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Analyse

Élections fédérales : le rêve de François Legault

François Legault en conférence de presse

Le premier ministre du Québec, Francois Legault

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

C’est comme si le premier ministre s’était couché sur le divan, à l’heure des confidences, avec les électeurs québécois dans le rôle du psychologue. Au fond, son souhait pour le scrutin du 20 septembre, c’est celui d’un gouvernement conservateur minoritaire. Et s’il n’a pas prononcé les mots « votez pour Erin O’Toole », François Legault demande essentiellement aux électeurs de ne voter pour personne d’autre.

Lors de la dernière campagne, le premier ministre Legault avait bien envoyé quelques jabs ponctuels à Justin Trudeau, pour critiquer sa plateforme, en fonction de demandes bien précises. Mais à la différence de 2019, le chef caquiste saute maintenant à pieds joints dans la joute fédérale. Déjà, il laissait entendre que le PLC et le NPD sont des partis centralisateurs : il va encore plus loin.

C’est à croire que François Legault a regardé les débats, qu’il a vu un chef conservateur affaibli, et qu’il a résolu de lui donner un coup de main. Ce qui n’est pas sans rappeler le beau risque de René Lévesque, qui avait appuyé Brian Mulroney en 1984.

Évidemment, le personnel politique n’a pas tardé à apporter des nuances après cette séance à cœur ouvert. Mais leur chef ne leur a pas laissé la tâche facile. Les mots ont un sens, et les siens étaient sans équivoque : C’est une bonne approche. L’approche de M. O’Toole pour la nation québécoise ce serait mieux [un gouvernement minoritaire].

La nation avant tout

François Legault répète qu’il fait une lecture purement nationaliste de la campagne fédérale : l’intérêt du Québec est de limiter autant que faire se peut les interventions d’Ottawa dans ses champs de compétence, de garder ses pouvoirs et d’en obtenir de nouveaux.

Les libéraux, le NPD et les verts veulent imposer des normes pancanadiennes pour les soins aux personnes âgées, tout en refusant de donner au Québec plus de pouvoirs en immigration. Ils pourraient aussi appuyer un recours contre la loi 21 et refusent d’augmenter sans condition les transferts en santé.

À l’opposé, François Legault constate qu’avec son contrat pour le Québec, exprimé dès le début de la campagne, contrairement à Andrew Scheer qui avait tergiversé en 2019, Erin O’Toole représenterait un moindre mal.

Que le chef conservateur prive le Québec de 6 milliards de dollars en annulant le programme national des garderies est sans doute regrettable, mais en même temps, François Legault note que seul M. O’Toole s’est engagé à financer le troisième lien Québec-Lévis. On pourrait presque dire que c’est quatre trente sous pour une piastre.

Un homme se tient devant un lutrin. L'éclairage lui fait une auréole.

Le chef conservateur Erin O’Toole

Photo : La Presse canadienne / David Kawai

Le Bloc québécois dans l’antichambre

Bien sûr, il y a le Bloc québécois, dont le premier ministre Legault n’a fait aucune mention en français lors de sa conférence de presse. En anglais, il s’est contenté de rappeler que le parti ne peut pas former le prochain gouvernement.

Dans la mesure où François Legault souhaite un gouvernement minoritaire à Ottawa, ce silence n’est peut-être pas étonnant. Les conservateurs représentent pour lui la meilleure option, et tant mieux si, dans ce contexte, le BQ peut avoir la balance du pouvoir.

Or, pour que ce scénario rêvé voie le jour, il aurait peut-être plus avantage à convaincre ses ouailles de voter conservateur que de voter bloquiste. En février, un sondage Mainstreet notait la division des intentions de vote des électeurs de la CAQ sur la scène fédérale : 31 % des répondants auraient appuyé les libéraux, 24 % le Bloc et 23 % les conservateurs.

Des chiffres qui semblent confirmer que si la frange nationaliste, voire souverainiste de la CAQ, est acquise au Bloc, la frange fédéraliste est plus imprévisible. Le premier ministre Legault pourrait faire le pari qu’en appuyant tacitement le PCC, il pourrait nuire au PLC dans des circonscriptions qui balancent entre Trudeau et O’Toole, sans nuire indûment au Bloc québécois.

Yves-François Blanchet, derrière son lutrin, au débat des chefs

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Plus à gagner qu’à perdre?

En jouant franc jeu, François Legault vient faire la preuve qu’il assume pleinement sa position autonomiste, croit le politologue Éric Montigny. Quitte à en subir des conséquences qui, par ailleurs, pourraient être assez limitées à son avis.

Justin Trudeau n’oubliera jamais ce que vient de faire le premier ministre caquiste. S’il devait être reconduit au pouvoir, il est évident que les relations Québec-Ottawa en souffriraient. Surtout s’il obtient une majorité de sièges. Mais voilà : François Legault a de bonnes raisons de croire que ça n’arrivera pas. Au mieux, le PLC pourrait former un gouvernement minoritaire, dont il n’aurait pas grand-chose à craindre.

D’abord, il aurait devant lui un premier ministre libéral affaibli, sans doute contesté en interne par ses successeurs potentiels. Après tout, lorsqu’il a déclenché les élections, Justin Trudeau espérait obtenir un mandat clair des électeurs. En d’autres mots : une majorité. S’il échoue sur ce plan, il devra en répondre devant ses troupes.

Certes, un PLC, même minoritaire, pourrait nuire à certains projets chers à François Legault, dans lesquels le fédéral pourrait avoir un rôle à jouer. Comme pour le tunnel Québec-Lévis. Mais en aurait-il été autrement, de toute façon, sans la prise de position du chef caquiste?

Justin Trudeau s'exprime au débat des chefs.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Ensuite, comme nous sommes en année préélectorale, un épouvantail à Ottawa pourrait servir la CAQ. Un Justin Trudeau interventionniste, mais sans rapport de force, permettrait à Legault de marquer des points avant les élections d’octobre 2022.

À l’opposé, qu’Erin O’Toole remporte une majorité ou une minorité au parlement, il pourra toujours être reconnaissant à l’égard de son homologue québécois.

Le danger, s’il en est un, se trouve surtout sur la scène provinciale. Déjà, libéraux et solidaires accusent la CAQ d’avoir abandonné les familles en renonçant aux 6 milliards de dollars des garderies pour financer un tunnel. C’est peut-être ça, le beau risque de Legault.

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