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Recycler les cartons de lait et de jus au Québec plutôt qu’en Corée du Sud

Des cartons de lait de la Laiterie de La Baie.

Un fabricant de fibres recyclées de Lévis a conçu une technologie permettant de recycler les cartons de lait et de jus.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

La Presse canadienne

Les cartons de lait et de jus, ces mal-aimés du recyclage, se sont vu offrir une nouvelle vie au Québec en pleine pandémie : un fabricant de fibres recyclées de Lévis en manque de matière première a innové en se tournant vers ces contenants de breuvages.

Avant la pandémie de COVID-19, ces cartons de lait, de jus, de bouillon et de vin, entre autres – appelés contenants multicouches dans le jargon de l'industrie – ne pouvaient être transformés au Québec, car aucune installation n'était en mesure de le faire.

Leur sort dépendait donc de chacun. S'ils étaient jetés, leur vie allait se terminer au dépotoir. Quant à ceux qui étaient placés dans le bac de recyclage, ils étaient envoyés par bateau en Corée du Sud, selon Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente de la Performance des opérations chez Recyc-Québec.

Mais la pandémie a changé la situation. Lorsque les bureaux des entreprises ont fermé abruptement en mars 2020 en raison du confinement, Fibres Sustana peinait à trouver du papier et du carton à coût raisonnable pour alimenter ses usines de fibres de papier recyclé, puisque les employés de bureau n'étaient plus là pour mettre leur papier usagé dans les bacs bleus.

Il a donc fallu trouver une nouvelle source d'approvisionnement, et Fibres Sustana a accéléré la concrétisation d’un projet qui avait vu le jour avant la pandémie et pour lequel l'entreprise avait déjà commencé à faire de la recherche et du développement : transformer en pâte fibreuse ces fameux contenants multicouches.

Fibres Sustana a alors lancé un appel aux centres de tri du Québec pour savoir lesquels pouvaient fournir la matière première dont elle avait besoin.

Difficiles à recycler

Ces contenants multicouches sont particulièrement difficiles à recycler. Ils contiennent une fibre de belle qualité, mais qui est emprisonnée entre deux couches de pellicule de plastique à l'épreuve de l'eau, ce qui rend la fibre difficile à récupérer pour en faire d'autres produits de papier ou de carton.

L'équipe de Fibres Sustana a développé une façon de faire pour séparer la fibre du plastique en adaptant les rotors et les mélangeurs de l'équipement industriel qui brasse les matières récupérées pour les isoler. L'entreprise a aussi dû se procurer du matériel, dont une déchiqueteuse géante. Cette innovation a été appuyée financièrement par Recyc-Québec.

Chez Fibres Sustana, les cartons multicouches redeviennent ainsi fibres et renaissent plus tard en papier fin, en carton d'emballage ou en papier essuie-tout. On a introduit nos cartons multicouches dans tous nos grades de papier, indique le vice-président des opérations de l’entreprise, Jean-Sébastien Foisy. Fibres Sustana est la seule au Québec, et même au Canada, à le faire, souligne-t-il.

Le papier de moins en moins utilisé

Même si de nombreux bureaux ont maintenant rouvert leurs portes, il n'y a toujours pas assez de papier de bureau sur le marché, ce qui fait monter les prix de la matière. Et même si ce papier redevient un jour plus facile à trouver, Jean-Sébastien Foisy juge que l'industrie du papier est définitivement en déclin et est heureux d’avoir accès à une nouvelle source de fibres.

Les centres de tri du Québec bénéficient par ailleurs de la nouvelle technologie développée par Fibres Sustana.

En 2019, les contenants multicouches se vendaient à perte. On devait payer en moyenne 8 $ la tonne pour s'en débarrasser. Actuellement, la tonne se vend en moyenne 32 $.

Et la quantité de contenants vendus augmente. Elle est passée de 1500 tonnes en 2019 à 3200 tonnes en 2020.

L'an dernier, Fibres Sustana a traité de 4000 à 5000 tonnes de cartons multicouches, affirme M. Foisy, qui pense pouvoir se rendre à 15 000 et même à 20 000 tonnes annuellement.

L’entreprise travaille déjà à un autre projet qui lui permettrait d'utiliser le plastique issu du processus de séparation des matières provenant des cartons multicouches plutôt que de devoir l'enfouir. C'est notre prochain défi : donner de la valeur à cette matière-là, affirme Jean-Sébastien Foisy avec enthousiasme. Car l'économie circulaire, c'est l'avenir.

La consigne élargie

Le gouvernement du Québec a annoncé en août dernier des projets pilotes qui doivent ouvrir la voie à sa nouvelle consigne élargie, par laquelle de nouveaux types de contenants de boissons seront inclus.

Les matières récupérées seront triées à la source, ce qui offrira aux recycleurs des ballots de produits non contaminés par d'autres matières.

Les contenants de boissons multicouches seront bientôt consignés et cela devrait augmenter la quantité qui sera récupérée en sol québécois. Ils sont déjà acceptés sur les sites des projets pilotes, mais sans retour d'argent pour l'instant.

On s'attend à une hausse de matières recyclables, dit Mme Langlois-Blouin, car la consigne est aussi un incitatif financier.

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