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Le problème de l’islamophobie absent de la campagne électorale

Quatre femmes voilées marchent à côté d'un corbillard.

Trois mois après l'attaque de London, le problème de l'islamophobie reste peu évoqué par les principaux partis durant la campagne électorale, selon des acteurs des communautés musulmanes.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Trois mois après que les chefs des principaux partis eurent prononcé des discours émouvants lors d'une veillée pour les quatre membres de la famille Aafzal, morts après avoir été happés par un véhicule à London, en Ontario, la violence islamophobe n'est toujours pas apparue comme un enjeu majeur dans cette élection fédérale.

Il y avait d'énormes promesses de responsabilisation cette fois, pendant cette élection. Nos dirigeants ne s’y sont pas tenus, lance Mustafa Farooq, président du Conseil national des musulmans canadiens.

Je ne comprends pas. Je ne sais pas ce qu'il faut qu’il arrive de plus pour que nous fassions preuve de bon sens dans le but de s’attaquer au problème, s’interroge-t-il.

Cet été, son organisation a fait plus de 60 recommandations à Ottawa en prévision du sommet fédéral sur l'islamophobie.

Mustafa Farooq.

Mustafa Farooq, président du Conseil national des musulmans canadiens (archives).

Photo : CBC/ Peter Evans

Ils ont notamment invité le gouvernement fédéral à nommer un envoyé spécial sur l'islamophobie et à contester légalement la loi 21 sur la laïcité, la loi controversée du Québec qui interdit aux travailleurs du secteur public de porter des symboles religieux au nom de la laïcité.

Si ma femme vient avec moi au Québec, elle ne pourra pas devenir procureure, elle ne pourra pas devenir policière , regrette M. Farooq.

Promesses des différents partis

À neuf jours de la fin de la campagne, aucun des principaux partis politiques ne semble parler beaucoup en public de l'islamophobie ou de la violence antimusulmane, bien qu'ils aient tous des idées sur la question.

Le Parti libéral du Canada a déclaré qu'il créerait un fonds de soutien national pour aider les survivants de crimes haineux, avec tous les frais non assurés qu'ils ont dû payer tels que les soins de santé mentale, la physiothérapie, l'équipement médical et les services paramédicaux.

Il souhaite également mettre à jour la stratégie fédérale de lutte contre le racisme d'ici l'année prochaine et adopter une nouvelle loi pour lutter contre la propagation de la haine en ligne.

Le NPD et les conservateurs promettent aussi des mesures pour lutter contre la haine en ligne. Les néo-démocrates disent qu'ils [s'attaqueront] aux groupes suprémacistes blancs et néonazis avec un plan d'action national pour démanteler les organisations d'extrême droite, y compris celles qui promeuvent la suprématie blanche.

Dans une section de la plateforme sur la Chine, le Parti conservateur du Canada mentionne être aux côtés des musulmans ouïgours persécutés de ce pays.

Les conservateurs disent également vouloir doubler le financement du programme d'infrastructure de sécurité, qui permet aux lieux de culte d'accéder aux subventions fédérales pour les mesures de sécurité. Ils affirment vouloir simplifier le processus d’accès au programme en supprimant la nécessité de démontrer le risque, ce qui signifie souvent qu'un établissement doit subir un crime motivé par la haine avant d'être admissible.

Mais le problème de la haine antimusulmane n'a été mentionné publiquement que très rarement pendant la campagne. Il en a été question brièvement lorsqu'un journaliste de CTV a demandé au chef conservateur, Erin O'Toole, pourquoi les mots islamophobie et racisme étaient absents du programme de son parti.

J'ai dit que je voulais que plus de Canadiens, quelle que soit leur orientation sexuelle, leur couleur, leur religion, se joignent à notre mission, a déclaré M. O'Toole, défendant cette omission. Le chef a expliqué vouloir travailler avec les dirigeants communautaires et le Conseil national des musulmans canadiens à la mise en œuvre de leurs recommandations.

Actes islamophobes

Les conservateurs ont été sous le feu des critiques lorsqu’il a été révélé que leur candidat Steven Cotter, de la circonscription de Central Nova, en Nouvelle-Écosse, avait partagé sur les réseaux sociaux des publications islamophobes bourrées de théories du complot selon lesquelles les musulmans voulaient vivre selon la charia et les immigrants recevaient plus d'aide sociale que les anciens combattants.

Je reconnais que ce que j'ai publié n'était pas simplement blessant, mais aussi rempli de propos islamophobes et anti-immigrants, avait par la suite écrit M. Cotter sur Facebook. Il s'est excusé et s’est engagé à contacter sa mosquée locale pour commencer une réflexion et un apprentissage.

Vendredi, le parti a exclu la candidate torontoise Lisa Robinson. Son opposant libéral avait diffusé sur Twitter des captures d'écran d'un message islamophobe publié des années plus tôt. Cory Hann, directeur des communications du Parti conservateur du Canada, a alors déclaré que le racisme et l'islamophobie n'étaient pas tolérésConséquemment, cette personne n'est plus une candidate.

Par ailleurs, des incidents antimusulmans ont continué à émerger durant la campagne. Une famille musulmane a été accostée lors d'un incident de rage au volant près de Moncton, au Nouveau-Brunswick, plus tôt ce mois-ci.

Fin août, une mosquée de Colombie-Britannique a reçu une lettre anonyme faisant l'éloge d'Adolf Hitler et de l’auteur des attentats de Christchurch, en 2019. La lettre avertissait notamment le centre islamique de Langley qu'il avait deux mois pour fermer.

La réalité est que notre communauté vit dans cette nouvelle normalité depuis un certain temps, a dit l'imam Fawad Kalsi, du centre islamique de Langley. Il soutient que sa communauté a fait de son mieux pour se rassembler et refuser de montrer sa peur en réponse à cette affaire sur laquelle la GRC enquête.

Un homme en entrevue à la caméra à l'intérieur d'une mosquée.

L'imam Fawad Kalsi, du centre islamique de Langley, a déclaré que sa congrégation avait fait preuve de bravoure face à une lettre anonyme raciste menaçant la mosquée.

Photo : Radio-Canada / Andrew Lee

Nous aimerions pouvoir prier librement, a-t-il mentionné. Nous aimerions pouvoir installer un panneau d'affichage à l'extérieur de notre centre islamique pour dire à tout le monde que nous sommes ici.

Invités à réagir à cette histoire, le NPD, les conservateurs et les libéraux ont tous publié des déclarations condamnant la haine et soulignant les engagements de leur programme.

Aucun d'entre eux n'a expliqué pourquoi ils n'avaient pas organisé d'événement de campagne pour lutter contre le racisme et l'islamophobie. Les libéraux ont dit qu'ils espéraient organiser un tel événement bientôt.

Avec les informations de CBC News

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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