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Injuste et offensante : Trudeau et O’Toole dénoncent la question posée à Blanchet

Erin O’Toole et Justin Trudeau au débat des chefs.

Erin O’Toole et Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Les chefs libéral et conservateur ont rejeté tous deux le préambule de la question sur une loi et un projet de loi québécois posée jeudi soir au débat en anglais, qui les qualifiait de « discriminatoires ».

La modératrice Shachi Kurl avait lancé le débat en s'adressant au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet :

Vous niez que le Québec a un problème de racisme, pourtant vous défendez des législations comme les projets de loi 96 [français langue officielle, NDLR] et 21 [laïcité], qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones. Le Québec est reconnu comme une société distincte. Mais pour ceux hors de la province, s’il vous plaît, expliquez-leur pourquoi votre parti soutient aussi ces lois discriminatoires.

C’est une question qui n’aurait pas dû être posée, a affirmé Justin Trudeau, en point de presse vendredi à Hamilton.

J’ai été surpris par la prémisse de la question hier soir. Ma position est connue, je ne suis pas d'accord avec [la loi 21]. Mais j’ai trouvé la question très offensante. Je ne crois pas qu’elle était acceptable ni appropriée, a-t-il poursuivi en anglais.

J’ai été très surpris par le genre d’amalgame dans cette question. Comme Québécois, c'est insultant. Les Québécois ne sont pas racistes. Je comprends que des gens soient en désaccord avec la loi 21, et j’en suis un. Mais peindre toute une nation avec cette brosse, non, ça ne passe pas.

Une citation de :Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Radio-Canada lui a demandé pourquoi il n'avait pas réagi de la sorte jeudi soir au débat.

Justin Trudeau affirme que le format du débat ne lui permettait pas d'intervenir de façon adéquate et qu'il ne voulait pas ajouter à la cacophonie sur le moment.

Malgré tout, M. Trudeau juge que le chef bloquiste [cherche] à créer des divisions, des contrastes et de la chicane entre le Québec, les Québécois et les autres Canadiens.

Rappelons que M. Blanchet, après le débat, avait dénoncé les insinuations contenues dans cette question. Selon lui, tout le débat a été « une chaudière d’insultes au visage des Québécois ».

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a lui aussi fait valoir son opinion vendredi avant-midi dans un tweet.

Les Québécois ne sont pas racistes, et je rejette la prémisse de la question posée lors du débat hier soir, peut-on lire.

Le style de certaines questions était injuste, selon moi, a-t-il commenté plus tard en point de presse à Mississauga. Bien qu'il n'approuve pas la Loi sur la laïcité de l'État, le chef conservateur s'est engagé à ne pas « contester les lois votées par l'Assemblée nationale », y voyant une question de respect.

Je ne déposerai pas une loi comme ça au fédéral, mais on doit travailler ensemble sur les enjeux importants pour les Québécois et Québécoises, a ajouté M. O'Toole.

Une réponse scandaleuse, selon une organisation sikhe

Ce qui est « offensant et scandaleux », c'est plutôt la réaction de MM. Trudeau et O'Toole, a réagi vendredi l'Organisation mondiale des sikhs (WSO) du Canada. Les chefs sont plus offensés par une question sur la loi 21 que par le fait que cette loi discriminatoire fasse perdre aux gens leur foyer et leur emploi, a déclaré son président, Tejinder Singh Sidhu.

À l'adoption de la Loi sur la laïcité de l'État, en 2019, l'organisation avait déploré que les quelque 15 000 membres de la communauté sikhe du Québec soient « touchés de manière disproportionnée » par l'interdiction de porter des signes religieux.

Du racisme et de la discrimination dans chaque province, rappelle Singh

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a lui aussi été interrogé vendredi au sujet du débat des chefs et des questions touchant le Québec.

L’idée que le racisme systémique ou la discrimination systémique existent [uniquement] dans une province ou un territoire est fausse. Et ça fait mal, ça nuit à la bataille contre cette sorte de discrimination. Parce que le racisme systémique et la discrimination systémique existent à travers le pays, dans chaque province et chaque territoire, assure-t-il.

Et c’est important de le reconnaître. On a besoin de travailler ensemble pour l’éliminer.

La veille, lors du débat, le chef bloquiste avait saisi la balle au bond dans un échange sur la discrimination envers les Premières Nations pour parler plutôt de la discrimination qu'ont subie les Québécois.

Pour M. Singh, les peuples autochtones, comme les Québécois et les francophones au Québec, ont subi de la discrimination. Mais, les deux cas de figure ne peuvent être mis sur un pied d’égalité, selon lui.

Je ne fais pas d’équivalence entre un groupe et un autre groupe. Les groupes ne font pas face aux mêmes défis, aux mêmes injustices. Mais je peux dire clairement que oui, les francophones ont subi de la discrimination systémique et les Québécois, il n’y a encore pas si longtemps, ont fait face à de la discrimination systémique. Donc, oui, ça existe, et c’est un vrai enjeu, a-t-il dit.

Paul dit avoir voulu créer des ponts de compréhension avec Blanchet

Vendredi, à Ottawa, la chef du Parti vert, Annamie Paul, est revenue sur son échange de la veille avec M. Blanchet. Elle l’avait invité à s’éduquer sur le racisme systémique.

J'ai invité M. Blanchet de s'informer parce qu'il y a encore une perception que le racisme systémique n'existe pas au Québec. Mais ça existe partout au Canada, a-t-elle affirmé.

Et concernant la loi 21, j’ai toujours été claire que je crois que c'est une loi discriminatoire, une violation des droits fondamentaux, le droit d'expression et le droit d'expression religieuse aussi, a-t-elle poursuivi.

Concernant le projet de loi 96, Mme Paul juge qu’il mérite une analyse compréhensive et un débat au Parlement, car il soulève des questions constitutionnelles.

Les autres chefs ne sont pas sincères, dit Blanchet

Vendredi, à Chambly, le chef bloquiste a été invité à réagir plus longuement au débat de jeudi soir.

Tous les chefs étaient bien figés pendant qu’on insultait généreusement le Québec. Et ce matin, évidemment, ils se rendent compte qu’ils se sont mis dans le trouble. Donc ils inventent, de nouveau, de soudaines passions pour le Québec. Je laisserai les Québécois mesurer la crédibilité de ces renouveaux affectueux qui ne se sont pas manifestés quand c’était le temps, a-t-il dit.

Un journaliste lui a demandé comment il s'expliquait l'élan de solidarité des chefs ce matin.

C’est du pur opportunisme, ils ont bien réalisé que les Québécois étaient extrêmement contrariés, fâchés de leur contribution au mépris ambiant du Québec, de la structure même du débat, qui, dans une certaine mesure, ouvrait grand la porte à cette dérive. Là, ils se rendent compte que ça peut leur faire mal. Il est un peu tard, peut-être.

Il était où, M. O’Toole, avec ses boîtes de chocolats et ses fleurs hier soir quand on insultait le Québec? [...] Il était où, le Québécois Justin Trudeau, hier soir?

Une citation de :Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Je laisse les gens se faire leur propre opinion, mais les regrets semblent aussi tardifs que peu sincères.

En après-midi, Radio-Canada l’a relancé en lui demandant si, selon lui, cette situation ne donnait pas un certain souffle à sa campagne. M. Blanchet s’est défendu de profiter indûment du dénouement de l’affaire.

Je n’ai pas écrit la question. Le Consortium des débats, créé par Justin Trudeau pour, bien sûr, préserver la démocratie, a approuvé la question, qui était une injure grossière à l’endroit de la nation québécoise. Je n’ai pas besoin d’amener quelqu'un sur mon terrain de la laïcité s’ils se battent pour venir tous seuls, a-t-il dit.

Vendredi, on assistait aussi à un tir groupé de la classe politique québécoise relativement à cette question posée à M. Blanchet lors du débat. La nation québécoise est attaquée dans ses compétences, dans ce qu’il y a de plus important, la langue française, dans ses valeurs votées démocratiquement, appuyées par une majorité de Québécois, a dit le premier ministre François Legault.

Avec les informations de Joëlle Girard et Valérie Boisclair

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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