•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des locataires inquiets du remplacement d’immeubles à appartements

Des immeubles à logements abordables. Sur une fenêtre, on peut lire : « Je ne déménagerai pas. »

Plusieurs immeubles du chemin Kingston devraient bientôt être démolis pour être remplacés par de plus grands édifices, une situation qui préoccupe les locataires.

Photo : Radio-Canada / Susan Goodspeed

Une locataire d’un immeuble de logements abordables situé dans le quartier Birch Cliff de Toronto craint d'être évincée de son logement pour que l'édifice soit démoli et remplacé par un autre dont les loyers seront plus élevés. Les propriétaires et la Ville se veulent rassurants, mais la mère de famille demeure inquiète et des spécialistes expliquent en quoi ses craintes sont justifiées.

En lisant son journal local, Megan Graham a appris il y a quelques jours qu’elle pourrait très bientôt perdre le logement où elle vit depuis un certain nombre d'années. Il y a quelques semaines, son propriétaire a demandé à la Ville l'autorisation de démolir l’immeuble de quatre étages dans lequel elle habite, au 1336 chemin Kingston. Il souhaite maintenant en construire un nouveau, plus grand, de huit étages.

Si le plan est approuvé par la Ville, Megan Graham devra trouver un autre logement pour elle, son conjoint et leurs deux enfants.

Un édifice avec de nombreuses fenêtres.

La firme NJS Capital a demandé à la Ville l'autorisation de démolir le 1336 chemin Kingston pour pouvoir construire un édifice plus grand.

Photo : Radio-Canada / Susan Goodspeed

Nous allons apparemment pouvoir avoir un appartement similaire pour un loyer similaire après deux ou trois ans, mais nous n’avons nulle part où rester jusqu’à ce que cet immeuble soit terminé, confie la mère de famille, qui se demande aussi si les nouveaux logements seront vraiment similaires et aussi grands que les logements actuels.

On aime cet immeuble, c’est notre maison.

Une citation de :Megan Graham, locataire

La jeune femme dit avoir le coeur brisé, car la situation l’a prise au dépourvu. Je ne sais pas comment on va trouver autre chose qui réponde à nos besoins à Toronto, affirme-t-elle.

Megan Graham sourit à la caméra.

Megan Graham loue un logement abordable dans un immeuble situé dans le quartier Birch Cliff de Toronto.

Photo : Radio-Canada

Le président de l’association communautaire Birch Cliff Village, Rob Carmichael, explique qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. En plus de l’immeuble situé au 1336 chemin Kingston, un peu plus loin sur la même rue, le 1711 chemin Kingston doit connaître le même destin.

Au cours des derniers mois, l’organisateur communautaire dit avoir entendu plusieurs histoires du même genre. Selon lui, au total, huit immeubles, tous situés près les uns des autres, doivent être démolis.

On expulse les gens de leur maison et on ne leur laisse vraiment aucune option pendant deux ou trois ans.

Une citation de :Rob Carmichael, président de l’association communautaire Birch Cliff Village

La formule est toujours la même. Les logements abordables sont ciblés et on les remplace par des condominiums de moyen à haut de gamme. C’est un gros problème, qui est arrivé très, très vite, ajoute Rob Carmichael, qui raconte que de nombreuses familles se sont mobilisées contre de tels projets.

Les propriétaires et la Ville se veulent rassurants

Par courriel, le directeur des investissements de NJS Capital, la firme propriétaire des 1336 et 1711 chemin Kingston, J.P. Hudon, a tenu à apporter les précisions suivantes.

Si le projet est approuvé, les locataires recevront une indemnité de déménagement équivalente à trois mois de loyer, comme le prévoit la Commission de la location immobilière de l’Ontario. Après la reconstruction, les locataires pourront revenir vivre dans l’immeuble. Les nouveaux appartements devront également être de même superficie et le loyer devra demeurer le même (en tenant compte des augmentations provinciales).

La Ville se veut également rassurante. En entrevue, le conseiller municipal Gary Crawford explique qu’un accord doit être signé entre la Ville et le propriétaire pour s’assurer que le propriétaire remplisse ses obligations à l’égard des locataires.

L’agent immobilier Thomas Delespierre, qui travaille pour Royal LePage Signature, juge qu’une démolition peut représenter une épreuve difficile pour un locataire, car les prix seront plus élevés sur le marché et ses dépenses ne pourront qu’augmenter. Par exemple, quelqu'un qui payait 900 $ pourrait, pour le même type d'appartement, payer 1800 $, explique-t-il.

La situation serait surtout avantageuse pour la firme d’investissements, car selon lui, il est peu probable qu’un bon nombre de locataires veuille revenir dans le bâtiment. Ils auront trouvé un autre logement, ils ne voudront pas déménager ou ils auront oublié, résume-t-il.

Rob Carmichael est du même avis. Selon lui, plusieurs locataires ne pourront pas payer des loyers plus élevés et devront quitter la ville.

Une question de droits de la personne, selon une spécialiste

La directrice générale de The Shift, un organisme qui défend les droits des citoyens en matière de logement, croit de son côté que les locataires ont raison d’être inquiets. Ce n'est pas réaliste de penser qu'un locataire va pouvoir négocier avec un important promoteur immobilier qui a des ressources et du pouvoir politique. La Ville devrait en faire davantage pour protéger les locataires, affirme Leilani Farha.

Actuellement, il s’agit d’une course vers les profits et la rentabilité. Nous ne voyons plus le logement comme étant un lieu synonyme de dignité, de sécurité et de respect des droits de la personne.

Une citation de :Leilani Farha, directrice générale, The Shift
Une femme parle dans un micro, on la voit de profil.

Leilani Farha est la directrice générale de The Shift, un organisme qui défend les droits des citoyens en matière de logement.

Photo : Reuters / Amr Abdallah Dalsh

L’agent immobilier Thomas Delespierre tient cependant à souligner qu'en matière de logement, la Ville ne répond pas à la demande actuellement. Selon lui, les projets de remplacement des immeubles existants permettent donc d'amener de nouveaux appartements sur le marché, ce qui pourrait peut-être faire baisser un peu les prix d'un point de vue global.

Leilani Farha croit aussi qu’une plus grande densité de logements est nécessaire, puisque la majorité des emplois se trouvent en ville, mais elle juge que de nouvelles communautés peuvent être créées dans des endroits déjà habités, sans que cela ait de conséquences sur les droits des personnes qui y vivent déjà.

L’une des choses qui se perdent dans tout cela est la voix des locataires, conclut-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !