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COVID-19 : plus de 350 échangeurs d’air installés dans des classes au Québec

Une classe vide.

De nombreuses classes au Québec n'ont pas de ventilation adéquate.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Alors que les capteurs de CO2 pour mesurer la qualité de l’air se font attendre dans les écoles du Québec, le ministère de l’Éducation a acheté des échangeurs d’air pour plus de 350 classes à travers la province.

Le ministère de l’Éducation confirme avoir conclu deux ententes avec Venmar et Industrie Orkan inc., qui ont livré 359 échangeurs d’air dans une centaine d’écoles de la province. Au total, les deux ententes totalisent près de 800 000 $. Une grande partie de ces appareils ont déjà été installés.

Rappelons qu’en janvier dernier, le gouvernement avait publié un rapport sur la qualité de l’air dans les écoles, dans lequel on avait recensé 356 classes ayant des niveaux de dioxyde de carbone (CO2) deux fois plus élevés que ce que le ministère recommande (<1000 parties par million). Environ la moitié des classes du Québec affichaient des concentrations de CO2 qui ne respectent pas la cible cette cible.

Le groupe d’experts qui a écrit ce rapport recommandait l’installation d’échangeurs d’air dans les classes sans ventilation mécanique ou naturelle. Le ministère de l’Éducation avait alors indiqué que Québec était prêt à investir autant qu’il fallait pour installer des échangeurs d’air dans toutes les classes du Québec ayant une ventilation déficiente.

Nous avons donc suivi cette recommandation et aidé les CSS à obtenir des échangeurs d’air pour ce type de locaux, précise un porte-parole du ministère de l’Éducation. Les centres de services ont été invités à faire une demande au ministère.

Les échangeurs d’air permettent l’extraction de l’air vicié vers l’extérieur et font entrer de l’air frais dans une pièce. Les échangeurs d’air peuvent être équipés de filtres pour aider à purifier l’air qui entre.

Les purificateurs d’air sont des systèmes de filtration qui piègent toutes sortes de particules : pollen, pollution, virus. Les purificateurs, qui sont généralement de petits appareils mobiles, font passer l’air vicié à travers un filtre (ex.: HEPA) puis le relâchent dans la pièce.

Sur les 72 centres de services scolaires (CSS) de la province, 21 ont fait une demande au ministère de l’Éducation. Le ministère de l'Éducation n'a pas fourni le nombre d'appareils pour chacun des centres de service ni la liste des écoles qui obtiendront l'un de ces échangeurs d'air.

Les centres de services scolaires qui ont demandé des échangeurs d’air pour certaines de leurs classes

Centres de services scolaires

Phares

Fleuve et des Lacs

Kamouraska–Rivière-du-Loup

Pays-des-Bleuets

Lac-Saint-Jean

Rives-du-Saguenay

Capitale

Région-de-Sherbrooke

Sommets

Pointe-de-l'Île

Montréal

Marguerite-Bourgeoys

Cœur-des-Vallées

Fer

Baie-James

Îles

Côte-du-Sud

Hautes-Rivières

Riveraine

Eastern Shores

Certains centres de services scolaires, comme celui des Hautes-Rivières, ont demandé des appareils pour les classes où le taux de CO2 dépassait 1500 ppm. Sur les 20 échangeurs d’air reçus, trois ont été installés à ce jour. Au CSS des Sommets, on a demandé deux échangeurs d'air pour l'École Saint-Barthélemy, puisque les niveaux de CO2 restaient élevés dans deux classes même lorsqu'on ouvrait les fenêtres. Même situation au Centre de services scolaire au Cœur-des-Vallées, où on a installé un appareil à l'École Saint-Pie-X et deux appareils à l’École Monseigneur Charbonneau.

Au Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay, lors des premières mesures de la qualité d'air, cinq classes affichaient des taux de CO2 élevés. Mais après une deuxième ronde de tests, les résultats étaient satisfaisants dans trois de ces classes. Nous avons donc acheté des systèmes pour les deux autres classes, explique Claudie Fortin. Une de ces classes est un local au centre de l'École Saint-Félix qui n'a pas de fenêtres.

Dans certains cas, les centres de services scolaires ont demandé des échangeurs d’air non pas parce que les données sur la qualité de l’air étaient nécessairement mauvaises, mais plutôt parce que ces classes n’avaient pas de ventilation mécanique et parce qu'elles souhaitaient agir en amont. On avait 2 % de nos [800] locaux qui étaient préoccupants, dit Geneviève Cloutier, du Centre de services scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup. Le gouvernement nous demandait si on en voulait. On s’est dit que c’était surtout pour améliorer la situation. Au total, ce centre de service installera 69 appareils dans huit établissements.

Une goutte d’eau dans un océan

Cette ventilation mécanique améliorera la qualité de l’air en augmentant significativement l’apport d’air frais extérieur, croit Patrick Beloin, directeur de produits de Venmar Ventilation ULC.

Il ajoute qu’ouvrir les fenêtres d’une classe n’est pas aussi efficace qu’un bon système de ventilation. On n’assure pas la sécurité et la santé des étudiants en ouvrant juste les fenêtres. Contrairement aux fenêtres ouvertes, la ventilation [avec ce type d’appareil] est constante, le débit est calculé selon la taille de la classe et selon les normes ASHRAE (American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers).

Indépendamment de la COVID, les études démontrent que les classes sont sous-ventilées et que ça causait déjà beaucoup de problèmes. On connaît l'importance de bien ventiler les écoles pour réduire les risques de propagation, ajoute M. Beloin. Il rappelle que dans plusieurs instances, les plus grosses éclosions surviennent dans des endroits clos et mal ventilés.

Simon Labrecque, d’Orkan, ajoute qu’entre 30 et 40 % des classes au Québec seraient mal ventilées, soit plus de 15 000 classes.

Nancy Delagrave, de l’organisme COVID-STOP, dit que l’ajout de ces échangeurs d’air est une bonne nouvelle, mais que c’est loin d’être suffisant pour faire face à cette nouvelle vague de COVID-19. Le problème avec ce qu’ils font, c’est que ce n’est pas suffisant. Il y a 48 000 classes au Québec.

Considérant la forte contagiosité du variant Delta, elle ne comprend toujours pas pourquoi le gouvernement autorise seulement les échangeurs d'air et pas les purificateurs d’air.

Le groupe d’experts scientifiques et techniques qui conseille le ministère de la Santé et des Services sociaux ne recommande pas l’utilisation de dispositifs de filtration mobiles (ou purificateurs d’air) en milieu scolaire. Ils affirment que leur efficacité n’était pas démontrée pour contrer la transmission de maladies par aérosols, que le bruit pourrait nuire à la concentration et que ces appareils pourraient générer un faux sentiment de sécurité.

Nanyc Delagrave ne comprend pas du tout cette réticence des autorités québécoises.

Il y a des produits hyper performants partout dans le monde et on dit que ce n'est pas bon pour les écoles du Québec. Dans plusieurs villes ailleurs dans le monde, on met deux purificateurs HEPA par classe, même s’il y a de la ventilation mécanique. C’est complètement ridicule, je pense que c’est politique.

Plusieurs autres experts, dont cette experte qui étudie la dynamique de la transmission des fluides des maladies au Massachusetts Institute of Technology (MIT), affirment que les purificateurs d’air sont très efficaces pour réduire la présence de particules du virus de la COVID-19. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC) recommandent eux aussi l’utilisation de purificateurs d’air dans les classes pour réduire le risque de propagation des particules de COVID-19.

Selon M. Beloin, son entreprise reçoit de plus en plus de demandes d’écoles qui souhaitent améliorer la qualité de l’air dans leurs classes. On a peut-être été un peu optimistes en pensant que tout serait fini pour la rentrée. On a de plus en plus de demandes des écoles. Les gens ne se sentent pas en sécurité.

Si l'appel d'offres pour ces échangeurs d'air est terminé, le ministère indique que des écoles et des CSS ont encore la possibilité de faire des demandes pour l'installation d'échangeurs d'air.

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