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Une petite municipalité perd son dernier médecin permanent

L'extérieur du Centre de santé communautaire de Manitouwadge.

Manitouwadge dépend des médecins suppléants qui se déplacent dans la communauté, parfois pas plus de quelques jours à la fois.

Photo : Santé Manitouwadge Health

Radio-Canada

Le canton de Manitouwadge, une communauté de 2000 habitants dans le Nord-Ouest de l’Ontario, se trouve sans médecin permanent depuis le 8 septembre. Cette situation, qui risque de se produire dans d’autres municipalités rurales, inquiète des experts.

Santé Manitouwadge Health, qui est chargé de fournir des services à l'ensemble de la communauté, affiche trois postes à temps plein pour des médecins de famille et des urgentistes en milieu rural.

Les signes d’une pénurie de personnel se sont fait sentir tout au long de l’été.

La clinique de soins urgents a été annulée la semaine du 5 au 9 juillet en raison de la pénurie de médecins dans toute la province, selon une publication Facebook de l'équipe de santé familiale de Manitouwadge.

Ces cliniques ont été annulées de nouveau pendant deux semaines en août, pour les mêmes raisons.

Une carte d'une partie de Nord de l'Ontario, centrée sur Manitouwadge.

Le canton de Manitouwadge se situe à environ 400 km de route de Thunder Bay.

Photo : Google Maps

Santé Manitouwadge Health a averti les résidents de la communauté dans un communiqué de presse publié le 12 août que l’organisme traverse une crise importante.

Le communiqué ajoute que l'impact à court terme est qu'à titre provisoire seulement, les personnes devant être admises dans le secteur des soins aigus de l'hôpital pourraient devoir être transférées ailleurs.

C'est un problème récurrent dans la ville rurale, comme le souligne le rapport annuel 2018-2019 de Santé Manitouwadge Health. La pénurie de médecins est plus complexe, peut-on y lire.

Une charge de travail élevée et une incapacité à retenir les médecins sont citées dans le rapport annuel comme faisant partie des raisons qui expliquent la pénurie de médecins.

Dans un courriel envoyé à CBC News le 2 septembre, la directrice générale de l'organisme, Debbie Hardy, a déclaré que la situation est en train de se résoudre, mais n'a pas fourni de détails supplémentaires.

D’autres communautés à risque

La situation de Manitouwadge pourrait se reproduire dans d'autres communautés rurales de la région et du Canada, prévient la Dre Sarah Newbery, doyenne adjointe de la stratégie des effectifs médicaux de l'École de médecine du Nord de l'Ontario (EMNO).

Ce sont des systèmes fragiles. Ils dépendent d'un très petit groupe de personnes pour bien fonctionner, a déclaré la Dre Newbery qui est médecin de famille généraliste à Marathon, non loin de Manitouwadge.

Nous prévoyons voir plus de retraites anticipées et plus de médecins réduisant leur pratique ou quittant carrément les communautés, en partie à cause du stress engendré par la COVID-19 et de l'augmentation du travail que cela a signifié pour de nombreux médecins.

Une citation de :Dre Sarah Newbery, doyenne adjointe de la stratégie des effectifs médicaux de l'École de médecine du Nord de l'Ontario

Le nombre de médecins dans le Nord de l'Ontario a diminué au cours de la dernière année, selon la Dre Newbery.

Nous devons donc prêter attention à ce qui se passe à Manitouwadge, car je ne pense pas que ce sera la seule communauté qui risque de ne pas avoir du tout de personnel médical.

La qualité des soins souffre de l'absence de personnel permanent

Lorsqu'une organisation de soins de santé n'est pas en mesure de conserver l'intégralité de son personnel médical, des médecins suppléants viennent dans une communauté et travaillent aussi longtemps qu'ils le peuvent.

Parfois, cela peut durer quelques semaines ou quelques mois, explique la Dre Sarah Newbery. D'autres fois, cela peut être encore plus court.

L'été dernier, nous avons constaté que de nombreuses communautés ont dû faire appel à des médecins pour un ou deux quarts de travail afin de garder les services d'urgence ouverts.

Une citation de :Dre Sarah Newbery, doyenne adjointe de la stratégie des effectifs médicaux de l'École de médecine du Nord de l'Ontario

Ce genre de perturbation peut influer sur la qualité des soins pour les résidents.

Ce n'est pas que les médecins qui arrivent ne soient pas d'excellents médecins, mais les maladies chroniques complexes doivent être suivies à long terme, explique la Dre Newbery.

Des médecins demandent aux partis fédéraux d'agir

La Dre Sarah Newbery reconnaît que la santé est en grande partie une question de compétence provinciale au Canada, mais elle affirme que le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer dans les soins de santé en milieu rural pour deux raisons principales.

D'abord, Ottawa est responsable de la prestation des services de santé aux Autochtones, et les systèmes de santé ruraux sont les endroits où beaucoup de nos citoyens autochtones reçoivent leurs soins, note la doyenne adjointe de la stratégie des effectifs médicaux de l'EMNO.

La deuxième raison, ajoute la Dre Newbery, est que le gouvernement fédéral a un mandat de développement économique rural.

Sans infrastructure de soins de santé, sans médecins dans la communauté, le dynamisme économique de nos communautés rurales va décliner.

Une citation de :Dre Sarah Newbery, doyenne adjointe de la stratégie des effectifs médicaux de l'École de médecine du Nord de l'Ontario

La Société de la médecine rurale du Canada (SMRC), qui représente plus de 1 900 membres, a publié une déclaration demandant aux partis de s'attaquer aux inégalités persistantes en matière d'accès aux soins de santé en milieu rural.

Dans les régions les plus durement touchées par les éclosions de COVID-19, les centres de soins de santé ruraux se retrouvent souvent à court de personnel, épuisés et à peine capables de faire face à la situation, indique la déclaration.

La déclaration demande à tous les partis fédéraux d'investir, notamment pour permettre d’établir une stratégie nationale de soins de santé et de main-d'œuvre en milieu rural.

Ces recommandations ne sont pas nouvelles… nous espérons que le prochain gouvernement fédéral y donnera vraiment suite, conclut le président de la SMRC, le Dr Gabe Woollam.

Patty Hajdu, la ministre de la Santé et députée fédérale sortante de Thunder Bay—Supérieur Nord, où se trouve Manitouwadge, affirme que la situation est complexe.

La ministre écoute une question lors d'une conférence de presse, assise devant des drapeaux canadiens.

Patty Hajdu affirme avoir discuté récemment avec la direction de l'hôpital de Manitouwadge.

Photo : La Presse canadienne / David Kawai

Plusieurs petites communautés, comme les communautés autochtones aussi, c'est très difficile pour leurs communautés d'attirer et de retenir les professionnels de la santé, admet-elle.

Selon elle, une partie de la solution passe par la télémédecine, car ce n'est pas toutes les consultations qui ont besoin d'être en personne.

Elle admet que la télémédecine a ses limites et qu'il faut aussi assurer une disponibilité des médecins sur place.

Son parti propose notamment des remboursements des frais de scolarité aux médecins qui s'installent en région rurale.

Avec les informations de Logan Turner de CBC

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