•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Procès du Français Tyler Vilus, un chef de l’EI : la vie avant le terrorisme

Le palais de justice entouré de policiers.

Le plus grand procès de l'histoire judiciaire moderne de la France s'est ouvert le 8 septembre, à Paris.

Photo : AFP / Thomas Coex

Agence France-Presse

Dissertant avec aisance et volubilité dans le box des accusés, le Français Tyler Vilus a fait part lundi à la cour d'assises d'appel de Paris de ses réflexions sur le parcours qui l'a mené jusqu'au conflit syrien et au groupe armé État islamique (EI), et de son évolution personnelle depuis son arrestation.

À la fois combattant, chef d'escouade, prosélyte en ligne, recruteur et membre de la police de l'EI, selon l'accusation, ce djihadiste intégral doit répondre de crimes commis entre 2013 et 2015 en Syrie.

Interpellé en 2015 à Istanbul, il a été condamné à 30 ans de prison en première instance.

Émir à la tête d'un bataillon de plusieurs dizaines de combattants français dès l'été 2013, Abou Hafs Al Faransi – son nom de guerre – avait rejoint la même année les rangs de l'ultraviolente brigade des immigrés de l'EI, une escouade de djihadistes étrangers – français et belges pour la plupart – qui sévissait dans les environs d'Alep.

Un groupe de copains qui torture, massacre et décapite dans la bonne humeur d'une colonie de vacances, d'après le témoignage de la femme d'un d'entre eux interrogée par les renseignements français.

Cette fois, au cours de cette première journée d'audience consacrée à l'examen de sa personnalité, l'homme de 31 ans aux cheveux bruns tressés, portant un polo et un jean délavé, a présenté à la cour une analyse du cheminement qui l'a conduit jusqu'aux atrocités de l'organisation extrémiste.

À 21 ans, quand je suis rentré dans l'islam, j'avais peut-être pas le recul nécessaire pour faire la part des choses, estime désormais ce converti à l'imposante carrure, plus important chef de l'EI à être détenu par la France et familier de plusieurs protagonistes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

Je suis rentré dans l'islam par la version la plus rigoriste qu'on pouvait trouver.

Une citation de :Tyler Vilus, à son procès

Décrochage scolaire

Lors de son premier procès en 2020, la cour d'assises l'avait déclaré coupable de tous les chefs d'accusation. Elle avait toutefois choisi de ne pas prononcer la peine maximale – la réclusion à perpétuité – pour lui laisser une chance d'évoluer, étant donné qu'il avait commencé à remettre en question son fanatisme mortifère.

Durant une heure et demie d'interrogatoire, les avant-bras appuyés avec assurance sur la barre de verre devant lui, c'est un Tyler Vilus prolixe qui a relaté et commenté les différentes phases de sa vie avant le djihad.

D'origine antillaise par son père, élevé principalement par sa mère qui ira le rejoindre dans la guerre en Syrie, Tyler Vilus grandit entre le nord-est et le sud-ouest de la France. Affecté de la maladie de Crohn, une inflammation chronique du système digestif, celui qui tient son prénom d'un des personnages de la série télévisée américaine des années 1980 Fame, est régulièrement hospitalisé jusqu'à l'adolescence.

Ses séjours à l'hôpital lui font souvent manquer les cours. Il décroche et, à 16 ans, sort totalement du système scolaire sans être parvenu au niveau du brevet.

On ne vous reproche pas d'être musulman

Pendant les cinq ans qui suivent, il bouge, voyage, fait un peu de musique, etc. On a cru comprendre que vous faisiez un certain nombre de trafics pour vivre?, a complété le président.

Tyler Vilus se sent dériver, sans but dans la vie. Alors en 2011, ce jeune homme élevé dans la foi chrétienne se convertit soudain à l'islam, après une rencontre avec un imam. J'étais dans une recherche de stabilité et j'ai découvert l'islam. C'est une religion qui pose un cap, un cap assez strict.

Le petit délinquant cesse aussitôt de boire de l'alcool, de fumer du cannabis. Il part s'installer dans la Tunisie postrévolution où bourgeonnent de nombreux mouvements djihadistes.

Ce n'est que là-bas, a-t-il raconté, qu'il découvre le salafisme djihadiste et ses filières de combattants allant se jeter dans le bain de sang syrien. Une voie qu'il ne tarde pas à emprunter à son tour.

Je suis encore musulman aujourd'hui, je suis encore pratiquant aujourd'hui, mais j'ai évolué sur certaines conceptions de ma religion.

Une citation de :Tyler Vilus, à son procès

On ne vous reproche pas d'être musulman, lui a fait remarquer le président de la cour d'assises spéciale. On vous reproche d'avoir été membre d'une organisation terroriste.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !