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Le milieu rural attend encore d’être complètement branché

L'élévateur à grains de Domremy sur une route de campagne.

Les trains ne s'arrêtent plus à l'élévateur à grains de Domremy depuis 20 ans déjà.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

D'élections en élections, la promesse est faite par tous les grands partis. Finir de brancher toutes les régions rurales du pays à Internet haute vitesse et au réseau cellulaire. Encore en 2021, cet accès ne peut pas être tenu pour acquis en dehors des grands centres urbains.

Ici, la couverture du réseau cellulaire et l’accès à Internet haute vitesse, ça varie entre faible et nul.

Jeremy Welter ne passe pas par quatre chemins pour décrire la situation en milieu rural en Saskatchewan. Rencontré sur sa ferme près de Kerrobert, un village du nord-ouest de la province, près de la frontière avec l’Alberta, le producteur de grains souligne à quel point la situation peut être frustrante.

Ça va d’appels interrompus parce qu’on perd le signal à de longs délais pour simplement ouvrir une page Internet.

Une citation de :Jeremy Welter, producteur agricole
Jeremy Welter, appuyé sur une machine agricole.

Dans sa ferme près de Kerrobert, Jeremy Welter déplore le manque d'accès à un service Internet rapide et abordable partout en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Jeremy Welter préside le groupe de travail spécial sur la connectivité rurale de l’Association des producteurs agricoles de la Saskatchewan. Dans un récent rapport, on y confirme notamment qu’une vaste majorité d’agriculteurs sont insatisfaits de la qualité des services de télécommunications qu’ils reçoivent.

Pour les producteurs, un meilleur accès à ces technologies courantes est devenu essentiel, estime M. Welter.

Ultimement, nous sommes des entrepreneurs et plusieurs aspects de nos affaires se font en ligne. Que ce soit surveiller les prix du grain, signer des contrats, envoyer des courriels ou suivre la météo, illustre-t-il.

Dans les fermes, la technologie est omniprésente. Les nouvelles moissonneuses-batteuses sont équipées de cartes à puce qui se connectent au réseau cellulaire.

Le mécanicien peut se brancher à distance sur votre machine et identifier le problème sans avoir à se déplacer, relate Jeremy Welter.

Une façon d’économiser sur les coûts d’entretien, mais encore faut-il avoir accès à un réseau fiable.

Pour qu'une connexion soit considérée comme à haute vitesse, elle doit offrir 50 Mpbs de téléchargement et 10 Mpbs de téléversement, communément appelé 50/10. En 2017, le gouvernement canadien estimait que seulement 37 % des ménages ruraux avaient accès à une telle vitesse, contrairement à 97 % des ménages urbains.

Branché, mais cher

Petit à petit, les villages de Saskatchewan ont accès à Internet haute vitesse, mais certains ont dû attendre longtemps.

La centaine d’habitants de Domremy, à une centaine de kilomètres au nord de Saskatoon, est branchée à un réseau semblable à celui des grandes villes depuis peu.

Ici, à Domremy, on avait beaucoup de misère il y a seulement deux ans, souligne le conseiller municipal Gilles LeBlanc.

Une tour cellulaire sur une plaine.

La tour cellulaire près de Saint-Isidore-de-Bellevue.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

Comme n’importe quelles autres infrastructures, Internet et le cellulaire sont essentiels pour vivre ou faire des affaires.

Mais à Domremy, il faut payer plus cher pour être branché, une injustice que dénonce Gilles LeBlanc.

Ma sœur vit à Saskatoon et peut avoir de l’Internet pour 40,39 $ par mois. Nous, ici, c’est 125 $. Pour avoir du service, ça nous coûte trois fois plus cher!

Gilles LeBlanc sur un chemin agricole.

Gilles LeBlanc est conseiller municipal et agriculteur à Domremy, en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Même dans les villages officiellement branchés, la qualité du service peut varier énormément. Quelques kilomètres plus loin à l'Ouest, à Saint-Isidore-de-Bellevue, Janelle Studer déplore ne pas pouvoir parler au téléphone dans sa propre maison.

[Le service] dépend vraiment d’où vous êtes dans le village, des fois ça marche, mais pas dans notre maison, explique-t-elle lorsqu’on la rencontre sur la rue principale.

À quelques kilomètres de Saint-Isidore-de-Bellevue, la fonctionnaire fédérale Rachelle Deault est quand même capable de faire du télétravail depuis sa ferme depuis qu’elle a changé de fournisseur Internet. Mais même avec sa nouvelle antenne, le service n’est pas toujours parfait.

Ça dépend de la température. S’il y a des nuages, s’il vente, des fois ça peut ralentir, dit-elle.

Fonctionnaire fédérale, Rachelle Deault travaille de chez elle sur une ferme.

Internet haute vitesse en région

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Travail, école ou services bancaires, ce n’est pas parce qu’on vit à la campagne qu’Internet ou la téléphonie mobile sont moins importants, soutient-elle.

Tout ce qu’on fait est en ligne maintenant. Surtout avec la pandémie, on a fait la transition encore plus vite.

Une citation de :Rachelle Deault

Le Conseil des écoles fransaskoises confirme également qu’il a dû fournir des téléphones cellulaires avec données Internet à des élèves qui n’avaient pas de connexion Internet fiable à la maison, alors que les cours se donnaient à distance durant la pandémie.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

Une campagne loin de la campagne

Un rapide coup d'œil à l’agenda des chefs des principaux partis confirme que ceux-ci passent beaucoup plus de temps dans les grandes villes et leurs banlieues depuis un mois.

Ne cherchez pas non plus de pancartes électorales à Domremy, vous n'en trouverez pas. Vue d'ici, la course fédérale semble bien loin.

Je regarde plutôt le gouvernement provincial qui est capable de nous aider, parce que des fois, je pense que le gouvernement fédéral ne sait même pas qu’on est ici.

Une citation de :Gilles LeBlanc

En Saskatchewan, on sent de façon générale que les priorités et la réalité du monde rural sont reléguées à l’arrière-scène de l’élection.

Le secteur rural canadien accuse déjà du retard économique, ne peut s’empêcher de laisser tomber Jeremy Welter.

Même branché à la haute vitesse, on craint ici que le fossé qui sépare urbains et ruraux ne continue de s’agrandir.

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