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Coup d’État en Guinée : la population espère des jours meilleurs

Des militaires passent à travers une foule en liesse.

Les Guinéens ovationnent les militaires ayant participé au coup d'État, le 5 septembre.

Photo : Reuters / Souleymane Camara

Radio-Canada

Surpris par le coup d’État survenu le 5 septembre en Guinée et qui a vu le Groupement des forces spéciales mené par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya renverser le président Alpha Condé, les Guinéens semblent tout de même prêts à accorder du temps aux militaires.

Mamadou Douma Diallo, par exemple, exprime sa joie et son étonnement d'avoir vu renverser le vieux Alpha Condé et son espoir plus ou moins vif de jours meilleurs.

On veut que Doumbouya redresse la Guinée, dit ce chauffeur de 35 ans. Sous Condé, on souffrait de tous les côtés.

Une semaine après le putsch, il accuse M. Condé d'avoir outrancièrement favorisé les Malinkés aux dépens des Peuls, les deux principales ethnies du pays. Si tu ne parlais pas malinké, on ne te donnait pas de place. Si tu manifestais pour ton avenir, on te maltraitait ou on t'arrêtait, dit-il.

Mais sa principale préoccupation, à lui ou à Amadou Diallo, 40 ans, Peul comme lui et gardien de sécurité pour un hôtel de luxe, c'est la dureté de la vie et l'augmentation des prix du riz, de l'huile ou de l'essence.

En Guinée, il y a tout ce qu'il faut, et les gens n'ont rien, résume Amadou Diallo, en référence aux considérables richesses minières et hydrologiques du pays. Plus de 43 % de la population vit pourtant dans la pauvreté, selon la Banque mondiale.

On se fiche que Doumbouya soit Malinké. Qu'on soit Soussou, Malinké ou Peul, ce qu'on veut, c'est qu'on remette la Guinée sur les rails, dit pour sa part Mamadou Douma Diallo.

L’opposition demande des élections

Deux chefs de l'opposition à M. Condé, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, conviennent que l'intervention des soldats était le dernier recours possible. Est-ce que quelqu'un d'autre pouvait le faire si ce n'est les militaires?, demande M. Touré, revenu vendredi de 10 mois d'exil.

Les deux hommes se gardent de fixer des échéances, mais Cellou Dalein Diallo veut des élections libres et transparentes dans un délai raisonnable.

Les militaires ont de leur côté annoncé samedi soir l'ouverture à partir de mardi de consultations pour la transition inclusive et apaisée qu'ils ont promise.

Quant aux voisins de la Guinée, ils réclament un retour immédiat à l'ordre constitutionnel. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a suspendu la Guinée de son organisation et pourrait adopter d’autres mesures après avoir discuté du rapport de la mission qu’elle a dépêchée vendredi en Guinée.

La CEDEAO affiche sa volonté d'éviter la contagion des coups de force et de prévenir l'instabilité. Mais la popularité du colonel Doumbouya, la dureté des conditions de vie en Guinée, ainsi que la situation du Mali voisin, théâtre de deux putschs en un an, compliquent ses décisions.

Devant le phénomène très inquiétant du retour des juntes, la CEDEAO et la communauté internationale n'ont guère d'autre choix que d'exercer des pressions fortes pour un retour rapide à un pouvoir civil élu, pense pour sa part le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). Les experts de l'ICG jugent tout à fait concevable un contrecoup d'État, tant les forces de sécurité sont factionnalisées.

Ce qui est sûr, c’est qu’en Guinée, l’opposition se dit contre des sanctions économiques. Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré mettent aussi en garde contre le risque d'une libération d'Alpha Condé, comme l'exige la CEDEAO.

Le troisième mandat d’Alpha Condé en cause

Le coup d'État a été précédé de mois de tension provoquée par la décision d'Alpha Condé de briguer un troisième mandat en octobre 2020.

La répression de la contestation a causé des dizaines de morts civiles. De nombreux opposants ont été arrêtés avant et après la présidentielle, remportée officiellement par M. Condé malgré la remise en cause de la crédibilité du résultat.

Peu s’attendaient pourtant à la capture du président Condé au prix de quelques heures de combats, capture qui a suscité des scènes de liesse.

Les motivations du lieutenant-colonel Doumbouya, aux états de service opérationnels présentés comme étant impeccables, mais militaire plutôt méconnu du public, suscitent tout de même les interrogations. Lui-même a invoqué la gabegie financière, la pauvreté et la corruption, et sa volonté de confier la politique au peuple.

Suite au putsch, les médias ont fait état d'entre 10 à 20 morts, principalement parmi les loyalistes. On ignore quand, où, et comment les morts ont été enterrés. La junte, retranchée dans un complexe aux murs gris proche du Palais du peuple, siège du Parlement, communique uniquement par des communiqués lus sur la télévision nationale.

Avec les informations de Agence France-Presse

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