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CHSLD Herron : « Le bateau était vide », raconte une infirmière

Une infirmière a mis sur pied une équipe qui a accouru en renfort au CHSLD Herron lors de la première vague de la pandémie, au printemps 2020.

La devanture du CHSLD Herron, à Dorval.

Des gerbes de fleurs ont été déposées devant la devanture du CHSLD Herron.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Couches souillées, peau qui pousse autour d'un pansement en place depuis trop longtemps, patients déshydratés... C’est ce qu’a constaté au CHSLD Herron une infirmière qui est venue témoigner vendredi lors de l’enquête publique de la coroner Géhane Kamel sur la vague de décès qui y sont survenus.

Fin mars, Marie-Ève Rompré a senti que quelque chose ne tournait pas rond au CHSLD Herron, à Dorval. Le CIUSSS tenait une liste des CHSLD touchés par une éclosion, mais Herron n’y figurait pas.

C’était inquiétant, a-t-elle relaté vendredi. Elle a donc pris le téléphone.

J’essayais d'appeler le CHSLD pour parler à quelqu'un. J’ai laissé des messages sur les boîtes vocales, dont la direction. Je voulais qu'on me rappelle pour voir si quelque chose se passait. Toujours pas de réponse.

Une citation de :Marie-Ève Rompré, infirmière

Le lendemain, j'ai essayé d’appeler de nouveau, a raconté l’infirmière, nommée depuis peu gestionnaire de l’urgence du Centre hospitalier de St. Mary.

Cette journée-là, le 29 mars, l’infirmière a fini par faire le signalement à la santé publique, le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Le ministère de la Santé a imposé la tutelle du CHSLD cette journée même.

Plus d'une semaine plus tard, le 8 avril, Marie-Ève Rompré est arrivée au CHSLD Herron pour prendre le pouls de la situation, après son quart de travail en journée. Elle n’y a vu qu’une infirmière auxiliaire et un préposé. Le bateau était vide, a-t-elle résumé.

Au deuxième étage, dans l’unité avec les patients moins autonomes, elle a vu des patients inconscients et d’autres qui demandaient de l’air ou qui étaient en hypothermie.

Elle a aperçu une femme qui lui a dit : Ça fait du bien de voir quelqu'un.

J’ai dit que je revenais le lendemain avec une équipe, a raconté l'infirmière. Elle me dit : "Est-ce qu'il va y avoir des serviettes de disponibles?"

La madame était arrivée à Herron en décembre. Et j'ai vu le cahier [rempli par un préposé] et ça disait "no towels available (aucune serviette disponible)" à toutes les cases de ses bains. Mais il y en a des serviettes!, a-t-elle relaté, la voix vacillante sous l’émotion.

Une équipe d'intervention mise sur pied

Le lendemain, Marie-Ève Rompré a tenu parole. En à peine une journée, elle a constitué une équipe d’une douzaine d'infirmières – son équipe SWAT (d'intervention), a-t-elle dit. Des soignantes qui ont accepté de venir travailler en soirée après leur quart de travail.

On pensait faire beaucoup d’évaluations, mais finalement, c’était juste des soins de base.

Une citation de :Marie-Ève Rompré, infirmière

Ella a passé cette soirée à distribuer des médicaments et à changer des pansements.

Elle s'est souvenue d'une patiente dont le pansement n'avait été changé depuis si longtemps que la peau commençait à pousser par-dessus. Elle dit : "Je vais rester ici je vais mourir avec." Je lui donne son médicament, et je vois que ça fait des jours qu’elle ne le reçoit pas. Elle souffre assise dans une chaise et ne veut pas se coucher. Elle refuse d'aller à l'hôpital. [...] C’est comme si j’étais au Bangladesh, a raconté l'infirmière.

Marie-Ève Rompré s'est également souvenue d'une femme qui demandait un bain, car elle avait des selles jusqu'au cou. Ou encore d'un homme ayant des ulcères aux joues qui disait n'avoir pas bu depuis 10 jours.

Au terme de son témoignage, la juge Kamel l'a félicitée pour ses efforts héroïques, se disant néanmoins révoltée par ce qu'elle venait d'entendre.

Un mini-hôpital

Deux jours plus tard, l'infirmière est retournée au CHSLD avec la Dre Julia Chabot, gériatre au Centre hospitalier de St. Mary.

La médecin a également témoigné vendredi.

On a fait des choses qu’on ne fait jamais dans un CHSLD. On a donné des liquides par intraveineuse, on a donné toutes sortes d’antibiotiques, on a transformé ce lieu-là en mini-hôpital.

Une citation de :Julia Chabot, gériatre

Pendant les jours qui ont suivi, la Dre Chabot a continué à travailler à l'établissement privé et à coordonner les opérations. D'autres collègues sont venus prêter main-forte également.

Un peu plus tôt vendredi, Hélène Paradis, chef du département de pharmacie au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, a raconté comment, en arrivant au CHSLD Herron, elle a trouvé des médicaments expirés dans des fonds de tiroir, certains datant de 1994.

D'autres comprimés se trouvaient dans de petits verres en plastique, à l'air libre. Des médicaments avaient été accumulés dans des armoires et des réfrigérateurs pour usage futur. On ne pouvait pas savoir depuis combien de temps c’était là, a-t-elle déploré.

Lors du premier témoignage de la journée, Stéphanie Larose, chef du service ambulatoire au CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, s'est fait demander pourquoi, même après la tutelle du CHSLD, des patients vivaient encore dans ces conditions.

Tous les jours, la situation s’améliorait, mais tout le réseau était en crise. Ça a pris plusieurs semaines avant d'avoir une équipe stable. On faisait du mieux qu'on pouvait, a-t-elle répondu.

Les audiences se poursuivront lundi à Longueuil pour faire la lumière sur les événements survenus au CHSLD Herron, où 47 personnes sont mortes de la COVID-19 lors de la première vague de la pandémie, au printemps 2020.

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