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Un nouveau gouvernement pour le Liban en crise

Le gouvernement du premier ministre Najib Mikati devra affronter une crise sans précédent. Selon l'ONU, 78 % de la population y vit maintenant sous le seuil de la pauvreté.

Najib Mikati, de profil, devant une mosquée.

Le premier ministre Najib Mikati, à sa sortie d'une mosquée de Beyrouth, où il est allé prier avant d'aller rencontrer le président Michel Aoun.

Photo : Getty Images / AFP

Agence France-Presse

Le Liban s'est doté vendredi d'un nouveau gouvernement après 13 mois d'attente marqués par d'interminables tractations politiques ayant aggravé une crise économique inédite qui a fait sombrer des millions de Libanais dans la pauvreté.

L'annonce a été faite à l'issue d'une rencontre entre le président Michel Aoun et le premier ministre désigné, Najib Mikati.

Saluée à l'étranger, la mise en place d'un nouveau gouvernement était une condition préalable à l'obtention de l'aide internationale dont le Liban a cruellement besoin, mais reste à savoir si cette équipe sera en mesure de mener à bien les réformes demandées et de sauver le pays de la faillite.

Nommée par les partis au pouvoir, la nouvelle équipe (24 membres), qui doit tenir sa première réunion lundi à 11 h, heure locale, comporte plusieurs nouveaux visages et une seule femme.

Parmi eux figurent des technocrates comme Firas Abiad, directeur de l'hôpital gouvernemental Rafic Hariri, fer de lance de la lutte anti-COVID, ou encore Nasser Yassine, professeur et directeur de l'Observatoire des crises à l'Université américaine de Beyrouth.

La formation d'un cabinet de spécialistes totalement indépendants du petit monde politique, accusé de corruption, a longtemps été réclamé par la rue ainsi que par certaines puissances étrangères, France en tête, impliquées dans le dossier libanais.

Le président français, Emmanuel Macron, a salué vendredi une étape indispensable pour sortir le pays de la crise profonde dans laquelle il se trouve.

Il a souligné la nécessité que l'ensemble des responsables politiques se conforment aux engagements qu'ils ont pris de permettre la mise en œuvre des réformes nécessaires pour préparer l'avenir du Liban et permettre à la communauté internationale de lui apporter une aide décisive.

Des soldats libanais gèrent la foule dans une station-service.

La pénurie de carburant fait la vie dure aux Libanais.

Photo : afp via getty images / Anwar Amro

Le Liban était sans nouveau gouvernement depuis la démission du cabinet de Hassan Diab, quelques jours après l'explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020, qui avait fait plus de 200 morts et ravagé des quartiers entiers de la capitale.

Depuis, la crise économique inédite que traverse le pays depuis l'été 2019, n'a eu de cesse de s'aggraver, la Banque mondiale la qualifiant d'une des pires au monde depuis 1850.

Avec une inflation galopante et des licenciements massifs, 78 % de la population libanaise vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté, selon l'ONU.

Chute libre de la monnaie locale, restrictions bancaires inédites, levée progressive des subventions, pénuries de carburants et de médicaments, le pays est aussi plongé dans le noir depuis plusieurs mois, les coupures de courant culminant jusqu'à plus de 22 heures quotidiennement.

Les générateurs de quartier, qui prennent généralement le relais, rationnent aussi foyers, commerces et institutions, faute de fioul suffisant, devenu cher et monnaie rare dans un pays à court de devises étrangères et en pleine levée des subventions sur plusieurs produits de base.

De nombreux défis attendent ainsi le prochain gouvernement, notamment la conclusion d'un accord avec le Fonds monétaire international, avec lequel les pourparlers sont interrompus depuis juillet 2020.

Il s'agit pour la communauté internationale d'une étape incontournable pour sortir le Liban de la crise et débloquer d'autres aides substantielles.

Plusieurs personnes près d'une fenêtre.

Des Libanais regardent Beyrouth par une grande fenêtre dans un bâtiment endommagé ou en construction.

Photo : Radio-Canada / Émilie Dubreuil

Depuis plus d'un an, la communauté internationale conditionne son aide à la formation d'un gouvernement capable de lutter contre la corruption et de mener des réformes indispensables.

Elle s'est contentée depuis l'explosion de fournir une aide humanitaire d'urgence, sans passer par les institutions officielles.

Pour le chercheur Sami Nader, le FMI est le seul endroit où devra se rendre le prochain gouvernement. Il n'y a pas d'autre issue à la crise, a-t-il déclaré à l'AFP.

M. Mikati s'est aussi engagé à solliciter l'aide des pays arabes, alors que les relations avec les riches monarchies du Golfe sont tendues sur fond de bras de fer régional entre l'Iran et l'Arabie saoudite.

Il a promis, par ailleurs, la tenue des élections législatives, prévues en mai 2022, dans les délais impartis. Elle sont considérées comme cruciales en vue d'un début de renouvellement de l'élite politique, quasiment inchangée depuis la guerre civile (1975-1990).

Réagissant à la formation du nouveau gouvernement, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a salué une étape très importante pour le Liban, soulignant cependant qu'il y a beaucoup d'autres choses à résoudre, mais c'était la condition de base pour que tout le reste soit possible.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a pour sa part souligné la nécessité de mettre en œuvre les réformes tant attendues.

Dans les rues de Beyrouth, l'annonce d'un nouveau gouvernement n'a visiblement pas réussi à remonter le moral de la population.

Je ne suis pas optimiste, ni à propos du gouvernement ni du pays, affirme Rony, étudiant de 18 ans : Je veux quitter ce pays si j'en ai la possibilité.

Sur les réseaux sociaux, la nomination de George Kordahi, présentateur vedette de la télévision connu pour la version arabe de l'émission Qui veut gagner des millions, au gouvernement de l'homme le plus riche du Liban (Najib Mikati, NDLR), a suscité des moqueries.

Et le fait que le gouvernement ne compte qu'une seule femme a été critiqué, un internaute soulignant que l'équipe comptait une femme de plus que celle récemment dévoilée par les talibans en Afghanistan.

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