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Chronique

S’il vous plaît, ne les faites pas disparaître!

Les pages couvertures des deux bandes dessinées.

Les albums Tintin au Congo et Un cow-boy à Paris

Photo : Casterman et Dargaud

Le sang a fait un quart de tour dans ma tête quand j'ai récemment appris ce qui est arrivé à des albums de Tintin, Lucky Luke et Astérix dans un district scolaire de l’Ontario.

En 2019, le Conseil scolaire catholique Providence a détruit ou brûlé quelque 5000 de ce genre d'œuvres, lors d’une cérémonie de purification.

Ces albums me parlaient, car ils ont peuplé mon adolescence et façonné mon imaginaire, même si je ne partageais pas toujours leurs représentations des sociétés et de l’histoire.

J’aimais en commenter le contenu, en reprendre des expressions et m’en inspirer pour générer des surnoms à distribuer dans mon cercle d’amis. Je croyais qu’il était de bonne guerre de caricaturer les autres et d’exagérer leurs traits.

À titre d’exemple, j’ai lu Tintin au Congo, en sachant qu’il reflétait une vision coloniale des Belges convaincus d’avoir pour mission de civiliser « leurs Congolais ».

Je savais qu’après l’indépendance du pays, arrachée par la génération de mes parents en 1960, cette vision n’avait plus de raison d’être.

Mais la relire dans une œuvre littéraire a toujours été à mes yeux un rappel de l’histoire et un moyen de ne pas perdre de vue l’inacceptable à ne pas répéter ou laisser se répéter.

Pendant les colonisations, les nouveaux maîtres avaient tendance à débarrasser les territoires conquis des créations culturelles locales.

En Afrique, ils ont détruit des sculptures en les assimilant à des sacrilèges. Parfois, sous la barbe ou à l’insu des propriétaires, ils les ont exportées pour les exposer dans leurs musées.

À ces œuvres, ils ont substitué les leurs, d’autres sculptures, leurs livres, leurs albums.

Les luttes pour l’indépendance ont souvent été des revendications des colonisés pour prendre leur destin en main et redevenir créateurs de leurs représentations. 

Elles ont aussi été une quête de relations d’égal à égal avec les anciens colonisateurs et la possibilité d’une réconciliation qui ouvre la voie à de nouvelles amitiés.

Se réconcilier est certes un enjeu louable, mais je crois qu’oublier l’histoire et ses représentations peut rallumer des velléités d’oppression.

C’est pourquoi je plaide pour la préservation des œuvres des mains et de l’esprit qui témoignent de ce qui a prévalu dans les tumultueuses relations coloniales. 

C’est vrai pour l’Afrique. C’est vrai aussi, je le crois, pour le Canada alors que les Autochtones et le reste des Canadiens ont fait le choix de la vérité et de la réconciliation.

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