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L’opposition de gauche remporte les législatives en Norvège

La première ministre sortante, la conservatrice Erna Solberg, a reconnu sa défaite lundi soir. Elle dirigeait le pays scandinave depuis 2013.

Jonas Gahr Støre entouré de journalistes.

Multimillionnaire diplômé de Sciences Po Paris, le travailliste Jonas Gahr Støre est pressenti pour être le prochain premier ministre en Norvège.

Photo : ntb/afp via getty images / Javad Parsa

Agence France-Presse

L'opposition de gauche menée par le travailliste Jonas Gahr Støre a remporté lundi en Norvège des législatives dominées par le sort des activités pétrolières du pays, selon des projections publiées à la fermeture du scrutin.

Les cinq partis d'opposition devraient décrocher 100 des 169 sièges que compte le Storting, le Parlement monocaméral norvégien, suffisamment pour déloger la coalition de droite de la conservatrice Erna Solberg au pouvoir depuis huit ans, selon les projections réalisées à partir des très nombreux votes anticipés.

Avec 89 mandats pour le moment, les travaillistes de M. Støre, probable prochain premier ministre, seraient même en passe de décrocher une majorité absolue avec leurs alliés de prédilection, le parti du Centre et la Gauche socialiste, sans avoir besoin des deux autres forces d'opposition, les écologistes de MDG et les communistes de Rødt.

Cela faciliterait les négociations en vue de former un gouvernement de coalition, lesquelles promettent tout de même d'être longues et délicates.

Ces résultats semblent très, très prometteurs. Bien sûr, on compte toujours les votes finaux, mais si l'on considère que les projections sont exactes, il semble y avoir un mandat très fort pour le changement, a déclaré à l'AFP le responsable travailliste chargé des questions énergétiques, Espen Barth Eide.

La possible majorité à trois, c'est exactement l'issue que nous espérions et cela signifie qu'on peut commencer à négocier dans les jours qui viennent, a-t-il ajouté.

MDG avait conditionné son soutien à l'arrêt immédiat de l'exploration pétrolière dans le pays, plus gros exportateur d'hydrocarbures d'Europe de l'Ouest, un ultimatum rejeté par M. Støre.

Jonas Gahr Støre s'exprimant lors d'une rencontre publique.

Le parti travailliste de Jonas Gahr Støre veut revenir sur certaines baisses fiscales et relever jusqu'à 2,1 milliards de dollars les impôts pour réduire les inégalités.

Photo : via reuters

Millionnaire de 61 ans qui a fait campagne contre les inégalités sociales, le probable chef du prochain gouvernement préconise – comme ses adversaires conservateurs – une sortie douce et progressive de l'économie pétrolière.

L'écologie, levier politique

L'alerte rouge pour l'humanité lancée début août par les experts de l'ONU sur le climat (GIEC) a placé la question du réchauffement au cœur de la campagne électorale et forcé le pays à une réflexion sur le sort des activités pétrolières qui l'ont rendu immensément riche.

Le rapport a galvanisé ceux qui, à gauche et, dans une moindre mesure, à droite, veulent en finir avec le pétrole.

Le secteur pétrolier représente 14 % du produit intérieur brut norvégien, plus de 40 % des exportations et 160 000 emplois directs.

L'or noir a aussi permis au royaume de 5,4 millions d'habitants d'amasser le plus gros fonds souverain au monde avec près de 12 000 milliards de couronnes (environ 1750 milliards de dollars canadiens) d'actifs.

Outre la fin immédiate de la prospection pétrolière, MDG, la formation la plus en pointe sur cette question, réclame l'arrêt de l'exploitation d'ici à 2035 pour limiter le réchauffement climatique.

J'espère que nous décrocherons une position après le scrutin d'aujourd'hui d'où nous pourrons faire pression sur le prochain gouvernement norvégien qui, on l'espère, sera conduit par Støre et mènera une bonne politique climatique et pétrolière, avait dit la cheffe du parti, Une Bastholm, après avoir voté lundi.

Le secteur représente 14 % du produit intérieur brut norvégien, plus de 40 % des exportations et 160 000 emplois directs. L'or noir a aussi permis au royaume de 5,4 millions d'habitants d'amasser le plus gros fonds souverain au monde, avec plus de 12 000 milliards de couronnes (environ 1750 milliards de dollars canadiens) d'actifs.

Erna Solberg déposant son bulletin dans l'urne.

La première ministre sortante de centre droit, Erna Solberg, à son bureau de vote de Bergen, en Norvège

Photo : Reuters

Jeu d'alliances

Diplômé de Sciences Po Paris et ministre de Jens Stoltenberg entre 2005 et 2013, M. Støre va désormais devoir se livrer à d'épineuses tractations avec le parti du Centre, qui défend principalement les intérêts du monde rural, et la Gauche socialiste, plus soucieuse des questions environnementales.

Ces alliés, qui ont déjà gouverné ensemble sous M. Stoltenberg, ont des positions souvent opposées, notamment sur l'urgence à sortir de l'âge pétrolier, et les centristes de Trygve Slagsvold Vedum ont dit pendant la campagne ne pas vouloir siéger avec la Gauche socialiste d'Audun Lysbakken.

Nous prendrons tout notre temps pour parler avec les autres partis, a déclaré lundi M. Støre, quelques minutes avant la publication des projections.

Victime d'une usure du pouvoir après huit années aux commandes – un record pour les conservateurs, et de multiples crises (migrants, chute du cours du baril, COVID-19...) –, Mme Solberg, 60 ans, a admis lundi soir sa défaite aux législatives.

Le travail du parti conservateur au gouvernement est fini pour cette fois-ci, a dit la dirigeante qui régnait sur le pays scandinave depuis 2013.

Je tiens à féliciter Jonas Gahr Støre qui, à cette heure, semble avoir une nette majorité pour changer le gouvernement.

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