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Envoyé spécial

Le 11 septembre à New York, « c’est une journée difficile »

Les bons souvenirs et les peines se côtoient à New York, surtout lorsque revient le 11 septembre. Et surtout autour du mémorial construit à l’endroit où se dressaient fièrement les tours jumelles il y a 20 ans.

Un drapeau américain est inséré dans le nom d'une victime des attentats du 11 septembre 2001.

Les noms des victimes de l'attentat du 11 septembre 2001 sont inscrits dans le mémorial de Ground Zero.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Son visage est rouge, ses yeux, humides. Ses doigts entrelacés sur l’abdomen. Un peu comme pour une prière.

La jeune femme regarde défiler ceux qui ont perdu un proche le 11 septembre 2001. Difficile de ne pas ressentir un peu de sa tristesse.

C’est une journée difficile, admet Laura Bray, la voix étranglée par l’émotion. C’est très difficile d’être ici. C’est difficile chaque année.

La New-Yorkaise avait 14 ans le jour des attentats. Ce jour-là, elle s’en souvient comme tout le monde. Le voir… mais ne pas croire ce qu’on voyait. Marquée par ce qu’elle a vu en cette sombre journée.

Pour le 20e anniversaire, pas question de rester chez elle. C’est plus douloureux devant Ground Zero, mais c’est important de ne jamais oublier les sacrifices des premiers répondants, des héros qui ont tenté de reprendre le contrôle du vol 93.

Des noms de victimes du 11 Septembre sont gravés dans un immense mémorial.

Le mémorial des attentats du 11 septembre 2001 à Ground Zero

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Autour d’elle, des Américains d’horizons variés, à l’image des 3000 tués en quelques heures lors des attentats. Et comme les victimes, la plupart sont discrets ce matin de septembre. On garde pour soi les prières et les réflexions.

Coupables d’avoir survécu

Ce matin de septembre 2021, c’est un rare silence qui a englobé la pointe sud de Manhattan. Un son que les New-Yorkais connaissent peu. Un son toujours frappant. Comme le souvenir des attentats.

Parlant de souvenirs, ils hantent toujours Germano Riviera. Il était au pied de la tour sud du World Trade Center lorsqu’elle s’est effondrée. J’étais complètement paralysé. Je pensais que j’allais mourir, mais…

Mais il n’est pas mort. Le hasard, la générosité d’étrangers l’ont sauvé. Il a survécu, mais demeure marqué. Pouvez-vous croire que, parfois, dans mes rêves, je cherche encore des survivants.

Ça ne m’a jamais quitté. Je suis toujours là! Ce n’est pas facile.

Une citation de :Germano Riviera

Pour la cérémonie, cet ancien bijoutier est venu avec un immense drapeau d’honneur sur lequel sont inscrits les noms des victimes des attentats de 2001. Je suis en vie, il a fallu que je continue de vivre.

Germano Riviera agite un drapeau américain sur lequel sont inscrits les noms des victimes des attentats de 2001 à New York.

Germano Riviera agite un immense « drapeau d’honneur » sur lequel sont inscrits les noms des victimes des attentats de 2001.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Nous sommes plusieurs à nous sentir coupables d’avoir survécu. Ed Monahan est un pompier new-yorkais à la retraite. C’est son équipe qui a répondu aux premiers appels de détresse venant du World Trade Center.

Il n’était pas dans les camions qui ont foncé vers les tours jumelles ce matin-là. Il était plutôt en route vers la maison, venant tout juste de terminer son quart de travail. Pourquoi suis-je si chanceux d'être en vie alors que d’autres y sont restés?

Ed Monahan n’aura jamais de réponse à cette difficile question. Et non, le temps n’a pas effacé les remords. Autour de cette période de l’année, chaque année, j’y repense.

À ses côtés, son fils hoche la tête, les yeux humides. Lui-même policier à New York, il évoque cette boule à l’estomac qu’il a traînée toute la journée à l’école, avant de savoir que son père était bel et bien vivant.

Un peu plus loin, on croise un jeune pompier à la recherche de souvenirs. J’ai fait la guerre à cause de ça! s’exclame Michael Nicola, en montrant du doigt l’endroit où il n’y a plus de tours jumelles. Venu de l’Illinois, c’est la première fois qu’il voit ce coin de Manhattan.

Ses pensées vont aux milliers de premiers répondants morts ou encore malades, ceux qui ont respiré l’air toxique autour de Ground Zero durant des semaines, à la recherche des victimes.

Michael Nicola a son bras gauche autour des épaules de Doug Yurekco.

Michael Nicola (à gauche), un jeune pompier à la recherche de souvenirs, en compagnie de Doug Yurekco (à droite), qui a fait partie des pompiers qui ont passé beaucoup de temps à fouiller les ruines du World Trade Center.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Son compagnon de voyage, Doug Yurekco, fait partie de ces pompiers qui ont passé beaucoup de temps à fouiller les ruines du World Trade Center. Je sens encore l’odeur de 2001. Il y avait deux ou trois pieds de poussière. Ça imprégnait nos vêtements, tout notre équipement.

Le genre de détails qui ne s’oublient pas. Pas plus que ce cancer qui le ronge maintenant de l’intérieur. La maladie ne lui cause aucun regret.

Je le ferai de nouveau sans hésiter! Et mon département le ferait aussi sans hésiter.

Une citation de :Doug Yurekco

Une entraide fraternelle, née des cendres du 11 Septembre.

Des souvenirs partout

Il faut s’éloigner de Ground Zero pour comprendre que ces attentats ont marqué toute une ville. Tout un peuple. Trois kilomètres au nord, le West Village vit à un rythme différent. Mais en portant attention, on retrouve les traces des attentats.

Il y a cette toute petite place à l’angle de deux rues. Sur des clôtures vissées au mur d’un édifice, des céramiques de couleur. Des messages d’espoir, de sympathie y sont peints à la main.

C’est un autre mémorial, officieux, citoyen. Ce sont d’abord des New-Yorkais au cœur brisé qui les ont fabriqués. Puis d’autres morceaux de céramique sont arrivés, envoyés par des Américains aussi ébranlés.

Quelque 4000 pièces ont survécu au passage du temps. La plupart ne sont pas visibles, entreposées afin de les préserver des éléments. Préservées dans l’espoir de leur trouver un lieu permanent d’exposition.

Cette ville est complaisante, déplore Paul McClure, un habitant du West Village qui prend soin des tuiles encore fixées au mur. Les gens vont bientôt oublier les morts de la COVID. Cynique ou lucide? Peut-être un peu des deux dans une ville qui a connu sa part de tragédie… et de souvenirs.

Paul McClure devant un mur avec des morceaux de tuiles.

Paul McClure, un habitant du West Village, prend soin des tuiles encore fixées au mur. Quelque 4000 pièces ont survécu au passage du temps.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Ayalat Cohen s’arrête avec un ami pour observer les céramiques. Elle espère qu’elles seront préservées longtemps. Les souvenirs de cette tragédie sont liés à des lieux. Il faut des rappels à ces endroits afin de ne pas oublier.

Des rappels, il y en a déjà beaucoup à New York. Dans les casernes de pompiers, sur certains édifices. Parfois, ce sont des rues qui honorent un proche disparu.

Et puis, il y a ces souvenirs qui sont hors de la métropole. Comme un arbre planté au bord de l’eau dans une ville plus au nord. C’est là qu'Eugene Belilovsky préfère se souvenir de sa mère, Yelena, dont les bureaux étaient dans le World Trade Center.

L’arbre lui a été dédié. Il a grandi et affronté la fureur de la tempête Sandy. Il a été couvert d’eau salée. Il a survécu.

Eugene Belilovsky est agenouillé au pied d'un arbre, caressant une plaque commémorative.

Eugene Belilovsky à côté de l'arbre planté en hommage à sa mère Yelena, dont les bureaux étaient situés dans le World Trade Center.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Survivre. Comme ce garçon, qui avait 13 ans lorsqu’il a perdu sa mère. Comme les bons souvenirs qui accompagnent toujours ceux qui sont toujours vivants.

Eugene Belilovsky se rappelle avoir admiré les feux d’artifice d’un 4 juillet depuis les bureaux de sa mère au 92e étage du World Trade Center. C’était bizarre de voir les feux d’artifice sous nos pieds!

Des souvenirs qui font sourire. Voilà ceux qu’il faut préserver. Et peu importe combien d’années se sont écoulées depuis les attaques. Ça ne fait pas de grosse différence... Il ne faut pas oublier.

Autant que possible, ne pas oublier.

Une citation de :Eugene Belilovsky

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