça libre aux gens. On ne peut pas se fier aux bonnes intentions des uns et des autres, insiste la présidente de la FCFA.

Un vote qui peut compter

L’organisme porte-parole des francophones en situation minoritaire espère que les réponses fournies par les candidats, mercredi soir, sauront convaincre les francophones d’aller voter en nombre et les aideront à faire leur choix.

Un choix qui pourrait s’avérer important pour les partis eux-mêmes, rappelle M. Léger.

On l’oublie, mais le vote francophone a un impact. Au Québec, certainement, mais aussi au Nouveau-Brunswick, dans la moitié des circonscriptions, dans l'est ontarien, dans le nord ontarien et même dans l’ouest, où il y a une poignée de circonscriptions où il y a de 10 à 15% des électeurs qui parlent le français. [...] Ça peut faire pencher les résultats d'un bord plutôt que de l’autre.

Comment suivre le débat :

Les enjeux francophones seront au cœur d'un débat animé par Mathieu Nadon le 15 septembre, de 20 h à 21 h (heure de l'Est), diffusé en direct sur les ondes de RDI, en plus d’être disponible sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux de Radio-Canada.

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