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Un bénévole acadien à Ground Zero

Les attentats perpétrés 11 septembre 2001 aux États-Unis ont marqué les esprits, mais pour un bénévole acadien de la Croix-Rouge, ces événements laissent des souvenirs indélébiles.

Deux secouristes sur des décombres.

Dès le 15 septembre 2001, Jerry Doucett dirige les deux centres de sauvetage de la Croix-Rouge américaine à Ground Zero. C'est là qu'on se dévoue à nourrir, vêtir et soutenir physiquement et psychologiquement les secouristes, pompiers, policiers et enquêteurs qui fouillent les décombres.

Photo : Gracieuseté Jerry Doucet

Janique LeBlanc

Jerry Doucett se souvient parfaitement de ce matin de septembre il y a 20 ans quand son téléavertisseur de la Croix-Rouge a sonné. L’employé d’une usine de transformation de viande a été envoyé d’urgence au Colisée de Moncton pour préparer l’accueil de 2000 personnes.

Il fallait trouver des chaises, du manger, toutes des affaires comme ça, explique Jerry Doucett.

Il ne savait pas qui étaient les invités, ni combien de temps ils resteraient à Moncton.

C'était avant les téléphones intelligents et les alertes qui nous informent instantanément. Le jour des attentats, tant les bénévoles que les passagers qu'ils accueillaient avaient peu d'idées de l’horreur qui frappait les États-Unis.

Jerry Doucett il y a 20 ans.

Jerry Doucett n'a pas hésité lorsqu'il a reçu un appel de la Croix-Rouge pour coordonnée l'arrivée de passagers aériens au Colisée de Moncton. On le voit ici il y a 20 ans.

Photo : Gracieuseté Jerry Doucet

Jerry Doucett s’est rendu à l’aéroport de Moncton pour accueillir les passagers à leur sortie d’avions détournés par les événements. Il y avait des gens qui étaient stressés, qui se demandaient : "où est-ce qu’on est? Qu’est-ce qu’on fait? Qu’est-ce qui est arrivé?" Je n’avais pas de réponse pour ça, admet cet ancien militaire et bénévole de longue date de la Croix-Rouge.

Ce n’est que bien plus tard ce jour-là que les personnes sur place ont compris l’ampleur et la violence des attentats grâce à une télévision installée en vitesse au Colisée de Moncton.

On a tout vu pour la première fois, se rappelle Jerry Doucett, le visage assombri par les souvenirs de ces images d’avions transperçant les tours du World Trade Center.

En marge de l'horreur, Moncton a accueilli pendant trois jours plus de 2000 personnes voyageant à bord de 13 avions.

Le 12 septembre, Jerry Doucett est appelé à Halifax où 47 avions et 8800 passagers ont été détournés.

L’appel surprenant de la Croix-Rouge américaine

Quelques jours plus tard, ce bénévole reçoit une demande surprenante. La Croix-Rouge américaine lui demande d’aller en mission à New York.

Jerry Doucet.

Jerry Doucet se souvient des heures qui ont suivi les attaques sur le World Trade Center.

Photo : Radio-Canada

Dès le 15 septembre, Jerry Doucett dirige les deux centres de sauvetage de la Croix-Rouge américaine à Ground Zero. C'est là qu'on se dévoue à nourrir, vêtir et soutenir physiquement et psychologiquement les secouristes, pompiers, policiers et enquêteurs qui fouillent les décombres brûlants des tours jumelles.

Tout le monde travaillait dur, de 12 à 14 heures par jour [dans les décombres]. En dessous, le feu continuait, les souliers des secouristes fondaient, c’était vraiment dur. Ils ne voulaient pas arrêter avant que la dernière personne soit trouvée. Ils en ont trouvé, pas en vie, mais ils ont trouvé du linge, un pied, un bras.

Une citation de :Jerry Doucett, bénévole de la Croix-Rouge à Ground Zero.

Cette mission a été la plus difficile de toutes celles qu’il a menées pour la Croix-Rouge au fil des décennies. Jerry Doucett était habitué à intervenir dans des situations d’urgence causées par des tornades ou des ouragans.

Ceci, c’était différent... Quelqu’un a fait ça et on ne savait pas pourquoi, se désole le sexagénaire qui a pris sa retraite des missions, mais donne toujours des formations en premiers soins.

Il était très ébranlé quand il est revenu, se souvient son épouse Judy.

Les traces des trois semaines et demie passées à Ground Zero se lisent sur son visage quand Jerry replonge dans ses souvenirs. Il essaie de ne pas y penser.

Un voyage à New York, il y a quelques années, a ramené à la surface des images qu’il préférerait oublier. Dès qu’il est entré dans une église transformée en lieu de commémoration pour les victimes des attentats, l’émotion l’a submergé. Il est ressorti en courant.

Jerry a encore chez lui un cadeau reçu lors de cette mission à Ground Zero : un ourson en peluche accompagné de remerciements et de dessins d’enfants de la Californie.

Un ourson et une carte coloriée par des enfants.

Jerry Doucett ne peut se résoudre à lire le message laissé par des enfants californiens, mais garde précieusement leur offrande.

Photo : Radio-Canada

Il l’a reçu en guise de câlin un jour particulièrement difficile. L’homme aux cheveux blancs n'a jamais pu lire la note. La regarder lui fait trop mal.

Ça lui rappelle des choses que les hommes ne devraient pas faire et aussi qu'il y a des gens prêts à soutenir les bénévoles, raconte sa femme Judy, elle aussi une bénévole de longue date de la Croix-Rouge.

Vingt ans plus tard, Jerry garde encore précieusement au fond de son garde-robe, son petit ourson, symbole du pire et du meilleur de l'humanité.

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