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Un nouveau site pour suivre la progression de la parité au cinéma

Dessin d'une femme tenant une balance et une bobine de film.

Le nouvel outil web de Réalisatrices équitables présente des statistiques sur la parité dans un format convivial et agréable à consulter.

Photo : Réalisatrices Équitables

Charles Rioux

Au Québec, les réalisateurs de sexe masculin n'offrent que 38 % des rôles parlés à des femmes et dans près de la motitié des cas, les actrices choisies sont plutôt jeunes, âgées entre 20 et 39 ans. C'est le genre de statistiques qu'on peut lire sur le nouvel outil de visualisation web (Nouvelle fenêtre) dévoilé jeudi par Réalisatrices équitables. La présidente de l'organisme, Anik Salas, nous parle des progrès réalisés en la matière, et du chemin qu'il reste à parcourir.

Présenté par l’autrice et humoriste Catherine Ethier à l'occasion d’un 5 à 7 organisé au Conseil des arts de Montréal, le site de visualisation de données est visuellement attrayant et agréable à consulter, conçu avec une idée en tête : la bonne transmission du contenu passe parfois par la qualité du contenant.

L’idée, c’était de trouver une façon de rendre l’information plus digeste, mais aussi qu'elle soit présentée de façon sympathique et dynamique, ce qui ferait en sorte que les gens pourraient aller naviguer dans nos statistiques et presque s’amuser, affirme Anik Salas, présidente de Réalisatrices équitables.

Depuis sa fondation, en 2007, l’organisme, composé de réalisatrices professionnelles du Québec, milite pour la parité au sein de l’industrie cinématographique. Cela va de la distribution équitable des fonds publics au financement, en passant par une présence équilibrée des femmes à l’écran et la juste représentation de leurs imaginaires.

Photo d'une femme aux cheveux mauves.

Anik Salas est la présidente de l'organisme Réalisatrices équitables.

Photo : Agence Provencher / Thomas Leblanc-Murray

Encore du travail à faire malgré les progrès

En ce qui a trait aux enveloppes, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) est la seule institution de financement œuvrant dans la province à avoir atteint la parité cette année, avec 53 % de son budget accordé aux projets avec réalisatrice, contre 37 % pour le Conseil des arts du Canada (CAC) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui sont bons derniers.

Pour ce qui est du nombre de projets avec réalisatrice acceptés par rapport au nombre total de ceux qui sont déposés, c’est encore une fois le CALQ qui se démarque avec 54 %, contre 38 % pour le Fonds des médias du Canada (FMC), en queue de peloton.

Selon Anik Salas, le problème de la parité se pose surtout à la sortie de l’école pour les femmes. Il y a autant de femmes que d’hommes dans les écoles de cinéma [...], mais c’est tellement difficile pour les femmes de réaliser des films qu’il y en a beaucoup qui se sont découragées par le passé. Il y en a qui se tournent vers la production, d’autres vers l’écriture… On a perdu beaucoup de réalisatrices comme ça, explique-t-elle.

Une autre statistique frappante se situe du côté de la distribution des rôles parlants. Sur l’ensemble de ces rôles, les réalisateurs en réservent davantage aux hommes (61 %) qu’aux femmes (38 %), alors que chez les réalisatrices, la distribution des rôles parlants est équilibrée entre les hommes (51 %) et les femmes (49 %).

Les hommes mettent plus de femmes jeunes à l’écran

Encore plus évocateur d’une certaine mentalité que Réalisatrices équitables aimerait voir évoluer : les réalisateurs ont tendance à accorder plus de rôles aux femmes âgées de 20 à 39 ans (48 %) qu'aux femmes dans d’autres groupes d’âge (52 %). Les réalisatrices semblent moins se soucier de l’âge de leur côté, avec seulement 33 % des rôles accordés aux femmes de 20 à 39 ans.

Les femmes vont mettre des personnages beaucoup plus diversifiés au niveau de l’apparence corporelle et de l’âge. [...] Il n’y a pas juste des femmes jeunes dans la vie, et une femme plus vieille, ce n’est pas juste une mère. Il y a d’autres personnages.

Une citation de :Anik Salas, présidente de Réalisatrices équitables

La pointe de l’iceberg

Malgré le travail qu’il reste à faire pour combler les écarts entre hommes et femmes, Mme Salas souligne les bons coups de l’industrie, notamment pour ce qui est du financement des films de fiction réalisés par des femmes.

La meilleure nouvelle, c’est vraiment au niveau des budgets. Le plafond de verre au cinéma, ce sont les films de fiction, surtout ceux avec de gros budgets. Les femmes ont beaucoup de difficulté à se rendre dans ces plateaux-là de financement. Dans les dernières années, il n’y en avait aucune qui réussissait à atteindre des budgets de 2,5 millions de dollars et plus. Et là, ça commence à changer, explique-t-elle.

Là, on a mis les bases en regardant le nombre de projets et les budgets, mais c’est seulement la pointe de l’iceberg. Il faut changer le système en profondeur, parce que pour faire un film, il faut d’abord convaincre un producteur ou une productrice; ensuite, il faut convaincre les institutions et trouver un distributeur. À chacune de ces étapes-là, il y a des biais inconscients qui empêchent les femmes d’aller plus haut, résume-t-elle.

Ne pas oublier la diversité

Mme Salas ajoute qu’il y beaucoup à faire du point de vue de la diversité, vu le nombre insuffisant de films produits par des femmes autochtones ou de couleur.

L’équipe de Réalisatrices équitables alimente son site avec les données qui lui sont fournies par des organismes comme Téléfilm Canada, l’Office national du film (ONF), le Conseil des arts du Canada (CAC), le Fonds des médias du Canada (FMC), la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

À terme, l'organisme espère que son outil web deviendra un point de rencontre pour les différents intervenants et intervenantes du milieu. À cet effet, le site web sera mis à jour régulièrement, pour suivre l’évolution des changements.

Nous espérons que la mise à jour de nos statistiques deviendra un rendez-vous annuel pour les médias, les professionnels de l’industrie et le public, afin de prendre le pouls de la parité et de s’assurer que, collectivement, nous faisons les efforts nécessaires pour que l’imaginaire des femmes soit accessible sur tous nos écrans, conclut Mme Salas.

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