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Chronique

L’hôtel de ville de Québec : 125 ans d’histoire en 12 anecdotes

La façade ensoleillée de l'hôtel de ville de Québec, avec ses ormes majestueux.

L'hôtel de ville de Québec, inauguré le 15 septembre 1896, fête ses 125 ans.

Photo : Gracieuseté : Jacques A. Fortin

Inauguré le 15 septembre 1896, l’hôtel de ville de Québec fête ses 125 ans! Son histoire est étonnante. On y trouve même un passage secret! Retour sur quelques anecdotes souvent méconnues, en compagnie de l’historien Réjean Lemoine et du maire Régis Labeaume.


Situé sur le premier chantier archéologique du Québec

L’hôtel de ville a pris la place de l’ancien collège des Jésuites. Il datait des débuts de la colonie, au milieu du 17e siècle. C’était l’un des plus beaux édifices de la ville, rappelle l’historien Réjean Lemoine. Mais ça n’a pas empêché sa démolition…

L'ancien collègue des Jésuites juste avant sa démolition, sur une gravure de journal, en 1877.

L'ancien collège des Jésuites juste avant sa démolition

Photo : BAnQ / L'Opinion publique / Eugen Habere

Occupé par les militaires après la conquête, il avait été laissé à l’abandon à leur départ. Il a même été occupé par des squatteurs! Les gens dont les maisons avaient brûlé dans les incendies de la ville venaient s’y installer, explique Lemoine. 

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Le fronton de l'ancien collège des Jésuites, à l'entrée de l'hôtel de ville

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

En 1877, l’édifice était si abîmé qu’on a dû se résoudre à le raser. Mais on en a profité pour faire des fouilles, ce qui en fait le premier chantier archéologique de l’histoire du Québec. On y a trouvé plusieurs sépultures, rappelle l’historien. Et on a au moins réussi à sauver quelques pierres du fronton.


Le parlement en 1946. Le gouvernement provincial a d'abord envisagé de le construire sur le site de l'hôtel de ville, avant de jeter son dévolu sur un terrain plus vaste et plus élevé.

Le parlement en 1946. Le gouvernement provincial a pensé le construire sur le site de l'hôtel de ville, avant de jeter son dévolu sur un terrain plus vaste.

Photo : BAnQ / Paul Carpentier

Un site qui a failli être occupé par le parlement

La démolition du collège des Jésuites a créé un terrain vague sur l’un des emplacements les plus stratégiques de la ville. Un lot de choix, en plein cœur du Vieux-Québec, qu’a d’abord lorgné le gouvernement du Québec.

Le gouvernement d’Honoré Mercier s’était dit : on va construire le parlement ici. C’est le meilleur spot en ville!, raconte Réjean Lemoine. 

Mais le terrain, en plus d’être petit, était trop bas. Or, on voulait que le parlement domine la ville et devienne son édifice le plus haut. 

On est donc parti construire le parlement en hauteur, sur un champ de cricket situé à l’extérieur des fortifications. Et c’est là que le premier ministre Honoré Mercier s’est retourné et a dit à la ville de Québec : "Ça ne vous tenterait pas de construire un hôtel de ville?".

Une citation de :Réjean Lemoine, historien

L'Hôtel de ville dans les années 1950, avec des canons en façade et des voitures stationnées en parallèle sur la rue des Jardins.

L'hôtel de ville autour des années 1950

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés

La naissance d’une architecture municipale

En 1890, le projet d’hôtel de ville de la capitale avait fait l’objet d’un concours international, auquel ont même participé des architectes américains. Mais quand Simon-Napoléon Parent est entré en poste, il a préféré faire appel à un nouvel architecte, Georges-Émile Tanguay.

La maire lui a cependant demandé de s’inspirer des projets du concours pour en faire une sorte de synthèse. Ce qu’il a réussi avec brio.

La caserne de pompiers de la rue Dalhousie est typique du "style municipal" propre à Québec créé par Georges-Émile Tanguay.

La caserne de pompiers de la rue Dalhousie construite en 1912 est typique du "style municipal" propre à Québec créé par Georges-Émile Tanguay.

Photo : Archives Ville de Québec

Le style créé par Georges-Émile Tanguay pour l’hôtel de ville de Québec a tant plu qu’il a donné naissance à une véritable signature Québec en matière d’architecture.

Tanguay a donné naissance au style municipal! Après la construction de l’hôtel de ville, on va construire des stations de pompiers dans Limoilou et différents quartiers de la ville et développer aussi le site d’Expo-Québec. Et c’est Tanguay qui va avoir le mandat de réaliser tout ça. Il va vraiment donner un ton et un style à la ville de Québec.

Une citation de :Réjean Lemoine, historien

Les pompiers de la caserne de l'hôtel de ville prennent la pose avec sérieux sur un antique camion de pompier vers 1912. Tout le matériel est à l'air libre, et les échelles semblent bien petites pour faire face aux incendies.

Les pompiers de la caserne de l'hôtel de ville, vers 1912

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés

Pompiers et policiers en résidence à l’hôtel de ville

Le sous-sol et le rez-de-chaussée de l’hôtel de ville ont d’abord été occupés par la centrale de police et la caserne de pompiers numéro 1. Le poste de police a migré vers le parc Victoria en 1966 et les pompiers ont quitté l’hôtel de ville en 1986 pour aller s’installer sur la rue Saint-Jean.

Les anciennes cellules de l'hôtel de ville, du temps où on y trouvait encore la centrale de police, en 1966.

Les anciennes cellules de l'hôtel de ville, du temps où on s'y trouvait la centrale de police.

Photo : Archives Ville de Québec

Au 19e siècle, les camions de pompiers étaient tirés par des chevaux, ce qui fait qu’on trouvait même des écuries dans l’hôtel de ville! 

L’ancienne caserne a ensuite servi de centre d’interprétation de la vie urbaine, mais des rénovations majeures entreprises par la mairesse Andrée P. Boucher en 2006 ont tout transformé. Ce sont des bureaux qui occupent les lieux aujourd’hui. 


Un opérateur au travail dans la salle de télégraphe de l'hôtel de ville. L'appareillage était imposant. On avait fait courir les fils à l'intérieur des murs.

La salle de télégraphe de l'hôtel de ville et son imposant appareillage

Photo : Archives Ville de Québec

Télégraphe, imprimerie et... bureau bactériologique!

On trouvait une salle de télégraphe autrefois à l’hôtel de ville. Lors de son installation en 1902, c’était le summum en matière d’alarmes d’incendies. C'était littéralement la centrale 911 du temps. En cas de sinistre, il suffisait de casser la vitre de protection d’un des appareils disséminés sur les poteaux de la ville pour donner l’alarme.

L’hôtel de ville était aussi équipé d’un bureau bactériologique. On y inspectait l’eau et le lait des vaches. À l’époque, la ville, considérée comme l’une des plus insalubres d’Amérique du Nord, avait un taux de mortalité infantile alarmant.

L'imprimerie de l'hôtel de ville, toujours en service. Elle fait partie des premiers services regroupés dans le bâtiment à sa création.

L'imprimerie de l'hôtel de ville, toujours en service

Photo : Ville de Québec

Enfin, peu de gens savent que l’hôtel de ville est équipé depuis ses débuts de sa propre imprimerie. Comptes de taxes, formulaires, dépliants, affiches, documents administratifs et financiers, rapports annuels : tous ces documents sont encore imprimés sur place.


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L'horloge de l'hôtel de ville

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Une horloge dans le campanile

Avez-vous déjà remarqué l’horloge Cyrille-Duquet? On la voit bien en évidence sur la tour de l’hôtel de ville.

C’est à son sommet que Cyrille Duquet, inventeur, promoteur du téléphone et joaillier de renom, a installé une horloge mécanique, à la demande du maire Simon-Napoléon Parent. Minutieux, Duquet s’était engagé à fournir un mouvement de première classe, capable de fonctionner même par les plus grands froids d’hiver.

Le mécanisme d'origine de l'horloge Cyrille-Duquet est exposé dans le corridor du rez-de-chaussée de l'hôtel de ville. Il est en vitrine, et on voit un petit panneau explicatif à côté.

Le mécanisme d'origine de l'horloge Cyrille-Duquet, exposé dans le corridor du rez-de-chaussée

Photo : Ville de Québec

L’horloge devait être remontée régulièrement à l’époque. Le mécanisme d’origine a été conservé et mis en vitrine dans le corridor du rez-de-chaussée durant les années 1970.


La cloche de l'hôtel de ville, toujours en place dans son campanile. Elle domine la ville, dans sa tour ouverte sur 4 côtés.

La cloche de l'hôtel de ville, toujours en place dans son campanile. La tour, ouverte sur quatre côtés, domine la ville.

Photo : Radio-Canada

Une cloche de 1500 livres

Dans le contrat qu’il avait proposé à la ville, Duquet s’engageait aussi à fournir la cloche de son horloge. Même si elle n’est plus en fonction aujourd’hui, on peut toujours la voir au sommet de la tour, juste en dessous de l’horloge.

Pendant plusieurs décennies, en plus de sonner les heures, elle sonnait l’alarme lors des incendies de la ville. Une tradition qui s’est poursuivie quand on l’a reliée au télégraphe d’alarme de l’hôtel de ville, en 1902.

Exposée aux quatre vents derrière deux portes entièrement vitrées, elle offre un point de vue spectaculaire aux quelques fonctionnaires qui ont leurs bureaux tout près.


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La salle du conseil

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

La salle du conseil : le cœur de la démocratie municipale

La salle du conseil en impose. Tout en hauteur, elle se trouve au cœur de l’édifice.

Avec le temps, l’éclairage a été complètement refait, le tapis a été changé à plusieurs reprises, mais le mobilier a gardé ses allures d’origine. On peut encore voir les anciennes armoiries de la Ville au-dessus du siège du président.

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Les anciennes armoiries de la Ville, au-dessus du siège du président

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Les armoiries actuelles ont été réalisées sous Lucien Borne, lorsqu’on a voulu changer l’image de la ville dans les années 1950.

C’est là qu’on se dote de la devise Don de dieu feray valoir, le nom du bateau de Champlain. Même si ce bateau-là n’est jamais venu à Québec. Il s’est arrêté à Tadoussac! Champlain était en barque quand il est arrivé à Québec!

Une citation de :Réjean Lemoine, historien

Bien en vue dans la salle, les drapeaux de la Ville ont été dessinés dans les années 1980, sous Jean Pelletier.


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Le maire Régis Labeaume, qu'on retrouve dans son bureau, raconte avec humour des anecdotes qui l'ont marqué durant son passage à l'hôtel de ville.

Photo : Radio-Canada

Bureau du maire : quasi inchangé depuis la fin des années 60

Régis Labeaume le confirme : son bureau a peu changé depuis l’époque du maire Lamontagne, à la fin des années 1960. Mais il était temps qu’on rénove.

C’est peut-être très joli maintenant, mais le maire Lamontagne m’a dit qu’à l’époque, son bureau était très laid. Il y avait même du prélart sur le sol. Et la ville était tellement pauvre qu’il avait dû rencontrer le premier ministre Daniel Johnson pour lui demander de l’argent pour pouvoir redécorer le bureau, parce qu’il avait honte de recevoir les dignitaires ici!

Une citation de :Régis Labeaume, maire de Québec
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Le bureau du maire

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

C’était l’époque de l’exposition universelle de Montréal, vers 1965-1966. Après un passage à Montréal, les diplomates passaient tous par Québec!

Quand t’es obligé d’aller voir le premier ministre pour refaire ton bureau, il y a un problème. Je trouve ça assez extraordinaire comme histoire, s’étonne encore Régis Labeaume.


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L'impressionnant salon du maire, où on accueille les dignitaires, et où on leur fait signer le livre d'or de la ville.

Photo : Radio-Canada

Le salon de la mairie et son livre d’or

L’investissement de Daniel Johnson père aura aussi permis de créer un salon impressionnant. On y accède directement du bureau du maire, grâce à deux portes ouvragées.

Alors ça, c’est majestueux! Ça fait très Versailles. Même les Parisiens sont impressionnés!, s’amuse Régis Labeaume.

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Des cadeaux offerts à la Ville en vitrine dans le salon du maire

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

On peut y voir de somptueux cadeaux offerts à la Ville, dont plusieurs sont regroupés dans une grande vitrine éclairée, qui attire tous les regards. C’est ici, sous le regard de Champlain et Cartier, dont les portraits ornent les murs, qu’on reçoit les dignitaires de passage, et qu’on leur fait signer le fameux livre d’or de la Ville.

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La page d'entête du premier livre d'or de la Ville, signée lors de la visite du couple royal à Québec.

Photo : Archives Ville de Québec / David Tremblay

George VI et la reine mère Elizabeth – les parents de l’actuelle souveraine – ont été les premiers à le signer, en 1939. Les 13 livres d’or signés jusqu’en 2001 sont conservés aux archives de la Ville, dans un entrepôt du secteur D’Estimauville.


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La porte du passage secret de l'hôtel de ville, derrière le bureau du maire

Photo : Radio-Canada

Le passage secret du bureau du maire

Il existe une porte mystérieuse dans le bureau du maire. Elle permet d’accéder à une pièce secrète.

Madame Boucher venait dans cette petite pièce pour faire ses comptes personnels, mais ensuite, c’est devenu un vrai fourre-tout, raconte le maire.

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Le maire et une partie de la collection d'objets de sa «pièce secrète»

Photo : Radio-Canada

Après y avoir installé une petite salle d’entraînement, le maire y a entassé toutes sortes d’objets, dont quelques portraits de lui offerts par des admirateurs, ainsi que plusieurs cravates et chemises de rechange. C’est dans cette pièce que se trouve une deuxième porte permettant d’accéder directement à la salle du conseil.

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Le maire entrouvre la porte du passage secret qui permet de passer directement de son bureau à la salle du conseil.

Photo : Radio-Canada

Normalement, si je voulais me sauver, je passerais par ici. S’il y avait des manifestants dans le corridor, je pourrais passer directement dans mon bureau. Mais je ne l’ai jamais fait. Alors finalement, ça sert seulement pour faire des blagues aux enfants. Et les enfants adorent!

Une citation de :Régis Labeaume
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Régis Labeaume songeur dans la galerie des portraits située près de son bureau, où il aura bientôt le sien, à titre de maire sortant.

Photo : Radio-Canada

Le vieux rêve d’une maison du peuple

Avec le temps, l’hôtel de ville s’est enrichi. Le 400e a laissé des traces, dont les mascarons de la façade sud, offerts par Bordeaux, et l’horloge du Jura, située dans le même secteur.

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Trois des cinq mascarons offerts par la Ville de Bordeaux, au-dessus de l'entrée sud

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Les rafraîchissements se poursuivent depuis. Le parvis en façade a été entièrement rénové. Il était un peu magané, confie le maire, qui s’y dit particulièrement attaché. 

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Le médaillon du parvis, devant l'hôtel de ville

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

On l’a orné, il y a trois ans, d’un imposant médaillon rappelant le statut de ville patrimoniale de Québec, devant lequel s’arrêtent apparemment tous les guides touristiques de la ville. Et quand le maire sort faire un tour, il arrive qu’ils en profitent pour le présenter aux touristes en visite. Ils comprennent jamais comment ça se fait qu’un maire soit tout seul comme ça sur le parvis, alors qu’il devrait avoir des bodyguards!, s’amuse Labeaume.

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Les jardins de l'hôtel de ville, côté sud, tels qu'on peut les voir depuis 2015

Photo : Gracieuseté : Jacques A. Fortin

Les nouveaux aménagements créés en 2015, du côté sud, avec leur mobilier urbain coloré et leurs jeux d’eau, l’enchantent particulièrement.

Voir les enfants courir, hurler et se rafraîchir avec les jeux d’eau, ça fait en sorte que j’ai l’impression que c’est aussi une sorte de maison du peuple. Parce qu’elle sert à autre chose que le rite et le cérémonial. Et on ne s’est jamais fait voler de chaise ou de table! C’est très respectueux. C’est Québec, ça!

Une citation de :Régis Labeaume

Sources:

  • Réjean Lemoine, historien
  • Régis Labeaume, maire de Québec
  • Service de la culture, du patrimoine et des relations internationales de la Ville de Québec
  • Service des communications de la Ville de Québec
  • Service des archives de la Ville de Québec
  • L'hôtel de ville de Québec : cent ans d'histoire

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