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Chronique

Génies en herbe et femmes fortes aux Francos

Sarahmée sur scène.

Une foule s'était massée sur la place des Festivals deux heures avant la prestation de Sarahmée.

Photo : Francos de Montréal / Benoit Rousseau

La soirée était résolument placée sous le signe du rap, samedi, aux Francos de Montréal, dans ce qui a, par moments, très souvent ressemblé aux festivals d’antan vécus avant la pandémie.

Je veux vous entendre jusqu’à Montréal-Nord!, a hurlé Koriass aux milliers de spectateurs présents sur la place des Festivals lors des dernières minutes de son spectacle en commun avec FouKi, point d’orgue de cette soirée qui n’a pas manqué de coups d’éclat.

J’ignore si les résidents de Montréal-Nord – qui est aussi une chanson de Koriass – ont entendu l’immense clameur de la foule, mais de la zone médias, pour la première fois depuis le début de ce festival pourtant en format réduit, je ne voyais plus la rue Sainte-Catherine tellement il y avait de monde.

Un moment vraiment, vraiment émouvant.

Voir des milliers de bras fendre l’air en parfait synchronisme… Regarder des centaines de personnes se projeter vers le ciel à l’unisson… Entendre ces festivaliers battre la mesure… Tant de choses que j’ai cru – comme des millions d’autres personnes – ne jamais revoir. Étions-nous en 2019?

Non, quand même. Les masques, ici et là, et les zones qui séparaient les spectateurs nous rappelaient la moche réalité, mais c’est ce que j’ai vu de plus près d’une normalité de concerts en 18 mois. Frissons garantis.

Koriass et FouKi présentaient aux Francos le premier vrai spectacle de leur disque commun, Génies en herbe, paru en 2020. Plus de la moitié des titres ont d’ailleurs été interprétés à cette occasion.

Autre signe qui rappelait drôlement un temps pas si lointain, une production digne de ce nom. Production comme dans la phrase : visuel sur grand écran, dès le coup d’envoi avec Génies en herbe. Des slogans et des énumérations de choses qui nous emmerdent au quotidien pour Fait chier, ou de superbes projections sur les murs du Musée d’art contemporain pendant que Koriass interprétait Blacklights en solo.

Que ce soit avec Bénis – avec la participation vocale de la foule –, Bravo, Lait de chèvre ou Tout c’qui faut et son débit ultrarapide, les deux rappeurs séparés de plus d’une décennie d’âge ont rivalisé de présence et de pertinence.

N’empêche, Koriass, avec sa voix puissante et bien définie, apporte un peu plus de tonus à ses interprétations.

Mais au parterre, Enfants de l’asphalte ou Copilote produisent le même effet sur la foule. En définitive, cette rencontre au sommet aura été à la hauteur des attentes.

La consécration de Sarahmée

Attendue, Sarahmée, aux Francos?

Pas de doute, à en juger par la foule massée sur la place des Festivals avant qu’elle se présente sur scène, environ deux heures avant Koriass et FouKi. Avec un tout nouvel album (Poupée russe) paru la semaine dernière, la Québécoise d’origine sénégalaise avait tout ce qu’il fallait pour conquérir un public pas mal gagné d’avance.

Malgré tout, elle n’a pas lésiné sur l’énergie en balançant un trio de bombes en ouverture : Fuego, T’as pas cru et Ma peau, cette dernière étant l’une des chansons les plus emblématiques de l’album Irréversible, de 2019, avec sa phrase-choc : Je ne la changerai pour rien au monde, quoi qu’on en dise.

Sarahmée sur scène.

Sarahmée a lancé un nouvel album, Poupée russe, la semaine dernière.

Photo : Francos de Montréal / Benoit Rousseau

Ensemble-pantalon blanc, lunettes noires et cheveux teints, Sarahmée était aussi charmeuse qu’aguichante, aussi assumée que charismatique. Au parterre, les festivaliers dansaient avec plaisir entre un égoportrait et un passage au bar.

Les nouveaux titres encore peu connus du public n’ont pas fait baisser le mercure d’un cran, que l’on pense à Le cœur a ses raisons, Elle est partie et Superflex – après un changement de tenue –, peut-être la plus percutante des nouvelles chansons avec des incursions mordantes à la guitare de Diego Montenegro.

Il y a même eu des partages avec Maky Lavender et Nissa Seych. Sarahmée, reine du rap au Québec? Ça ressemblait à ça.

Les styles de Laurence Nerbonne

Sur la scène du parterre symphonique, on ne pouvait rater les trois grosses lettres qui s’y trouvaient : O, M, G, référence au titre du plus récent disque de Laurence Nerbonne, OMG.

Je suis tellement contente d’être avec vous. Ça fait mille ans que je n’ai pas joué à Montréal!

Disons que ce commentaire est à l’image de tous ceux entendus de la part des artistes depuis jeudi aux Francos. Le désir de renouer avec les planches est patent et tout le monde met toute la gomme.

Nerbonne n’a pas été différente des autres avec ses nouvelles ou ses anciennes chansons, certaines traçant le portrait de réalités bien concrètes pour les femmes, comme la difficulté de s’émanciper dans un milieu artistique essentiellement masculin. Sur cet aspect – et d’autres – Back Off a été diablement efficace.

À la mi-trentaine, la chanteuse et autrice-compositrice n’en est pas à ses premières armes dans le milieu. Elle a varié avec le temps ses approches musicales et stylistiques (pop, électro-pop, hip-hop) au point qu’on retrouve un peu de tous les genres dans ce qu’elle propose. Je me dis que si Marie-Mai versait systématiquement dans le hip-hop, ça ressemblerait pas mal à ça.

Le prix Félix-Leclerc à Calamine

Y’a-tu des lesbiennes dans la salle?!

La question clamée une heure plus tôt… que dis-je, hurlée par Calamine (Julie Gagnon) à mi-chemin de sa prestation vers 18 h était bien plus un constat qu’une interrogation. À ce moment, les spectateurs qui ignoraient tout de la rappeuse francophone avant de la voir sur la place des Festivals avaient compris.

Calamine sur scène.

Calamine (Julie Gagnon)

Photo : Francos de Montréal / Benoit Rousseau

Elle est comme ça, la révélation 2021-2022 de Radio-Canada : franche, directe, sans filtre, militante, fière représentante d’Hochelaga-Maisonneuve et de la diversité. D’ailleurs, en concert, le doute n’est pas permis.

Avec Kèthé Magané, Arthur Evenard et le saxophone de Valérie Lachance-Guillemette qui colore les chansons d’effluves jazz, Calamine a frappé fort avec Pas le temps de scroll down, Geisha sometimes, cowboy tout le temps et Gouine officielle.

Qu’elle dénonce les gros pollueurs (Les 4 x 4), qu’elle fasse l’éloge des filles et des femmes de son quartier qui prônent l’inclusion (Hochelagurls) ou qu’elle se permette une nouvelle chanson d’amour (Jour de pluie), Calamine ne fait pas dans la dentelle.

Sauf pour ses textes, finalement, qui lui ont permis de remporter le prix Félix-Leclerc que Laurent Saulnier, le vice-président programmation des Francos, lui a remis tout de suite après sa prestation chaleureusement applaudie par ce qui ressemble déjà à une cohorte d’admiratrices et d’admirateurs.

Vraiment émue, elle a remercié ceux et celles qui devaient l’être, en plus de livrer un vibrant plaidoyer à l’ouverture à la diversité musicale et à celles qui la composent. Les juré(e)s du prix Félix-Leclerc ont fait un bon choix.

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