•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou : une circonscription trop grande pour un seul député?

Une pancarte portant l'inscription « Chisasibi road » avec le village en arrière plan.

Avec près de 5000 habitants, Chisasibi est la communauté autochtone la plus peuplée de la circonscription d'Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Avec ses 854 754 kilomètres carrés, la circonscription d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou est de loin la plus grande au Québec, couvrant près de la moitié du territoire de la province.

À l’extrémité sud de la circonscription se trouvent des municipalités aux populations majoritairement allochtones. La circonscription inclut notamment la MRC de la Vallée-de-l’Or, en Abitibi-Témiscamingue, ainsi que les villes de Chapais, Chibougamau et Lebel-sur-Quévillon, dans le Nord-du-Québec.

Le portrait de la circonscription est complété par 14 communautés inuit, 9 communautés cries, 2 communautés algonquines, et le territoire d'une communauté naskapie.

Avec plus de 1600 kilomètres séparant la ville de Val-d’Or et la communauté inuit d’Ivujivik, il est impossible pour un député de se déplacer dans l’ensemble de sa circonscription sans un budget considérablement plus élevé que celui de la majorité de ses pairs.

Député de 2011 à 2019, Romeo Saganash soutient qu’un pas dans la bonne direction a été effectué en 2015, alors que des représentants de circonscriptions nordiques se sont réunis et ont cosigné une lettre demandant d’augmenter les budgets pour mieux représenter les citoyens.

Ça a été accepté, mais ce n’est pas suffisant. Les députés qui vont suivre dans le prochain Parlement vont devoir revenir à la charge, affirme-t-il.

Daisy House assise à son bureau

La cheffe de la communauté crie de Chisasibi, Daisy House.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

La cheffe de la communauté crie de Chisasibi, Daisy House, partage son avis, soutenant qu’une seule personne ne peut représenter l’ensemble des réalités présentes sur le territoire avec les budgets présentement alloués.

Je ne pense pas que ce soit possible pour une seule personne, si elle n’a pas le budget nécessaire pour voyager et pour engager des employés. Oui, on peut déléguer, mais si on n’a pas le budget, c’est impossible, parce que le territoire est trop grand, soutient-elle.

Invitée à décrire le défi que représente le fait d’être élue dans la plus grande circonscription au Québec, la députée sortante, Sylvie Bérubé, soutient pour sa part qu’une bonne communication est essentielle.

Ce qui est important, c’est d’écouter et de comprendre ce que veut l’autre, car on veut travailler de nation à nation avec les peuples autochtones pour la conclusion d’ententes et pour les traités, souligne la députée sortante du Bloc québécois.

Sylvie Bérubé.

Sylvie Bérubé, députée sortante et candidate du Bloc québécois dans Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou (archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

Mme Bérubé soutient que son équipe possède un bureau à Val-d’Or, à Chibougamau et à Lebel-sur-Quévillon, mais que la pandémie a contrecarré l’ouverture d’un bureau à Matagami, en plus d’empêcher des déplacements dans les communautés autochtones nordiques.

De son côté, le candidat conservateur Steve Corriveau affirme être en faveur de la création d’une nouvelle circonscription, qui permettrait de mieux représenter les communautés nordiques du Québec à Ottawa.

Ce n’est pas une promesse, mais il y a moyen d'enquêter pour voir ce qu’on peut faire, avance-t-il.

Une pancarte du candidat Steve Corriveau.

Des pancartes du candidat conservateur Steve Corriveau ont été installées dans la communauté autochtone de Chisasibi.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Selon Romeo Saganash, le candidat qui sera élu le 20 septembre doit être en mesure de comprendre à la fois les perspectives autochtones et non autochtones, puisque les non-Autochtones de la circonscription dépendent principalement du développement des ressources du territoire, donc la foresterie, les mines et l’hydroélectricité.

Il faut trouver l’équilibre entre l’intérêt des uns et l'intérêt des autres. C’est le plus grand défi.

Une citation de :Romeo Saganash, ancien député

Le vote autochtone déterminant?

En plus de sa superficie hors du commun, la troisième plus grande circonscription au pays est aussi caractérisée par la diversité des communautés qui occupent son territoire.

Bien que près de 30 % des électeurs de la circonscription fassent partie des Premières Nations, l’impact du vote de ce groupe de citoyens n’a pas toujours été proportionnel à son poids démographique.

Des bateaux accostés sur la côte de la Baie James

Des bateaux accostés sur la côte de la Baie James, à proximité de Chisasibi.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Sur la côte est de la baie James, à l’embouchure de la Grande Rivière, la cheffe de la communauté crie de Chisasibi, Daisy House, reconnaît que l’intérêt des citoyens n’est pas toujours au rendez-vous lors des élections fédérales et provinciales.

C’est vrai que l’intérêt n’a pas toujours été là. Ça dépend de qui se présente, de l’intérêt des gens et des priorités de chaque communauté. J’espère que ça va être différent cette fois-ci, affirme-t-elle.

Selon Mme House, le fait que deux femmes autochtones soient candidates dans la circonscription pourrait faire changer les choses cette année, d’autant que l’une d’entre elles, Pauline Lameboy, est originaire de Chisasibi.

Pauline Lameboy devant le foyer intérieur à Chisasibi

Pauline Lameboy, candidate pour le Nouveau Parti démocratique

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Selon la cheffe, les candidats qui se sont mieux fait connaître auprès des différentes communautés pourraient en tirer des bénéfices le jour du scrutin.

Trois des candidats, Lise Kistabish, Pauline Lameboy et Steve Corriveau, se sont présentés à une réunion en ligne des chefs des 11 communautés cries et y ont présenté leurs priorités pour notre circonscription. Pour nous, ils seront plus accessibles et plus faciles à contacter maintenant qu’on peut associer un visage à leur nom. Ils vont aussi connaître les enjeux de chaque communauté, parce que oui, on est tous Cris, mais on a tous des priorités différentes à mettre de l’avant, indique Mme House.

Des enjeux particuliers

À Chisasibi, communauté autochtone la plus peuplée de la circonscription, la plupart des résidents rencontrés indiquent avoir un penchant pour un candidat issu de la région et qui connaît les enjeux du territoire.

Entrepreneur bien connu dans la communauté, Louie-Rene Kanatewat affirme que son intérêt pour la politique fédérale a augmenté lorsque Romeo Saganash a été élu pour la première fois en 2011.

Un restaurant dans une petite maison.

Louie-Rene Kanatewat est propriétaire de cinq entreprises à Chisasibi, dont le café BakeCree, ouvert depuis quelques mois.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Il indique cependant qu’à l’exception des mesures liées à la COVID-19, les politiques fédérales ont beaucoup moins d’impact sur sa vie personnelle et professionnelle que ne peuvent en avoir les politiques locales.

Ce qui m’intéresse, c’est plus la politique locale, la municipalité et tout ça. À la fin, c’est eux qui ont juridiction sur la réserve. Pour un entrepreneur local, ce sont plus leurs règles et leur vision qui m’intéressent, dit-il.

Rencontrés sur le petit traversier menant à l’île de Fort George, Samuel Shem et Lauretta McKenzie n’ont de leur côté pas encore fait leur choix en vue de l’élection.

Lauretta McKenzie et Samuel Shem devant leur camp estival sur l'île de Fort George.

Chaque été, Lauretta McKenzie et Samuel Shem continuent de se rendre sur l'île de Fort George, là où ils ont vécu une partie de leur vie avant que la communauté de Chisasibi ne soit déménagée sur la terre ferme en 1980.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Le couple, qui se rend plusieurs fois par été à son camp insulaire pour profiter du calme qui y règne, soutient que son mode de vie ne sera pas affecté par l’élection, peu importe le candidat qui sera élu. Pour M. Shem, c’est l’expérience de vie d’un candidat qui lui permettra de bien représenter l’ensemble des citoyens de la circonscription.

Une réticence historique à voter

L’ancien député Romeo Saganash soutient que des facteurs historiques expliquent la réticence de certains électeurs à aller exprimer leur voix aux élections.

Romeo Saganash sourit devant la caméra devant le Parlement à Ottawa.

L'ancien député néo-démocrate, Romeo Saganash (archives)

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Le natif de Waswanipi rappelle que les peuples autochtones n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1960 au fédéral et que le Québec a été la dernière province canadienne à leur accorder ce droit, en 1969.

C’est vrai que c’est un défi de faire sortir le vote dans les communautés autochtones, les taux de participation ont souvent été très bas. Le fait que nous ayons obtenu le droit de vote très tard, bien après les femmes, explique en partie la situation.

Une citation de :Romeo Saganash

Lors de l’élection fédérale de 2019, le taux de participation dans la circonscription d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou a été de 49,8 %, contre 67,3 % dans l’ensemble du Québec.

Selon M. Saganash, les Autochtones réalisent de plus en plus l’importance de l’institution qu’est le Parlement pour faire entendre leur voix sur la scène nationale. Ainsi, d’après une analyse de La Presse canadienne, la campagne actuelle compte plus de 77 candidats autochtones, un record.

Pour démontrer le poids que peuvent avoir les Autochtones lorsqu’ils se mobilisent, Romeo Saganash cite en exemple le jour de l’élection de 2015, où il a remonté la pente face à son adversaire à partir du moment où les bulletins de vote des communautés nordiques ont commencé à être comptabilisés.

Après huit années passées comme député d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, Romeo Saganash a un conseil précis pour les candidats qui souhaitent se faire élire dans la circonscription. Deux choses vraiment essentielles : l’écoute et la présence. Trop souvent, Ottawa impose des idées et des solutions à ces contrées nordiques alors que ça devrait être le contraire. Ce qu’il faut, c'est d’être à l’écoute des gens, de leurs ambitions et leurs aspirations, et être présent, conclut-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !