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Élections fédérales : les enjeux de la fonction publique, au-delà de la vaccination

L'esplanade Laurier à Ottawa.

À une semaine des élections, des fonctionnaires fédéraux redoutent qu'un changement de gouvernement ne mène à des compressions dans leur secteur.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

La vaccination obligatoire des fonctionnaires fédéraux a fait couler beaucoup d’encre depuis le début de la campagne électorale. D’autres propositions des différents partis, passées sous le radar, pourraient avoir un impact sur la façon dont s’articulera l’avenir du télétravail et la lutte contre le racisme au sein de la fonction publique. Survol en trois temps.

Télétravail

Bien des fonctionnaires ont pris goût au travail à domicile et souhaitent continuer d’en faire au moins quelques jours par semaine. [Ils] sont tannés de venir travailler au centre-ville. Ils veulent avoir une flexibilité de pouvoir le faire à distance ou avoir des lieux de rencontre intermédiaires, résume le vice-président national de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), Stéphane Aubry.

Le Parti conservateur promet, dans sa plateforme électorale, de s’inspirer de la politique de l’entreprise Shopify, qui fait du télétravail la norme, pour appliquer la formule au plus grand nombre de fonctionnaires possible. C'est sûr qu’il y a beaucoup de détails à négocier avec les syndicats. On ne fait pas de tels changements majeurs sans, nuance le candidat dans la circonscription de Pontiac, Michel Gauthier, aussi porte-parole des troupes d’Erin O’Toole pour l’Outaouais.

Michel Gauthier pose devant des immeubles, dehors.

Michel Gauthier, candidat conservateur dans Pontiac

Photo : Radio-Canada / Estelle Côté-Sroka

Le libéral Steven MacKinnon, qui tente de se faire réélire dans Gatineau, laisse entendre que l’idée des conservateurs ne tient pas compte de la nécessité des équipes de travail de se rencontrer de temps à autre pour maintenir un sentiment d’appartenance et une créativité. Je ne pense pas qu'une fonction publique peut être répartie dans les cuisines et les salles à manger de la région. Je pense que les fonctionnaires ne souhaitent pas ça, mais veulent évidemment plus de flexibilité et c'est ce qu'on entend leur offrir.

M. MacKinnon maintient, par ailleurs, que les immeubles de bureaux d’Ottawa et de Gatineau sont là pour longtemps. Pas question donc de convertir des espaces en logements, possibilité que le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, souhaite voir sérieusement envisagée.

Nous avons fait l'analyse et nous avons pleinement besoin des espaces de bureaux. Il est même possible qu'on ait besoin de davantage d'espace à l'avenir.

Une citation de :Steven MacKinnon, député sortant de Gatineau
Steven MacKinnon en entrevue dehors.

Steven MacKinnon, député libéral sortant de Gatineau

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

L’adversaire bloquiste de M. MacKinnon, Geneviève Nadeau, croit que l’idée mérite d’être étudiée au lieu d'y fermer la porte tout de suite comme le font les libéraux.

Par ailleurs, le Bloc québécois propose de décentraliser la fonction publique afin d’attirer des travailleurs dans d’autres régions du Québec Mon objectif n’est pas du tout que les fonctionnaires de Gatineau craignent de perdre leur emploi avec ces mesures-là, s’empresse d’ajouter, en entrevue, Mme Nadeau. Elle soutient que l’idée est d’ajouter des emplois hors des grands centres, ce que le télétravail facilite. On a une pénurie de main-d'œuvre partout. En décentralisant, on va pouvoir attirer des nouveaux arrivants dans nos régions et pas seulement dans nos grandes villes, ajoute-t-elle.

Geneviève Nadeau

La candidate du Bloc québécois dans la circonscription électorale de Gatineau, Geneviève Nadeau

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Les plateformes électorales en un coup d’œil

Parti libéral : Même si la plateforme actuelle n’en fait pas mention, le budget 2021 proposait une réduction de 1,1 milliard $ sur cinq ans des budgets de fonctionnement de certains ministères et organismes fédéraux. Les libéraux entendent également augmenter la diversité dans la fonction publique avec la bonification de programmes et la création de deux bourses et d’un fonds pour la santé mentale des fonctionnaires noirs.

Parti conservateur : Les conservateurs souhaitent faire des économies dans la fonction publique grâce au télétravail. Ils entendent soumettre le plus grand nombre de postes possible au travail à distance. Ceux-ci proposent également de mettre sur pied un groupe de travail sur les questions autochtones au sein de la fonction publique.

Nouveau Parti démocratique : La plateforme néo-démocrate propose une garantie de certains services comme l’assurance-emploi, le soutien aux anciens combattants et aux Autochtones et autres. Les néo-démocrates souhaitent également remplacer le système de paie Phénix et réduire la sous-traitance. Un examen du régime d’équité en matière d’emploi et une amélioration des lois sur le travail sont proposés.

Bloc québécois : Le télétravail et les crédits d’impôt pour diplômés et immigrants sont mis de l’avant pour décentraliser l’appareil gouvernemental de la capitale fédérale et faciliter le travail en région. La plateforme bloquiste propose que la fonction publique ait recours aux curriculum vitae anonymes pour lutter contre la discrimination à l’embauche.

Parti vert : Les verts souhaitent renforcer la Loi sur le lobbying et la protection des lanceurs d’alerte dans la fonction publique. Dans le cadre de la révision de la Loi sur l'équité en matière d'emploi, le parti demande au gouvernement d’accorder une plus grande place aux fonctionnaires victimes de racisme systémique, un plus grand délai et plus de ressources pour y parvenir.

Des craintes de compressions

Le Parti conservateur donne en exemple le télétravail comme une façon de faire des économies en rendant le gouvernement plus efficient dans sa plateforme électorale. Ce type de formulation fait grincer des dents le principal syndicat de fonctionnaires, l’Alliance de la fonction publique du Canada, qui redoute des suppressions d’emplois sous un gouvernement conservateur et décourage donc ses membres de voter pour les troupes d’Erin O’Toole.

Michel Gauthier rétorque qu’il n’est nullement question de supprimer du personnel, mais plutôt de saisir l’occasion de réduire des dépenses de bureaux, par exemple. Il lance que le Parti libéral représente une bien plus grosse menace, à long terme, en cumulant des déficits sans avoir de plan de retour à l’équilibre budgétaire. C'est quand il y a un gâchis financier que les emplois peuvent devenir précaires, martèle-t-il.

Ce n'est pas l'intention du Parti conservateur. Ce n'est pas dans notre plateforme.

Une citation de :Michel Gauthier, porte-parole conservateur pour l’Outaouais

L’IPFPC, qui se garde de se prononcer en défaveur d’un parti politique ou d’un autre, souhaite surtout que le prochain gouvernement fédéral limite son recours à la sous-traitance et investisse davantage dans la science publique. Le vice-président Stéphane Aubry mentionne que les sommes engagées n’équivalent toujours pas à ce qu’elles étaient avant la vague de compressions dans la fonction publique fédérale lancée en 2012 sous le gouvernement de Stephen Harper. On s'attendait du dernier gouvernement qu'il remette des sommes pour revenir à ce niveau-là. Malheureusement, ça ne s'est pas fait, déplore-t-il.

Stéphane Aubry

Stéphane Aubry, vice-président de l'Institut professionnel de la fonction publique

Photo : Radio-Canada / Estelle Côté-Sroka

La réduction du recours à la sous-traitance figure au programme électoral du Nouveau Parti démocratique. En réponse à un sondage de l’IPFPC envoyé à tous les partis, les libéraux disent miser sur une révision de la formation offerte à l’École de la fonction publique du Canada pour assurer une expertise à l’interne, ce qui réduirait le recours à la sous-traitance.

Diversité et lutte contre le racisme

La volonté de rendre les milieux de travail de la fonction publique plus inclusifs et diversifiés se taille une place dans la plateforme de chaque parti.

Le dernier rapport annuel du Secrétariat du Conseil du Trésor sur l’équité en matière d'emploi indique que les femmes, les Autochtones et les membres de minorités visibles sont en sous-représentation aux deux échelons les plus élevés des postes de cadres. De plus, si le rythme des embauches et des promotions reste le même, l’écart risque de se retrouver à tous les échelons, prévient-on.

Les systèmes de quotas en place ne fonctionnent pas, tranche la candidate néo-démocrate dans la circonscription d’Ottawa-Vanier, Lyse-Pascale Inamuco.

Nous allons renforcer les droits du travail et assurer une embauche diversifiée et équitable au sein de la fonction publique fédérale et dans les industries sous réglementation fédérale, ajoute-t-elle en promettant des résultats en l'espace de deux ans.

Lyse-Pascale Inamuco

Lyse-Pascale Inamuco, candidate néo-démocrate dans Ottawa-Vanier

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Ancienne fonctionnaire, elle s’est jointe au recours collectif de personnes noires soutenant avoir été victimes de pratiques d’embauche et de promotion discriminatoires. Elle plaide que le NPD a, au sein de son équipe, plusieurs personnes comme elle qui ont un vécu à ce chapitre.

Le libéral Greg Fergus, qui sollicite un troisième mandat dans Hull-Aylmer, insiste sur l’importance d’avoir de meilleures données pour intervenir là où le bât blesse. On ne peut rien changer si on ne mesure pas. Il note qu’une réforme de la Loi sur l’équité en matière d’emploi a déjà été lancée par son gouvernement sortant.

Le Parti vert estime pour sa part que l’exercice sous un éventuel gouvernement libéral réélu serait mal fait, puisque le délai fixé est considéré comme trop court pour bien consulter les principaux intéressés. Leur candidate pour Ottawa-Centre, Angela Keller-Herzog, fait valoir que les verts feraient passer le dossier de la diversité en tête de liste. Pour nous, les questions d'équité et de justice sont vraiment importantes, et ce, en priorité.

Avec des informations d’Estelle Côté-Sroka et d’Andréanne Apablaza

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