•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un Innu dans la LHJMQ, le rêve d’une nation

Lorsqu’on est des Premières Nations, qu’on soit fille ou garçon, on sait déjà que le hockey fera partie intégrante de nos vies.

Paul Vollant entourent ses proches de ses bras devant une affiche de la LHJMQ, au Centre Vidéotron, à la suite de l'annonce du repêchage de son fils.

La famille Vollant (en partant de la gauche) : Christiane Riverin, Paul-Edward Vollant, son père Paul Vollant et sa sœur Anne-Sophie Vollant, à la suite de l'annonce du repêchage de la LHJMQ.

Photo : Gracieuseté de la famille Vollant

Tania Rock-Picard

Le son des lames sur la glace, les coups de bâton sur les rondelles fracassant les bandes, les cris des parents venus encourager leurs enfants, les émotions et les frissons lors des buts comptés ont longtemps fait, et font encore, vibrer le cœur des autochtones partout au pays.

Car dans les communautés, il y a la nature, des lacs et des rivières. Durant les hivers, ces cours d’eau sont gelés et les enfants vont y jouer, s’amuser, pratiquer et rêver. Ils y vont tous les jours, jusqu’au soir, en rêvant un jour accomplir leur plus grand désir, celui de jouer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Paul-Eward Vollant dans la catégorie atome de l'équipe des Vikings de Baie-Comeau.

Là où tous les rêves de Paul-Edward ont commencé, alors qu'il jouait dans la catégorie atome des Vikings de Baie-Comeau.

Photo : Gracieuseté de la famille Vollant

Paul-Edward Vollant montre le chandail de son équipe, les Vikings de Baie-Comeau.

Paul-Edward Vollant au sein de l'équipe des Vikings de Baie-Comeau

Photo : Gracieuseté de la famille Vollant

Un rêve qui devient réalité

Paul-Edward Vollant a réalisé ce rêve, mais il a dû faire des choix, parfois difficiles. Il aurait pu jouer avec les Montagnais de Pessamit, au Championnat national de hockey Fred Sasakamoose "Chief Thunderstick", à Saskatoon, le plus gros tournoi de hockey chez les Autochtones.

L'équipe des jeunes Montagnais de Pessamit qui ont participé au Championnat national de hockey Fred Sasakamoose "Chief Thunderstick", à Saskatoon.

La jeune relève de l'équipe des Montagnais de Pessamit, en action depuis 2016. Ils se sont inclinés en quart de finale au Championnat national autochtone de hockey Fred Sasakamoose. (Rangée du haut) Laurin Labbé, Patrick D.-Richard, Samuel Hervieux, Martin Bacon, Mathias Pinette, Yannick Benjamin, Keenan Riverin, Mike Wirll, Casey Pierro-Zabotel, Francis Verreault Paul, Josélito Benjamin, Élie P.-Vollant. (Rangée du bas) Jean-Luc Hervieux, Pier-Alexandre Vollant, Gilles Riverin, Mathieu Desterres et Jean-Maxime Bacon.

Photo : Gracieuseté de Katryn Crépeau

Les Montagnais, l’équipe locale de sa communauté, est aussi l’équipe pour laquelle son père, un réputé gardien de but, a joué pendant plusieurs années. Mais Paul-Edward a préféré rester au Québec pour tenter sa chance dans la grande ligue.

Les jeunes joueurs de la catégorie Pee Wee attendent avant d'embarquer sur la glace.

Paul-Edward participe au célèbre tournoi Pee Wee qui a lieu tous les ans à Québec.

Photo : Gracieuseté de la famille Vollant

J’avais mon camp aux Foreurs. J’aurais aimé représenter ma communauté dans la meilleure équipe innue, mais je ne voulais pas me blesser, en plus c'était trop serré. C’est l’une de mes dernières chances d’intégrer la ligue. Je ne voulais pas la manquer, raconte Paul-Edward Vollant, joueur de LHJMQ.

Ça n’a pas été facile, mais ce jeune Innu de 18 ans, originaire de Pessamit, a su, avec beaucoup de travail, intégrer la LHJMQ dans l’alignement des Foreurs de Val-d’Or. C’était la troisième fois qu’il se présentait au camp de sélection.

De père en fils

Paul-Edward a réalisé son rêve. Quand il se revoit plus jeune, il repense à ces heures, ces journées et ces soirées, où il est resté dehors à jouer au hockey, souvent avec son père, l’écoutant religieusement lui donner de judicieux conseils basés sur ses expériences passées.

Une grande fierté pour ce fils d’un ancien joueur de hockey admiré par sa communauté qui aurait pu, avec son talent, se rendre aussi loin. C’est son père Paul Vollant qui l’a inspiré durant toutes ces années.

Paul Vollant et son fils Paul-Edward Vollant lors de son repêchage dans la LHJMQ dans l'équipe des Foreurs de Val-d'Or.

Le choix de 11e ronde des Foreurs dans le repêchage de 2019 dans la LHJMQ a été Paul-Edward Vollant qui pose fièrement avec son père Paul Vollant.

Photo : Gracieuseté de la famille Vollant

Ce rêve, ce n’était pas seulement le sien ou celui de son père, mais c’était le rêve de toute une nation, heureuse de voir l’un des siens atteindre ce niveau d’excellence.

Mon père est mon idole. J’ai entendu des histoires sur lui, que c’était un gars très talentueux et qu’il faisait tout pour son équipe. Je suis fier de réaliser mon rêve sous ses yeux.

Cette équipe c’est les Montagnais de Pessamit, la machine rouge, pour laquelle Paul a gardé les buts jusqu’à ses 35 ans. Nombreux sont ceux qui, comme lui à l’époque, avaient agilité, rapidité, passion et talent pour pouvoir intégrer les ligues prestigieuses de hockey.

L'équipe des Montagnais de Pessamit a joué de longues années dans la catégorie compétition aux tournois de hockey autochtones au Québec.

La première formation des Montagnais de Pessamit, qui a jouée de 2000 à 2016, composée de (première rangée du haut) Raphaël Bacon, Paul Vollant, Garry Tshernish, Jean-Luc Bacon, Andy Canapé, Jean-Guy Picard, Gabriel Simon, Benjamin Hervieux, Pascal Bacon, (première rangée du bas) Jérôme Bacon St-Onge, Jacques Riverin, Jean-Luc Hervieux et Gervais Penashue.

Photo : Gracieuseté de la famille Vollant

Mais ça leur aurait pris plus; le soutien indéfectible, la présence et l’accompagnement que Paul-Edward a reçus, lui, de son père Paul.

Je me souviens des matins, où je réveillais mon fils tôt le matin pour aller courir ensemble. Je l’ai discipliné, encouragé. Je l’ai toujours supporté dans ce qu'il voulait le plus, jouer au hockey. L’important, c’est qu’il soit heureux, qu’il aime ce qu’il fait. Il a toujours eu le choix.

Paul Vollant a lui aussi tenté, en vain, d’intégrer la LHJMQ lors d’un camp d'entraînement des Saguenéens de Chicoutimi en 1991.

Ce qui me manquait, c'était un CV sportif. Pour être sélectionné, il te fallait une fiche de parcours dans les équipes de double et triple lettre, mais mon père et moi avions choisi que j'allais évoluer auprès de ma communauté, à Pessamit.

Un CV sportif, c’est ce que Paul Vollant a offert à son fils. En commençant par le Tournoi international de hockey pee-wee de Québec. Et pour y arriver, la famille a déménagé à Trois-Rivières. Il allait avoir la chance de jouer avec les Cataractes de la Mauricie à ce tournoi international.

Les joueurs de hockey des Foreurs de Val D'or sont alignés en rang. Ils attendent d'embarquer sur la glace pour leur match.

Le jeune Innu de Pessamit se prépare à embarquer sur la glace avec son équipe les Foreurs de Val D'Or.

Photo : Gracieuseté : Dany Germain, photographe sportif

Par la suite, les déménagements se sont succédé pour que ce hockeyeur passionné puisse acquérir les compétences et habiletés d’un joueur de calibre. Le jeune Innu accumule les expériences dans plusieurs écoles de hockey et camps d'entraînement. Les heures sur la route en compagnie de son père, il ne peut plus les compter. Mais tout ça, ce sont de très beaux souvenirs pour lui.

Nimishkushiukutuatshi

Pendant l'entrevue réalisée avec Paul-Edward et ses parents, un mot revient souvent dans les paroles de son père Nimishkushiukutuatshi. Ce qu’il nous traduit par : Je l’ai discipliné, j’ai été exigeant avec mon fils pour l’aider à atteindre ses objectifs sportifs. Rapidité, défense, offensive et perfection sont vite devenues les critères personnels de Paul-Edward.

Paul-Edward Vollant monte la rondelle à la ligne bleue entouré de défenseurs de l'équipe adverse.

Paul-Edward Vollant a un style défensif attaquant.

Photo : Gracieuseté : Dany Germain, photographe sportif

Quand est arrivée l’annonce du dernier retranchement, le nom de Paul-Edward ne figurait pas parmi les hockeyeurs exclus. On lui avait donc réservé une place dans l’équipe, mais pas dans les trios partants. Le défenseur numéro 55 ne devait chausser les patins que si l'un de ses coéquipiers était absent.

Cette occasion s'est présentée rapidement et Paul-Edward a relevé le défi, en attaque plutôt qu’en défense. Les opportunités de jouer risquent d'être plus nombreuses qu'il ne l'avait envisagé au départ.

Paul-Edward Vollant au jeu pendant une partie contre les Olymiques de Gatineau.

Paul-Edward Vollant freine à toute allure sur la glace pour déjouer un joueur des Olymiques de Gatineau.

Photo : Gracieuseté : Dany Germain, photographe sportif

S'adapter à la vie dans toutes ces villes où il a fait les camps d’entraînement, loin de sa culture, de sa famille et de sa communauté. Quand il y repense aujourd’hui, ça en valait la peine. Il est enfin aujourd’hui un Foreur de Val-d’Or, de la Ligue de hockey junior majeure du Québec.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !