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COVID-19 dans Rivière-la-Paix : « La réalité est très différente de celle en ville »

Stacy Jardine prenant des notes à son comptoir de pharmacie.

La pharmacienne Stacy Jardine a administré beaucoup de vaccins contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Alors que l'Alberta est frappée de plein fouet par la quatrième vague de la COVID-19, beaucoup se demandent comment faire augmenter le taux de vaccination dans les régions où il est plus bas. C'est le cas notamment de la région de Rivière-la-Paix, dans le nord-ouest de la province, où le scepticisme au sujet de la pandémie est plus répandu, au grand dam de certains de ses résidents.

Pendant six longues semaines, cet été, Gisèle Bouchard n’a pas pu toucher son micro. La volubile directrice de la radio communautaire francophone Nord-Ouest FM (CKRP) a failli mourir des complications de son infection à la COVID-19, en avril.

Je n’étais plus capable de tondre mon gazon. Au moindre effort, juste monter les marches sur deux étages, j’étais essoufflée, raconte-t-elle.

Gisèle Bouchard est assise derrière son micro, en studio.

Gisèle Bouchard a été gravement malade cet été en raison des complications de son infection à la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Au printemps, elle a reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19, mais ses problèmes respiratoires ont persisté.

J’étais avec ma voisine et, d’un coup, j’ai dit : "Je me sens pas bien, il faut que je m’assoie." J’ai perdu connaissance. J’ai arrêté de respirer et j’ai fait une embolie pulmonaire, raconte Gisèle Bouchard avec un rire nerveux en repensant à cet événement presque fatal.

J’ai passé 13 jours à l’hôpital à McLennan.

Son séjour à l’hôpital l’a amenée à être transportée plusieurs fois d’un centre hospitalier à l’autre, et elle a passé des journées entières à attendre.

Ici, la réalité est très différente de celle en ville. Tu ne peux pas juste descendre deux étages pour aller passer ton scan [examen par imagerie], rappelle-t-elle.

Une affiche routière indique les directions pour les différentes municipalités de la région de Rivière-la-Paix.

Les patients doivent être transférés d'un centre hospitalier à l'autre pour obtenir des soins, parfois jusqu'à Grande Prairie et à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Gisèle a dû demander l'aide de sa soeur pour se rendre à Grande Prairie pour consulter un cardiologue. Le transport peut être un frein à l’accès aux soins de santé, dit-elle.

C’est un vrai problème. Si tu n’as pas de voiture ou de famille pour t’amener à tes rendez-vous, qu’est-ce que tu fais?

Services de santé Alberta affirme tenter de mettre en contact ses patients ayant reçu leur congé de l'hôpital avec des agences externes de transport s'ils ont besoin d'aide pour se rendre à des rendez-vous médicaux.

Un scepticisme davantage présent

La grande région de Rivière-la-Paix affiche des taux de vaccination assez bas. Environ 60 % des personnes admissibles ont reçu au moins une dose, contre la moyenne provinciale d’environ 79 %.

Résultat : les personnes non vaccinées atteintes de la COVID-19 sont plus malades, ce qui met beaucoup de pression sur le système de santé de la région.

Kathleen Turcotte, infirmière au centre de santé communautaire de Peace River, est déchirée par la situation.

C’est difficile parce qu’on veut prendre soin de ces patients et leur donner le meilleur soin qu’on peut, mais on est fatigués. On est frustrés quand les patients n’ont pas leur vaccin.

Une citation de :Kathleen Turcotte, infirmière à Peace River

C’est encore leur choix et je respecte que c’est leur choix, mais c’est difficile, continue-t-elle.

Kathleen Turcotte discute en entrevue en portant un masque.

Kathleen Turcotte travaille au centre de santé communautaire de Peace River, qui reçoit les patients atteints de la COVID-19 dans la région.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Le scepticisme face à la vaccination est plus grand en région rurale, selon Gisèle Bouchard.

On vit dans une région où les gens sont très sceptiques à propos de la vaccination et de l’existence même du virus. Il y a beaucoup de théories du complot qui se promènent, affirme-t-elle.

À cela s’ajoute le refus de certains résidents de revivre les mêmes difficultés économiques causées par les restrictions sanitaires.

Tu vois tes amis, des connaissances, des gens que tu côtoies plusieurs fois par semaine fermer leurs commerces. C’est un gros choc, c’est dur pour l’économie, ajoute-t-elle.

L’importance d’une relation de confiance

Dans de petites communautés comme celles de Peace River, la plupart des résidents se connaissent.

Stacy Jardine travaille au Peace River Value Drugmart, la plus vieille pharmacie de la ville, que certains résidents fréquentent depuis plus de 40 ans. La pharmacienne connaît tous ses patients.

Stacy Jardine lit la prescription d'une bouteille de médicaments dans sa pharmacie.

Les patients de Stacy Jardine ont souvent sollicité son avis tout au long de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Selon elle, ce contact privilégié est un outil pour répondre aux inquiétudes de ses patients sur le vaccin au sujet de la COVID-19.

Mieux vaut éviter de confronter les patients qui refusent le vaccin si nous voulons conserver cette relation de confiance.

Une citation de :Stacy Jardine, pharmacienne

C’est une stratégie double : rassurer les gens sur la sécurité des vaccins et être honnête quant à leurs risques et leurs [possibles] effets secondaires, explique-t-elle. Elle se réjouit d’avoir pu convaincre plusieurs patients de se faire vacciner.

Gisèle Bouchard espère quant à elle que, avec le temps, les non-vaccinés se laisseront persuader. Certains rejettent ça du revers de la main, en se disant : "Non, non, ça ne nous arrivera pas [d'être infectés à la COVID-19]", mais personne ne planifie d’avoir des complications comme [les miennes], affirme-t-elle.

Après avoir failli mourir des complications de la COVID-19, elle ne souhaite à personne de vivre la même mésaventure.

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