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Des travailleurs de la santé expliquent pourquoi ils refusent le vaccin

Une infirmière reçoit une injection.

La vaccination obligatoire des travailleurs de la santé fait débat dans plusieurs provinces canadiennes.

Photo : La Presse canadienne / Michael Bell

Piqués au vif par l’ultimatum lancé par François Legault, plusieurs employés non vaccinés du réseau de la santé sont prêts à quitter leur profession plutôt que de se faire inoculer. Trois d’entre eux ont accepté de nous expliquer leur décision.

Pour Lawrence Godbout, un infirmier auxiliaire en gérontopsychiatrie à l’Hôtel-Dieu de Lévis, la mesure du gouvernement québécois est une atteinte inacceptable à ses droits et libertés.

C'est du chantage : si t'es pas vacciné, t'es crissé dehors. Ça ne marche pas, tonne-t-il.

Lawrence Godbout

« Ce n'est pas dans mes valeurs de me faire vacciner », affirme Lawrence Godbout, infirmier auxiliaire à l'Hôtel-Dieu de Lévis.

Photo : Radio-Canada

Sa décision est prise : il préfère changer de métier plutôt que de recevoir le vaccin contre la COVID-19. Québec a donné jusqu’au 15 octobre aux employés du réseau de la santé pour être convenablement vaccinés, sans quoi ils seront suspendus sans salaire. Aux yeux de Lawrence Godbout, il s’agit d’une mesure draconienne.

Je vais devoir me trouver un nouvel emploi en attendant. Pour moi, c'est non, et je tiens jusqu'au bout.

Une citation de :Lawrence Godbout

Cédric Thivierge est lui aussi infirmier auxiliaire, à Thetford Mines. Il a déjà commencé à chercher un emploi dans un autre domaine. À son avis, recevoir le vaccin doit demeurer un choix et non une obligation.

Pour l'instant, je ne vois pas l'importance de l'avoir, dit celui qui a près de 10 ans d’expérience comme infirmier auxiliaire.

Cédric Thivierge

Cédric Thivierge, un infirmier auxiliaire, a refusé le vaccin contre la COVID-19. Il est peiné de devoir quitter ses collègues et son travail.

Photo : Radio-Canada

Quant à Laurent (nom fictif), il est préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD de la Beauce. Il a demandé à ne pas être identifié pour éviter d'attiser les tensions avec des membres de sa famille.

Je ne quitte pas mon emploi, c’est le gouvernement qui me met sans solde.

Une citation de :Laurent (nom fictif)

Ces trois travailleurs font partie des quelque 1000 employés du CISSS de Chaudière-Appalaches qui n’ont reçu aucune injection du vaccin. À ce jour, 89 % des employés du réseau public de la région sont adéquatement vaccinés.

Scepticisme

L’efficacité des vaccins contre la COVID-19 est remise en question par les trois travailleurs à qui nous avons parlé.

Même s’il admet que plusieurs études ont reconnu l’efficacité des vaccins approuvés par Santé Canada, Cédric Thivierge demeure sceptique quant à leur efficacité à long terme.

Je fais partie des gens qui aiment mieux voir le résultat du vaccin, voir s'il est vraiment concluant, dit-il.

Laurent, lui, affirme avoir eu des effets secondaires longs et désagréables après avoir été vacciné contre l’influenza, et ne souhaite pas revivre l’expérience.

Une main tient une dose du vaccin Moderna et y insère l'aiguille.

Les vaccins de Moderna et de Pfizer-BioNTech sont des vaccins à ARN messager.

Photo : CBC / Robert Short

Quant à Lawrence Godbout, il souligne que le vaccin n’est pas efficace à 100 %.

Qu'on soit vacciné ou pas, on peut l'attraper pareil [le virus].

C’est vrai, admet Dr Mathieu Simon, chef de l’unité des soins intensifs à l’IUCPQ. Toutefois, le spécialiste rappelle que le vaccin diminue les risques de développer une réaction grave à la maladie.

[Le vaccin] va transformer une maladie potentiellement mortelle en des symptômes qui vont passer à peu près inaperçus à la maison sans compromettre sa santé ou la sécurité des gens autour de soi, précise-t-il.

Le Dr Mathieu Simon en visioconférence.

Le Dr Mathieu Simon est pneumologue et chef des soins intensifs à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Photo : Radio-Canada

Le Dr Simon rappelle par ailleurs que les effets secondaires causés par les vaccins sont très rares. Il ajoute que les vaccins à ARN messager, comme ceux de Pfizer et de Moderna, sont particulièrement sécuritaires.

Les vaccins à ARN sont développés depuis 1989 pour toutes sortes de maladies. Ils représentent une amélioration de sécurité par rapport aux autres vaccins disponibles. L’ARN n’entre jamais dans le noyau cellulaire. Les chances que l’image génétique de l’être humain soit modifiée sont nulles.

Manque d’information

Laurent, qui travaille comme préposé aux bénéficiaires depuis deux ans à Saint-Georges, dit que les sources d’information sont nombreuses et qu’il ne sait plus à laquelle se fier.

Je devrais peut-être être plus informé sur certains sujets, mais on manque un peu d’information, dit-il, ajoutant que peu de renseignements ont été transmis directement aux employés.

Si j’avais perdu un membre de ma famille du COVID, je ne parlerais peut-être pas pareil.

Une citation de :Laurent (nom fictif)

Le CISSS de Chaudière-Appalaches affirme de son côté que de nombreuses et fréquentes communications ont été acheminées aux employés au sujet de la COVID-19 et de la vaccination.

Un document informatif sur le vaccinationAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches affirme avoir envoyé plusieurs documents informatifs sur la vaccination à ses employés.

Photo : CISSS de Chaudière-Appalaches

L'information est diffusée et facilement disponible, et chaque employé a le devoir de s'informer, note la porte-parole du CISSS Mireille Gaudreau.

Le fait de dire qu’on manque d’information, c’est une intellectualisation d’une peur plus viscérale qui est mal contrôlée, croit quant à lui le Dr Mathieu Simon.

Des départs inévitables

Les trois travailleurs risquent de quitter leurs fonctions à regret, à la mi-octobre. Ils pourraient d’ailleurs se tourner vers le domaine de la construction.

Dr Mathieu Simon s’attend lui aussi à voir des employés non vaccinés de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) quitter leurs fonctions au cours des prochaines semaines. Même si le réseau de la santé est sous tension et peut difficilement se passer de ses employés, il croit qu’il vaut mieux perdre une personne qui peut en infecter d’autres que de courir à nouveau le risque de provoquer des éclosions.

Je pense que la décision de prôner la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé est une bonne décision, qui, comme toutes les décisions difficiles, a ses conséquences, résume-t-il.

Avec la collaboration de Colin Côté-Paulette

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