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Analyse

Élections : et l’urgence climatique?

De la fumée au-dessus des vallées de l'intérieur de la province.

Un immense nuage causé par la fumée des feux de forêt, cet été, en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

C’est le climat qui doit être l’enjeu le plus important de la présente campagne, si on se fie aux attentes des répondants à notre Boussole électorale (Nouvelle fenêtre). C’est notre capacité à limiter le réchauffement de la planète qui va nous permettre de mieux vivre, de respirer, d’atténuer les effets des tempêtes et des inondations ou de réduire l’ampleur des migrations climatiques et des inégalités. C’est un enjeu économique. Les partis l’ont-ils bien compris?

Depuis 18 mois, on a évoqué la possibilité que les changements climatiques soient à l’origine de la pandémie de COVID-19. La transmission du coronavirus de l’animal à l’homme pourrait avoir engendré la pandémie que nous vivons depuis. C’est une hypothèse, ce n’est pas prouvé.

Mais, ce qui est certain, c’est que la déforestation, l’empiètement des industries et des humains sur les milieux naturels et le réchauffement de la planète ont des conséquences réelles sur les écosystèmes et les déplacements de population animale. Ces phénomènes peuvent contribuer aux épidémies.

Et nous savons aujourd’hui combien une pandémie peut être douloureuse et pénible, pour la santé, pour l’économie, pour notre qualité de vie.

On ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur le niveau d’ambition des propositions des partis fédéraux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. On ne peut pas, si l’économie nous intéresse, faire semblant de ne pas voir la question climatique devant nous, après un été aussi torride, l’un des plus chauds de notre histoire, avec des pointes mortelles à 50 °C dans l’ouest du pays et une enfilade de canicules à Montréal.

Des écarts entre les partis

Le Parti vert est celui qui affiche la cible la plus ambitieuse : réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport au niveau de 2005. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) est à 50 % et le Parti libéral (PLC), à 40-45 %, ce à quoi adhère le Bloc québécois. Le Parti conservateur (PCC) propose de revenir à la cible de l’Accord de Paris, soit une réduction de 30 % en 2030 par rapport à 2005.

Le Parti vert veut donc effacer 443 mégatonnes (Mt) de CO2 et faire passer notre bilan de 739 Mt à 295 Mt en 2030. Les conservateurs visent une réduction de 222 Mt pour atteindre un niveau de 517 Mt en 2030.

Déjà sur la cible, il y a des différences.

Maintenant, comment on y arrive? Quels sont les moyens à utiliser pour réussir à atténuer nos émissions de gaz à effet de serre et ainsi participer à l’effort mondial pour limiter le réchauffement de la planète?

L’outil premier, c’est le prix du carbone. Plus l’émission de gaz à effet de serre coûtera cher, plus les industries souhaiteront modifier leurs pratiques, plus les citoyens seront amenés à modifier leur comportement, à prendre l’autobus, à marcher, à s’acheter un véhicule électrique, à transformer leur système de chauffage.

Un portrait des six chefs avec le texte Fédérales 2021 Comparez les plateformes électorales des partis.

Le déficit de crédibilité du PCC

Or, ici, force est de constater que le Parti conservateur prête le flanc à toutes les critiques.

En plafonnant la taxe sur le carbone à 50 $ la tonne pour les individus, le PCC va annuler l’effet désiré d’une telle taxe en atténuant presque entièrement l’incitatif financier à modifier un comportement.

Plus préoccupant encore, le Parti conservateur propose la création d’un nouvel outil d’épargne qui viendra encourager la consommation de l’essence et non le contraire. Ainsi, les sommes payées en taxe sur le carbone à la station-service seraient placées dans un compte d’épargne personnel pour la réduction du carbone. Les citoyens pourraient utiliser cet argent pour acheter des biens et des services plus écologiques : un billet d’autobus, une bicyclette ou des équipements domestiques écoénergétiques, même un véhicule électrique.

Il faut reconnaître un changement de ton au Parti conservateur, qui accepte aujourd’hui le principe d’une taxe sur le carbone. Mais, le problème avec cette proposition, et mon collègue Paul Journet l’a bien illustré au débat de mercredi soir, c’est qu’une famille avec deux véhicules utilitaires sport (VUS) sera avantagée par ce compte d’épargne qui récompenserait, dans les faits, la consommation d’essence. Plus tu consommes, plus ton compte d’épargne est garni!

Est-ce qu’on atteint ici le véritablement objectif de la taxe carbone? Les mesures climatiques doivent le plus rapidement possible provoquer des changements de comportement et non valoriser des habitudes indésirables.

Le PLC propose de faire passer la taxe carbone à 170 $ la tonne en 2030. Il propose aussi dans sa plateforme de mettre fin aux subventions aux industries fossiles en 2023, revendication du Bloc québécois aussi, qui propose en plus d’obliger les banques à délaisser le financement de projets d’énergie fossile au profit de projets économiques durables.

Un gouvernement du NPD maintiendrait également la taxe carbone en éliminant, en plus, les exemptions pour les grands pollueurs. Et il créerait un Bureau de la responsabilité climatique qui viendrait surveiller les projets du gouvernement.

Le Parti vert propose, pour sa part, une taxe sur le carbone qui atteindrait 265 $ en 2030, la cible la plus élevée de tous les partis.

Véhicules électriques et pipelines

C’est seulement 30 % de nouveaux véhicules vendus en 2030 qui seraient électriques sous un gouvernement conservateur. Ce serait 50 % avec les libéraux et 100 % avec le Parti vert. Le NPD vise le 100 % en 2035.

Le PLC et le NPD proposent d’imposer un plafond d’émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du pétrole sur cinq ans. Les verts veulent arrêter l’exploitation des sables bitumineux en 2035. Le Bloc québécois entend s’opposer à tout projet d’exportation de pétrole issu des sables bitumineux. Les conservateurs veulent relancer, pour leur part, le projet de pipeline Northern Gateway.

À ce propos, ce sont les libéraux qui prêtent le flanc à la critique après la nationalisation du projet Trans Mountain, que le secteur privé ne voulait plus développer. Ce projet, essentiel à l’expansion du secteur du pétrole, ne peut pas être considéré comme cohérent dans une plateforme visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

S’il est vrai que nous avons encore besoin de pétrole et qu’on ne va pas fermer le robinet d’un coup sec, la transition énergétique ne peut pas passer par une expansion de la production et de l’exportation. Le gouvernement doit s’engager à soutenir les énergies renouvelables et à mettre en place un programme d’aide structuré à long terme pour les travailleurs des énergies fossiles, qui pourraient subir les conséquences des transformations à venir.

Le captage du carbone est-il une solution? Il est difficile de répondre à cette question.

Les conservateurs veulent investir 500 millions de dollars par année, soit 2,5 milliards de dollars sur cinq ans, pour soutenir le développement de cette technologie.

Selon l’Association de l’énergie du Québec, le captage du carbone est promis à un formidable avenir. Je suis convaincu que c’est la façon la plus rapide et la plus efficace de baisser drastiquement nos émissions, a déclaré le président de l’organisme, Éric Tétrault, le 30 août à Zone économie. Actuellement, seulement 0,1 % des émissions de CO2 dans l’industrie fossile sont captées dans le monde. Tout est à faire.

En attendant, je ne sais pas si vous percevez la même chose que moi dans le cadre de cette campagne électorale, mais je ne ressens pas l’urgence climatique dans le propos des chefs des principaux partis. Le réchauffement climatique semble se produire plus rapidement que prévu et l’ambition politique n’est pas à la hauteur.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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