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Le plus haut gradé américain craignait que Donald Trump ne déclenche une guerre

Le général Mark Milley se serait également assuré de limiter les probabilités d'utilisation de l'arme nucléaire, révèle un nouveau livre à paraître sur la période de transition entre les administrations Trump et Biden.

Mark Milley prend la parole devant un auditoire, avec derrière lui Donald Trump, Mike Pence et le secrétaire à la Défense de l'époque, Mark Esper.

Le général Mark Milley, lors de la cérémonie en son honneur après la confirmation de sa nomination à la tête des armées américaines, en septembre 2019.

Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE

Dans les derniers mois de la présidence de Donald Trump, le chef d'état-major des armées américaines redoutait tellement que celui-ci ne fasse un geste qui déclencherait la guerre avec la Chine ou initierait le recours à l'arme nucléaire qu'il a agi en coulisse pour prévenir de tels scénarios, révèle un nouveau livre.

Ce sont deux des éléments qui ressortent de Péril, un livre du journaliste Bob Woodward et du reporter politique du Washington Post Robert Costa, qui semble faire du général Mark Milley un protagoniste crucial.

Après Peur et Rage, tous deux consacrés aux coulisses de l'administration Trump, Bob Woodward, l'un des deux journalistes à l'origine de la mise au jour du scandale du Watergate, complète une trilogie en s'attardant cette fois à la période de transition entre les présidences Trump et Biden.

L'ouvrage de 512 pages, dont des médias américains ont obtenu copie, doit être publié la semaine prochaine.

Selon les comptes rendus publiés mardi, notamment par le Washington Post et le New York Times, le renseignement américain avait noté que Pékin avait peur de voir Donald Trump lancer une frappe militaire avant le scrutin du 4 novembre dans l'objectif de créer une crise internationale. Il aurait ensuite pu prétendre la résoudre dans un ultime effort pour battre son adversaire démocrate Joe Biden, qui le devançait dans les sondages.

Craignant une escalade qui aurait mené à un conflit armé entre les deux pays, le général Mark Milley aurait cherché à rassurer une première fois le général Li Zuocheng, son homologue chinois, sur les intentions des États-Unis, le 30 octobre, quatre jours avant l'élection présidentielle.

Général Li, je veux vous assurer que le gouvernement américain est stable et que tout va bien se passer. Nous n'allons pas attaquer ou mener des opérations cinétiques contre vous.

Une citation de :Le général Mark Milley, selon le livre Péril

Le général Milley aurait même promis d'avertir son homologue chinois dans l'éventualité de frappes pour éviter que Pékin ne soit pris par surprise.

Le second appel, d'une durée d'une heure et demie, aurait été fait le 8 janvier, deux jours après l'assaut du Capitole par des partisans du président républicain défait, Pékin s'inquiétant de l'instabilité du gouvernement américain.

Les choses peuvent sembler instables. Mais c'est la nature de la démocratie, général Li. Nous sommes stables à 100 %. Tout va bien. Mais la démocratie peut être désordonnée parfois, aurait affirmé Mark Milley au général Li. Selon le livre, Pékin craignait que Donald Trump n'exploite la situation pour rester au pouvoir.

Des manifestants tiennent des drapeaux, notamment des États-Unis, et à l'effigie de Trump

Le 6 janvier, après un discours de Donald Trump, des centaines de partisans de celui qui était alors président ont réussi à envahir le Capitole.

Photo : Getty Images / Brent Stirton

Protéger de l'option nucléaire

Parallèlement, le chef des armées américaines se serait assuré de limiter les probabilités d'utilisation de l'arme nucléaire.

Il aurait ainsi convoqué des hauts gradés militaires au Pentagone pour réviser les procédures d'utilisation des codes nucléaires, rappelant qu'il revenait au président américain de donner l'ordre d'utiliser l'arme nucléaire, mais insistant sur le fait qu'il devait lui-même être impliqué dans le processus. Il aurait demandé à chacun de ses subordonnés de confirmer qu'ils avaient bien compris.

Il aurait aussi tenté de rassurer la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, de plus en plus préoccupée par la perspective de voir le président sortant recourir à la force militaire ou lancer une attaque nucléaire. À l'origine de sa conversation téléphonique avec le général Milley : son désir de connaître les mesures de précaution en place pour empêcher un président instable de mener de telles actions.

Qui sait ce qu'il pourrait faire? Il est fou. Vous savez qu'il est fou. Il est fou depuis longtemps, aurait affirmé la leader démocrate, d'après une transcription de l'appel obtenu par les auteurs du livre. Madame la présidente de la Chambre, je suis d'accord avec vous sur tout, aurait répliqué le général Milley. Le système comprend plusieurs mesures de contrôle, aurait-il assuré.

Le général Milley était certain que Trump souffrait d'un important déclin mental dans la foulée de l'élection, Trump étant alors dans un état quasi maniaque, hurlant à l'endroit de responsables et construisant sa propre réalité parallèle autour d'interminables conspirations électorales, écrivent notamment les deux auteurs.

Selon le résumé du New York Times, d'autres collaborateurs de Donald Trump, dont le secrétaire à la Défense Mark Esper et le procureur général Bill Barr, partageaient la conviction qu'il fallait agir pour l'empêcher de déclencher un conflit international ou de bafouer la démocratie.

Les deux hommes ont tous deux quitté leur poste avant la fin du mandat de Donald Trump.

La directrice de la CIA, Gina Haspel, semble avoir été particulièrement alarmée de l'intérêt porté par Donald Trump à une éventuelle attaque contre l'Iran. C'est une situation très dangereuse. Allons-nous nous déchaîner pour son ego? aurait-elle demandé au général Milley à l'issue d'une réunion, en novembre.

Le camp Trump réclame la tête du général Milley

En entrevue au réseau NewsMax, qui le soutient sans réserve, l'ancien président américain est rapidement passé à l'attaque, s'en prenant au général Milley, tout comme, sur d'autres tribunes, certains de ses alliés.

Si c'est réellement vrai – ce qui est difficile à croire – qu'il a appelé la Chine et fait ces choses et était prêt à les avertir d'une attaque ou avant une attaque, c'est de la trahison.

Une citation de :Donald Trump, sur les ondes de NewsMax

Je n'ai jamais pensé à attaquer la Chine, a soutenu Donald Trump au micro de Sean Spicer, le premier porte-parole de la Maison-Blanche au sein de son administration. Il a au passage qualifié d'extrêmement déshonorables les journalistes qui ont écrit le livre.

Faisant écho aux propos du 45e président américain, l'un des animateurs vedettes de Fox News, Sean Hannity, a lancé que, si les informations rapportées dans le livre étaient vraies, le général Milley était un traître à la nation et qu'il devrait alors être immédiatement poursuivi pour trahison.

Parlant d'un coup d'État, le représentant républicain Andy Biggs a réclamé que le chef d'état-major des armées américaines soit traduit devant un tribunal militaire s'il avait vraiment contacté son homologue chinois.

Le sénateur républicain Marco Rubio a de son côté appelé le président américain à démettre immédiatement le général Milley de ses fonctions. Dans une lettre adressée à Joe Biden, il a déploré un précédent dangereux.

Le camp Trump a trouvé un allié inattendu en Alexander Vindman, un lieutenant-colonel qui avait témoigné contre Donald Trump lors de la première procédure de destitution.

Si c'est vrai, le [général] Milley doit démissionner. Il a usurpé l'autorité civile, brisé la chaîne de commandement et violé le principe sacro-saint du contrôle civil sur l'armée, a-t-il écrit sur Twitter.

Un autre portrait accablant

Selon les extraits publiés, Péril s'inscrit dans la lignée des deux livres précédents de Bob Woodward, qui traçaient un portrait dévastateur de l'ex-président républicain. Cet ouvrage-ci dépeint entre autres un homme en proie à des crises de colère devant le pouvoir qui lui échappe.

Selon CNN, le livre revient abondamment sur la défaite de Donald Trump, notamment sur les pressions exercées sur le vice-président Mike Pence pour qu'il refuse de valider les résultats de l'élection. Il décrit entre autres une réunion très tendue entre lui et son ancien numéro deux, qui lui a dit ne pas avoir l'autorité pour rejeter les résultats du Collège électoral.

Non, non, non! Tu ne comprends pas, Mike. Tu peux le faire. Je ne veux plus être ton ami si tu ne le fais pas.

Une citation de :Donald Trump, selon le livre Péril

Les auteurs rapportent aussi que Mike Pence s'est avant cela tourné vers l'un de ses anciens prédécesseurs, Dan Quayle, pour voir s'il y avait une façon d'éviter la certification des résultats le 6 janvier. M. Quayle lui aurait fait comprendre qu'il n'avait légalement pas le choix.

Le livre décrit aussi les tentatives de persuasion des collaborateurs de Donald Trump pour qu'il mette rapidement un terme à l'assaut du Capitole.

Les auteurs disent avoir interviewé pour leur livre plus de 200 personnes qui ont demandé de ne pas être identifiées comme sources.

Plusieurs livres, eux aussi critiques de l'ancien président, ont été publiés au cours des dernières années, dont celui de son ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

Avec les informations de Washington Post, et New York Times

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