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Linda O’Leary acquittée d’une accusation de conduite imprudente en bateau

La vitesse, la visibilité et la consommation d'alcool étaient au centre du procès.

Kevin O'Leary et Linda O'Leary posant l'un à côté de l'autre pour une photo.

Kevin O'Leary a témoigné pour la défense au procès de son épouse, Linda O'Leary.

Photo : Reuters / Danny Moloshok

Au tribunal de Parry Sound, Linda O'Leary a été acquittée d'une accusation de conduite imprudente à la suite de l'accident de bateau mortel qui a fait deux morts et trois blessés en août 2019 dans les Muskoka. Le juge de la Cour de justice de l'Ontario a rendu son verdict mardi matin après un procès d'une dizaine de jours plus tôt cet été.

En entendant le verdict, Linda O'Leary est apparue soulagée à l'écran de l'audience, qui était diffusée sur une plateforme numérique, mais il était difficile de décrire plus précisément sa réaction puisqu'elle portait un masque contre la COVID-19, à côté de son avocat.

Vêtue d'un tailleur rouge, Mme O'Leary n'aura donc pas à payer une amende de 10 000 $ minimum. Son permis de conduire avait déjà été suspendu durant trois jours après l'accident.

Une femme en tailleur rouge entre deux avocats.

Linda O'Leary, au centre, entre ses deux avocats. Son mari n'avait pu se déplacer à Parry Sound pour le jour du verdict.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

À l'extérieur du tribunal, l'épouse de l'homme d'affaires Kevin O'Leary a refusé de parler à la presse. Son avocat, Brian Greenspan, a rappelé que sa cliente était émotive et qu'elle avait été bouleversée par l'accident, mais qu'elle parviendrait avec le temps à surmonter cette épreuve.

Au-delà d'un verdict qui lui est favorable, Me Greenspan a rappelé avant tout que deux personnes avaient été tuées dans la tragédie.

Paula et Suzana Brito sur un auto-portrait.

L'une des deux victimes de l'accident, Suzana Brito, à droite, à côté de sa sœur, Paola Brito.

Photo : Photo soumise par Paula Brito

Gary Poltash, 64 ans, originaire de Floride, et Suzana Brito, 48 ans, d'Uxbridge, en Ontario, ont succombé à leurs blessures après l'accident et trois autres de leurs amis avaient été blessés à bord du bateau nommé Nautique.

Dans ce procès, l'épouse de l'ex-candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada était accusée en vertu de la loi fédérale sur la marine marchande et non du Code criminel.

Un verdict de 90 pages

Dans sa décision, le juge Richard Humphrey explique que la Couronne n'a pas réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable l'imprudence de l'accusée au volant de son bateau, selon les critères de la jurisprudence établis pour un tel crime.

Il précise que la Couronne n'a pu établir par exemple la vitesse à laquelle Mme O'Leary conduisait au moment de l'impact entre les deux bateaux, mais seulement une gamme de vitesses possibles.

Illustration judiciaire du juge Humphrey.

Le juge Richard Humphrey, de la Cour de justice de l'Ontario, a lu un résumé de son verdict, avant de rendre publique en après-midi sa décision au complet.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le magistrat rappelle que l'embarcation que Mme O'Leary a percutée le soir du 24 août 2019 sur le Lac Joseph n'était pas illuminée, parce que les passagers étaient en train d'admirer les étoiles une nuit sans lune.

Il souligne que le capitaine du Nautique a d'ailleurs contrevenu de façon flagrante aux lois sur la navigation à ce sujet et qu'il avait été mis à l'amende.

Le juge ajoute que rien ne prouve que Mme O'Leary était en état d'ébriété ce soir-là et qu'elle n'a de toute façon jamais été arrêtée ni accusée de conduite avec les facultés affaiblies ayant causé la mort dans cette affaire.

Prépondérance des probabilités

Au delà des preuves de la Couronne dans cette cause, le juge devait aussi peser l'argument des Procureurs selon lesquels Mme O'leary aurait dû être plus prudente, peu importe la visibilité du Nautique.

La Couronne avait expliqué qu'un navigateur prudent doit tenir compte des risques de la conduite en pleine noirceur et des dangers que représentent un animal, un tronc d'arbre ou encore des déchets à la dérive sur l'eau.

En ce basant cette fois sur la prépondérance des probabilités, le magistrat a toutefois rejeté cette prémisse. La Couronne n'a pas réussi à démontrer que l'accusée a manqué à son devoir de diligence, qui consistait à suivre les règlements nautiques, dit-il.

Un photo du bateau des O'Leary

Une caméra de surveillance capte l'arrivée des O'Leary et de leur amie Allison Whiteside (en rouge) au domicile des Smith.

Photo : OPP (pièce à conviction)

Il n'existe aucune preuve que le chenal était parsemé de débris, ce qui aurait dû effectivement l'obliger à adopter une conduite plus prudente, mais ça ne signifie pas qu'elle n'ait pas observé les mesures de sécurité, poursuit-il.

Le juge précise ensuite que Mme O'Leary est une navigatrice d'expérience, qu'elle était la conductrice désignée ce soir-là, que son bateau était en règle et qu'elle avait pris toutes les précautions nécessaires pour rentrer chez elle en pleine nuit.

Un grand chalet avec quai pour les bateaux sur un lac.

La famille O'Leary possède un chalet de luxe sur le lac Joseph.

Photo : CBC

Le magistrat rappelle qu'elle connaissait bien par ailleurs le parcours de jour comme de nuit entre sa résidence et celle des ses voisins pour l'avoir emprunté à maintes reprises.

Il souligne enfin que le lac était calme, la température clémente, et que Linda et Kevin O'Leary étaient à l'affût de tout danger derrière la console de leur bateau.

Réactions de la défense

Interrogé par la presse, l'avocat Brian Greenspan affirme que sa cliente n'aurait jamais dû être accusée au départ dans cette affaire.

Il n'y avait aucune raison de déposer des accusations contre elle, rien ne montrait une quelconque faute de sa part et il est malheureux que la police n'ait pas usé d'un peu plus de jugement à l'époque, dit-il.

Un avocat au micro.

L'avocat de la défense, Brian Greenspan, a accepté de parler aux médias après le départ de sa cliente.

Photo : Radio-Canada / Simon Dingley

Me Greenspan affirme que la Couronne aurait dû, elle aussi, réaliser qu'il n'y avait aucune possibilité d'obtenir un verdict de culpabilité lorsqu'elle a décidé d'aller de l'avant avec un procès pour conduite imprudente.

L'avocat torontois se questionne d'ailleurs sur les motivations des Procureurs à ce sujet, en laissant entendre que sa cliente n'a été poursuivie qu'en raison de la célébrité de son conjoint.

Positions des deux parties

La défense avait rejeté, à la fin du procès, en juillet, la responsabilité de l'accident sur le capitaine du Nautique, parce qu'il avait éteint tous les feux de signalisation à bord pour que ses 11 passagers puissent mieux admirer le ciel étoilé.

Elle avait soutenu que la Couronne n'avait pu prouver que sa cliente avait été imprudente, qu'elle conduisait vite ni qu'elle avait les facultés affaiblies après avoir consommé de l'alcool avant la collision.

Elle avait répété que sa cliente avait pris un verre pour se calmer les nerfs une fois de retour chez elle, soit après l'accident, ce qui explique le résultat positif de l'alcootest qui lui avait été administré dans la nuit.

Une illustration judiciaire de l'avocat Brian Greenspan.

L'avocat Brian Greenspan représente Linda O'Leary.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La défense avait rappelé que les policiers étaient arrivés au domicile des O'Leary au moins 45 minutes après la collision et que le test n'avait pas été effectué immédiatement au moment des faits.

La Couronne affirmait au contraire que Linda O'Leary conduisait de façon dangereuse, peu importe si le bateau qu'elle a percuté était illuminé ou non ce soir-là.

En ce sens, l'erreur du Nautique au sujet des signaux lumineux n'absolvait pas, selon elle, Mme O'Leary.

Une illustration judiciaire du procureur et du témoin de la défense.

Le procureur de la Couronne, Samir Adam, contre-interroge lors du procès Kevin O'Leary, qui se trouvait à Los Angeles pour affaires à l'époque.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

La Couronne ajoutait de toute façon que l'embarcation accidentée était bien visible ce soir-là, même si la lumière au bout du mât arrière était défectueuse.

Elle avait en outre énuméré plusieurs règlements du Code que l'accusée a enfreint selon elle ce soir-là, comme le fait de ne jamais présumer que la voie est libre si on ne voit rien devant soi.

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