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Des champignons pour décontaminer les chemins de fer?

Une rail de chemin de fer.

Sur les 1300 kilomètres de voies ferrées de la Côte-Nord, 53 000 traverses doivent être remplacées chaque année (archives).

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Des chercheurs du centre de recherche Biopterre, au Bas-Saint-Laurent, s’intéressent à la décontamination des traverses de chemins de fer de la Côte-Nord à l’aide d’une biotechnologie verte : la mycoremédiation. Autrement dit, ils comptent employer des champignons pour nettoyer les poutres de bois qui relient les rails.

Ces planches de bois regorgent de créosote, un dérivé du pétrole qui s’avère extrêmement nocif pour l’environnement ainsi que pour la santé humaine. Ce produit sert à préserver le bois des intempéries du climat québécois.

Qu’est-ce que la créosote?

Le ministère de l’environnement du Canada décrit la créosote comme le plus ancien et l’un des produits industriels les plus efficaces de préservation pour protéger le bois. La créosote, souvent mélangée avec de l’huile lourde de pétrole, est principalement employée pour le traitement des traverses de chemin de fer, des poteaux électriques, des pilotis et du bois d’œuvre pour des constructions maritimes, ainsi que pour la construction d’autoroutes. La composante primaire de la créosote est formée par les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ces hydrocarbures sont nocifs pour l’environnement. Dans l’eau douce ou salée, les HAP peuvent être toxiques, voire mortels, pour les poissons et les invertébrés. Son utilisation est interdite au Canada depuis 2011.

À l’heure actuelle, les traverses de chemin de fer du Québec sont envoyées en Estrie pour incinération ou pour être enfouies dans le sol. Par exemple, sur les 1300 kilomètres de voies ferrées à travers le territoire de la Côte-Nord, 53 000 traverses doivent être remplacées chaque année, soit l’équivalent de plus de 5000 tonnes de biomasses contaminées par an.

Du bois sur un chemin de fer.

Les planches de bois des traverses de chemin de fer regorgent de créosote (archives).

Photo : Radio-Canada

Grâce à une initiative de Synergie 138, le centre de recherche Biopterre espère instaurer une nouvelle façon de faire au Québec grâce à la mycoremédiation pour arriver à un meilleur bilan environnemental que l’incinération ou l’enfouissement. La biotechnologie est déjà employée ailleurs, mais cette fois, les chercheurs s’affairent à développer des souches de champignons indigènes tels que le pleurote.

Un bouquet de pleurotes.

Le pleurote pousse au Québec (archives).

Photo : Radio-Canada

Qu’est-ce que la mycoremédiation ?

La mycoremédiation est l’utilisation de champignons pour épurer ou décontaminer un milieu de ses éléments toxiques ou polluants. Le mot a une origine grecque et latine : myco, champignons. Et remédium : retour au milieu ou au rétablissement de l’équilibre. Il existe une utilisation de la mycoremédiation qui date de quelques millénaires : le compostage. Toutefois, les champignons ne sont pas les seuls à agir dans le processus de compostage. On compte des vers, des bactéries et d’autres insectes qui participent à l’amélioration du compost.

La mycoremédiation est une technique prometteuse pour la décontamination des traverses de chemin de fer, selon Biopterre. Les champignons ont développé une panoplie d’outils. Ils sont capables d’absorber les contaminants, de les transporter, de faire une absorption et une immobilisation. Via différents mécanismes, ils peuvent prendre des métaux dans le sol et les coller à l’extérieur de leur mycélium dans le sol, donc immobiliser le contaminant. Il ne peut plus se promener dans le sol, dans l’eau, explique la chercheuse au centre de recherche Biopterre au Bas-Saint-Laurent, Kawina Robichaud.

Un rapport final sera rédigé au printemps afin de dévoiler les résultats de l’étude.

Quelques partenaires financiers ont déjà fait des contributions au projet de recherche, notamment la compagnie ferroviaire Tshiuetin et la société de développement économique de Uashat mak Mani-utenam.

Dans le cadre du programme Fonds d'Initiatives nordiques, la Société du Plan Nord investit 90 000$. Pour sa part, le Conseil de recherches en science naturelle et en génie du Canada injecte 25 000$.

D'après un reportage de Lambert Gagné Coulombe

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