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Témoignage poignant d’une infirmière sur la souffrance au CHSLD Herron

Deux personnes en habits de protection, avec des visières, accompagnent un patient sur une civière.

Des ambulanciers transportent un patient hors du CHSLD Herron, le 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La Presse canadienne

Parfois au bord des larmes, une infirmière de 30 ans d'expérience a raconté à la coroner Géhane Kamel, jeudi, le cas de deux résidents du CHSLD Herron qui l'ont particulièrement touchée lorsqu'elle y a été dépêchée d'urgence, au printemps 2020.

Un homme âgé, un ancien marathonien, était en fin de vie, couvert de plaies et de croûtes. Il avait une bonbonne d'oxygène, mais elle était vide. Il avait des gales jusque dans les yeux, a relaté Stéphanie Larose, chef du service ambulatoire au CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal et infirmière expérimentée.

Les pansements sur ses jambes étaient jaunis et si anciens que la peau avait repoussé par-dessus les pansements.

Une dame, en fauteuil roulant, lui avait demandé de l'aide pour se rendre à la toilette. Elle pensait que Mme Larose la laisserait là ensuite, parce que ça arrive souvent qu'ils me laissent sur la toilette et j'ai mal. Elle lui a raconté que quand ça arrive, elle va jusqu'à se jeter par terre, parce que le plancher lui fait moins mal que le siège de toilette.

Ensuite, la même dame lui a réclamé deux culottes d'incontinence pour la nuit, affirmant que sans cela, ça allait déborder et qu'ils ne la changeraient pas avant le lendemain matin. La dame hémiplégique a aussi réclamé que Mme Larose lui place une corbeille à papier dans son lit pour qu'elle puisse régurgiter parce qu'autrement, cela allait couler dans son lit.

Mme Larose avait été dépêchée par le CIUSSS pour aller évaluer la qualité des soins à Herron, le 3 avril 2020, puis mettre en place une cellule de crise. Mais elle a elle-même dû donner des soins de base également, comme plusieurs de ses collègues du CIUSSS.

Éthiquement, c'était tellement difficile de voir la souffrance des gens, a-t-elle justifié.

Lorsque du personnel supplémentaire est arrivé et qu'elle a pu se consacrer aux tâches auxquelles le CIUSSS l'avait affectée, elle a constaté un manque d'équipement de protection, de savon, mais aussi d'appareils médicaux de base.

Les tensiomètres étaient destinés à un usage domestique, et non médical, et il n'y avait pas de piles. Il n'y avait pas de saturomètre non plus. Quand elle demandait aux employés de Herron où étaient placées les piles, par exemple, elle se faisait dire c'est comme ça et personne ne semblait surpris, a-t-elle relaté.

Elle a aussi constaté que les résidents étaient assoiffés, avaient la langue épaisse et la bouche sèche. Quand elle leur donnait de l'eau, c'était comme s'ils sortaient du désert.

Espérer un résident vivant

Avant Mme Larose, un autre témoin, Brigitte Auger, qui est arrivée au CHSLD Herron le soir du 29 mars 2020, a raconté avoir fait le tour des chambres pour vérifier l'état des résidents. Certains étaient couchés dans leur lit, la lumière éteinte, une couverture par-dessus la tête.

Dans ma tête, c'est ma mère, c'est ma tante, ce sont des gens qui ont besoin d'aide. À chaque fois que j'ouvre la lumière – je vais vous dire il y a des chambres où la lumière était fermée, il y a des gens qui sont couchés, alités, une couverte au-dessus de la tête. Je ne suis pas chrétienne pratiquante, mais dans ma tête, je fais mon signe de croix pour m'assurer... Je veux trouver chaque chambre avec une personne vivante, a relaté Mme Auger.

La coroner enquête sur les décès d'aînés et de personnes vulnérables survenus pendant la première vague de la COVID-19, au printemps 2020. Ces jours-ci, elle s'attarde au cas de la résidence Herron, à Dorval, où 47 personnes sont décédées.

Mme Auger était venue prêter main-forte au CHSLD, comme d'autres de ses collègues cadres du CIUSSS, bien qu'elle n'avait pas de formation d'infirmière. Elle a insisté sur le fait qu'elle était là en soutien à la direction du CHSLD privé non conventionné, et non par mise en tutelle à ce moment-là.

La date est importante, parce que la coroner cherche à savoir qui était responsable de trouver du personnel pour ce CHSLD : les propriétaires de Herron ou le CIUSSS? Le CIUSSS venait-il seulement agir en soutien à Herron qui l'avait contacté pour demander de l'aide, le 29 mars, ou bien le CIUSSS était-il alors devenu le véritable gestionnaire de Herron, comme s'il avait été mis en tutelle?

Mme Auger a eu plusieurs échanges avec la propriétaire de Herron, Samantha Chowieri, et ne l'a pas trouvée de mauvaise foi. Elle l'a dépeinte comme une jeune gestionnaire qui n'avait pas beaucoup d'expérience et qui ne connaissait même pas les lieux. Mais la gestionnaire cherchait aussi à trouver du personnel, a estimé Mme Auger.

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