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À Hamilton, la crise du logement inquiète « tout le monde »

Un panneau 'à vendre' devant une maison

Hamilton est l'une des villes canadiennes où le prix d'une maison a le plus augmenté dans la dernière année.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

À Hamilton, tout le monde a un avis sur l’immobilier. Et pour cause, le prix des loyers et des propriétés a atteint des niveaux records dans cette banlieue à une soixantaine de kilomètres de Toronto. L’enjeu touche maintenant des électeurs de tous les horizons.

Le plus difficile, c’est l’attente, soupire Debbie, qui a récemment quitté un partenaire violent et qui préfère ne pas révéler son nom de famille pour des raisons de sécurité.

La mère de famille attend une place dans un logement subventionné depuis plus d’un an. En attendant de trouver un chez elle permanent, elle vit dans un hébergement transitoire du YWCA, un organisme qui vient en aide aux femmes vulnérables.

Les prix ont tellement augmenté et pour les gens dans ma situation, c’est difficile. Si je n'avais pas cet endroit, je serais dans la rue ou dans un refuge, explique Debbie. Sans emploi et avec deux enfants à charge, elle serait incapable de s’offrir un logement au prix du marché.

Debbie à l'extérieur d'une maison

Dans la dernière décennie, Debbie a vu les prix exploser à Hamilton.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Debbie est un cas jugé prioritaire, mais à Hamilton, la liste d’attente pour obtenir un loyer à prix modique compte plus de 5000 noms. Quelques projets de nouveaux logements abordables sont en cours, mais la demande surpasse largement l’offre. Debbie n’a donc d’autre choix que d’attendre le coup de fil qui lui annoncera qu’elle peut enfin récupérer les clés d’un appartement à elle.

« Je rêve d'un endroit que je pourrais peindre à mon goût, où je pourrais accrocher des choses au mur sans avoir à m'inquiéter de quoi que ce soit. Un endroit qui soit à moi. »

— Une citation de  Debbie, résidente de Hamilton

Un nouvel enjeu pour la classe moyenne

Maintenant, ça affecte absolument tout le monde, constate Mylène Vincent. La résidente de Hamilton travaille comme directrice du développement immobilier SHS Consulting, une entreprise qui accompagne la mise en œuvre de projets de logements abordables.

On ne peut pas acheter, on ne peut pas louer, il faut se mettre sur des listes de plus en plus longues pour des projets qui ne vont pas assez vite , déplore-t-elle. La Hamiltonienne souligne que la crise du logement n'est pas un phénomène nouveau pour beaucoup de Canadiens, mais qu’elle l’est devenue pour la classe moyenne.

Mylène Vincent debout dans son jardin

Mylène Vincent habite dans le quartier de Waterdown, à Hamilton.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

La crise du logement en tant que telle n’est pas nouvelle, nous ne l’avons jamais réglée, souligne-t-elle. Mais en ce moment, ce n’est plus abordable d’être propriétaire ou de louer et c’est le cas pour toutes les générations.

C’est probablement pour cette raison que les partis politiques fédéraux ont fait de la crise au logement un enjeu majeur de leur plateforme. Les libéraux promettent de construire ou de rénover 1,4 million de maisons, les conservateurs, 1 million, et les néo-démocrates 500 000. Les trois partis suggèrent aussi des mesures pour dissuader les investisseurs étrangers.

Hamilton, victime collatérale de la frénésie immobilière torontoise

Selon l’indice de prix de maison Teranet-Banque Natio, Hamilton était la deuxième ville au pays où l'augmentation du prix d'une propriété était la plus élevée, avec presque 30 % d'augmentation entre juin 2020 et juin 2021.

Hamilton n'est pas très loin de Toronto et si le marché immobilier a autant changé, c'est à cause de cette proximité. Puisque les prix grimpent en flèche dans le grand Toronto, les gens s'éloignent pour pouvoir accéder à la propriété , explique le professeur à l'Université de Waterloo spécialisé en urbanisme Brian Doucet.

« Dans le sud de l'Ontario, tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a déménagé à Hamilton. »

— Une citation de  Brian Doucet, professeur à l'Université de Waterloo

L’expert souligne par ailleurs que Hamilton est un exemple extrême d'un problème pancanadien.

Il y a beaucoup de tendances qu'on voit partout dans le pays comme la problématique du contrôle des loyers, du manque de logements abordables, des rénovictions ou de la spéculation immobilière, explique-t-il.

Brian Doucet dans une rue de Hamilton

Brian Doucet s'intéresse aux mouvements de population dans les banlieues du grand Toronto.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Pour ralentir la crise, M. Doucet croit que les trois ordres de gouvernement doivent collaborer pour augmenter l'offre de logements abordables en plus d'introduire de la réglementation qui inverserait le rapport de force entre consommateur et investisseur immobilier.

Au Canada, le logement est à la fois perçu comme un droit fondamental et un bien spéculatif dont on peut tirer de la richesse. Et je n'ai pas vraiment vu un parti s'attaquer à cette contradiction fondamentale, conclut-il.

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