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Des chefs combatifs dans un débat en anglais tendu

Yves-François Blanchet, Annamie Paul, Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Erin O'Toole sur le plateau.

Les chefs participent au seul débat en anglais de cette campagne électorale.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le débat des chefs en anglais, le seul de la campagne, a donné lieu jeudi soir à des échanges plus musclés que lors de l’exercice en français, conduit la veille. Des tensions sont entre autres apparues sur des questions délicates, dont le racisme systémique, un enjeu sur lequel le chef bloquiste a particulièrement été piqué au vif.

Le débat s'est amorcé avec un échange tendu entre la modératrice, la présidente de l'Institut Angus Reid, Shachi Kurl, et le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Mme Kurl devait poser une question directe à chaque chef avant qu'ils commencent à échanger entre eux, et elle a abordé le sujet de la loi 21 au moment de s'adresser à M. Blanchet.

Vous niez que le Québec a un problème de racisme, pourtant vous défendez des législations comme les projets de loi 96 [français langue officielle, NDLR] et 21 [laïcité], qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones. Le Québec est reconnu comme une société distincte. Mais pour ceux hors de la province, s’il vous plaît, expliquez-leur pourquoi votre parti soutient aussi ces lois discriminatoires, a demandé Mme Kurl.

La question implique la réponse que vous voulez entendre. Ces lois ne sont pas discriminatoires, elles sont à propos des valeurs du Québec, a répliqué le chef bloquiste.

Le chef du Bloc a rappelé que le 16 juin dernier, la Chambre des communes avait adopté une motion bloquiste visant à reconnaître le droit du gouvernement de François Legault à modifier unilatéralement la loi fondamentale du Canada pour y inscrire que le Québec forme une nation et que sa seule langue officielle et commune est le français, un aspect qui fait partie du projet de loi 96.

Un peu plus tard, lorsque la journaliste Melissa Ridgen, d'APTN News, l'a relancé sur la notion de racisme systémique, M. Blanchet a rappelé qu'il avait déjà reconnu cette réalité. Et qu'est-il arrivé? C'est devenu un outil politique utilisé pour dire que le Québec est xénophobe.

Le chef bloquiste s’est dit ouvert à en discuter lorsque le débat sera moins toxique et agressif. Une déclaration qui n’a pas manqué d’estomaquer Annamie Paul. La chef du Parti vert est allée jusqu’à appeler M. Blanchet à s’éduquer sur la question.

Peut-on avoir un peu de décence dans ce débat?

Une citation de :Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

M. Blanchet a fait remarquer à la modératrice Shachi Kurl qu’on l’insultait sans qu’il ait le droit de répliquer.

Yves-François Blanchet regarde sa montre en souriant.

Yves-François Blanchet s'est plaint plusieurs fois de son temps de parole au cours du débat.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Ce n’était pas une insulte, c’était une invitation à vous éduquer, a simplement répondu Mme Paul sans jeter un regard au chef bloquiste à ses côtés.

Un peu plus tard, dans un commentaire en marge d'une autre question, le chef du Bloc a précisé sa pensée sur le thème de la laïcité. Le Québec veut sortir la religion des affaires de l'État parce que la religion n'a jamais protégé l'égalité entre les hommes et les femmes et ne le fera jamais, a-t-il dit.

Inconduites sexuelles dans l'armée et femmes autochtones

Le premier duel de la soirée s’est déroulé entre Mme Paul et le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, sur le thème des inconduites sexuelles dans l’armée, un sujet qui avait été délaissé pendant le débat en français, la veille.

La question, mettant en parallèle le féminisme de M. Trudeau et les allégations d’inconduites visant plusieurs hauts gradés sous sa gouverne, a donné lieu à un échange musclé entre les deux candidats.

Dès le début, on a mis en place des politiques pour soutenir les survivants [...] Mon leadership est sans équivoque, a lancé Justin Trudeau, en référence à la nécessité de fournir un environnement de travail sécuritaire et respectueux, notamment dans l’armée.

Une explication qui n’a toutefois pas convaincu Annamie Paul, qui est plutôt passée à l’attaque.

Je l’ai dit avant et je vais le redire ce soir : je ne crois pas que M. Trudeau est un vrai féministe. Un féministe ne pousse pas continuellement les femmes fortes hors de son parti.

Une citation de :Annamie Paul, chef du Parti vert

La chef des verts en a profité pour saluer le travail des ex-libérales Jane Philpott, Jody Wilson-Raybould et Celina Caesar-Chavannes.

Le Parti libéral n'a jamais eu une femme à sa tête, un « problème » sur lequel le PLC devrait, selon elle, se pencher.

Je n'accepterai pas de recevoir des leçons de votre part en matière de gestion d'un caucus, a répliqué M. Trudeau, faisant une allusion à peine voilée à la fronde menée par certains membres du Parti vert contre Mme Paul.

Annamie Paul parle en levant le doigt, Justin Trudeau parle en levant la main.

Annamie Paul et Justin Trudeau ont eu un échange musclé.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Un peu plus tard, Annamie Paul est d’ailleurs revenue à la charge, lors d’un échange entre Justin Trudeau et le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, concernant la nécessité de mettre fin à la violence endémique contre les filles et les femmes autochtones au pays.

La chef des verts a en fait rappelé ses deux collègues masculins à l’ordre parce qu’ils s’éloignaient du sujet en s’attaquant plutôt sur les procédures judiciaires concernant les survivants des pensionnats.

Je l’ai dit hier pendant le débat français, c’est exactement pourquoi nous avons besoin de plus de diversité en politique. Nous avons besoin que les gens qui sont les plus touchés par ces enjeux soient capables de parler pour eux-mêmes parce que nous dévions. Nous avons consacré seulement deux minutes à savoir comment nous allions rendre justice aux femmes autochtones.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

Chine et diplomatie

Le cas de Michael Spavor et de Michael Kovrig, deux Canadiens emprisonnés depuis 2018 en Chine dans la foulée de l’arrestation de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, à Vancouver, a aussi refait surface.

Questionnés sur la façon dont ils auraient navigué dans cet épineux dossier pour assurer le retour des deux ressortissants canadiens au pays, les chefs ont tous fait vœu de travailler étroitement avec leurs alliés pour maintenir la pression sur Pékin, reprochant du même coup à M. Trudeau d’avoir failli sur ce front.

Vous avez laissé tomber les Michaels.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur

Ce qu’a nié avec force M. Trudeau, évoquant une collaboration sophistiquée avec les partenaires internationaux pour contraindre Pékin à respecter l’État de droit.

La chef du Parti vert l’a toutefois rappelé à l’ordre. Quand on fait une promesse, il faut tenir parole, c’est comme ça que l’on reçoit de l’aide quand on en a besoin, a déclaré Mme Paul.

Or, M. Trudeau a fait faux bond à ses partenaires internationaux à maintes reprises, notamment en laissant tomber ceux qui comptaient sur lui pour fixer des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre (GES) et en évitant de se prononcer sur le génocide des Ouïgours, a-t-elle poursuivi.

Même son de cloche du côté d’Erin O’Toole, qui a rappelé que M. Trudeau et ses ministres s’étaient abstenus de voter lorsque la Chambre des communes avait adopté une motion conservatrice qui condamnait les violations des droits de la personne au Xinjiang, en février dernier.

Dans la même veine, le chef bloquiste a souligné que MM. Spavor et Kovrig n’étaient pas les seuls grands oubliés du gouvernement Trudeau : Raif Badawi est détenu depuis 2012 en Arabie saoudite parce que le Canada veut vendre des armes et du matériel militaire à Riyad, a-t-il dit en forme d'accusation.

Climat et économie

Sur l'enjeu climatique, Erin O’Toole a fait une sorte de mea culpa et a admis que le Parti conservateur n’avait pas la confiance des Canadiens en matière de lutte contre les changements climatiques. Il a brandi une fois de plus sa phrase magique : Nous avons un plan.

Les détails de ce plan? Atteindre les cibles fixées par l’Accord de Paris, mais en réduisant les répercussions sur les emplois au pays, tout en investissant dans la filière des véhicules électriques. Sans une économie forte, on ne peut pas s’attaquer aux changements climatiques, a-t-il dit.

La réalité que M. O’Toole ne semble pas comprendre, c’est qu’on ne pourra jamais avoir une économie forte, à moins que l’on s’attaque aux changements climatiques.

Une citation de :Justin Trudeau, chef du Parti libéral
Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Erin O'Toole sur le plateau du débat

Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Erin O'Toole

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Blanc bonnet, bonnet blanc? Jagmeet Singh a semblé s’amuser des apparentes similarités entre ses deux adversaires dans l’échange subséquent. Un débat à trois entre lui, Annamie Paul et Yves-François Blanchet, toujours sur le climat.

Nous venons d’entendre M. Trudeau et M. O’Toole argumenter afin de déterminer qui est le pire des deux [en matière d’environnement]. Honnêtement, c’est une question à laquelle il est difficile de répondre.

Une citation de :Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Justin Trudeau a toutefois répondu par l'offensive, tentant d’opposer son plan pour lutter contre les changements climatiques à celui des néo-démocrates. Comment se fait-il que les experts qui ont donné un A à notre plan aient plutôt accordé un F au vôtre? a-t-il demandé. Ce à quoi M. Singh a souligné qu’en six ans au pouvoir, Justin Trudeau avait le pire bilan du G7 en matière de réduction des GES.

Aînés et CHSLD

Un segment du débat sur les résidences pour aînés, où des milliers de Canadiens sont morts depuis le début de la pandémie, aura été l’occasion pour Yves-François Blanchet de rappeler l’importance de respecter les champs de compétences des provinces, un thème qui lui est cher.

Je n’ai pas encore entendu une de ces brillantes personnes, ici, m’expliquer qu’est-ce que le Canada peut faire que le Québec ne peut pas faire, a-t-il lancé.

Le rapport produit par l’Armée canadienne après son intervention dans les CHSLD de la province, a rappelé M. Blanchet, faisait état d’un manque de personnel et d’équipement. On n’y a pas dit que le Québec n’était pas assez bon pour s’occuper de ses aînés, mais qu’il manquait de ressources, a-t-il insisté, s'adressant directement à Justin Trudeau.

La veille, les chefs avaient eu l’occasion de débattre de la question des transferts en santé, le Bloc québécois plaidant pour que le fédéral accède rapidement aux demandes des provinces en la matière, sans condition.

Nombre de questions ont aussi été posées concernant l’accessibilité au logement, l’inflation, la gestion de la pandémie et des programmes d’aide, la nécessité d’équilibrer le budget, la réduction de la dette et le financement d'un système de garderies, entre autres, mais les chefs ont surtout campé sur les positions et les lignes d’attaque souvent entendues pendant la campagne.

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