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La Russie soupçonnée d’ingérence dans les législatives allemandes

Un homme sans visage regarde un écran d'ordinateur.

Les cyberattaques et tentatives d'espionnage attribuées à la Russie se sont multipliées, ces dernières années, en Allemagne.

Photo : iStock

Agence France-Presse

À un peu plus de deux semaines des élections législatives, le spectre de l'espionnage russe refait surface en Allemagne : la justice a ouvert une enquête pour cyberespionnage de députés, à l'origine duquel Berlin soupçonne la main du Kremlin.

Je peux confirmer que nous avons ouvert une enquête sur un soupçon d'activité de services de renseignements étrangers, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la justice.

Il était interrogé sur des accusations portées en début de semaine par le gouvernement allemand contre les services secrets russes concernant des attaques d'hameçonnage visant des parlementaires allemands.

Berlin avait alors sévèrement critiqué des tentatives russes d'influencer les élections législatives du 26 septembre, à l'issue desquelles la chancelière allemande Angela Merkel se retirera du pouvoir après 16 ans de règne.

Les autorités allemandes ont pointé du doigt le groupe Ghostwriter, spécialiste présumé de la diffusion de fausses informations dans de nombreux pays et dirigé par les services de renseignement russes GRU.

Les attaques auraient visé particulièrement les conservateurs de la chancelière et son allié au gouvernement, le Parti social-démocrate (SPD).

Les deux partis se livrent une course très serrée, le SPD ayant une avance de quelques points de pourcentage sur le parti conservateur de la chancelière.

Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Andrea Sasse, avait appelé lundi à l'arrêt immédiat des cyberattaques.

Selon elle, elles pourraient servir de préparation à une opération visant à influencer par exemple une campagne de désinformation pour les élections législatives.

L'Union européenne et les États-Unis ont régulièrement accusé la Russie de tentative d'immixtion dans des élections démocratiques nationales, ce que le Kremlin a toujours réfuté.

Selon Der Spiegel, qui a révélé l'affaire dès mars, les pirates informatiques de Ghostwriter ont tenté depuis des mois d'accéder aux comptes courriel privés de députés nationaux et régionaux, et dans certains cas avec succès.

Ils auraient imité l'adresse courriel de personnes en qui les élus avaient confiance pour mieux les piéger, avec l'objectif d'obtenir un accès illimité aux courriels des élus et d'espionner les principaux décisionnaires du pays.

Un phénomène qui n'est pas nouveau

En Allemagne, les affaires d'espionnage dans lesquelles la responsabilité du Kremlin est montrée du doigt sont légion depuis plusieurs années.

La Russie avait été accusée d'un piratage informatique à grande échelle qui a visé en 2015 les ordinateurs du Bundestag et les services d'Angela Merkel.

Tout récemment, un employé de l'ambassade du Royaume-Uni à Berlin a été arrêté en juillet sur des soupçons d'espionnage. À la fin de juin, c'est un scientifique russe travaillant dans une université allemande qui a été appréhendé pour les mêmes raisons.

Mais c'est surtout la tentative d'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny en août 2020, dont Moscou est rendu responsable par les Occidentaux, qui a le plus contribué à envenimer les relations germano-russes.

Dans le coma, M. Navalny avait été transféré en urgence dans un hôpital berlinois et les médecins allemands avaient diagnostiqué un empoisonnement par une substance de type Novitchok.

Depuis février, la justice allemande accuse par ailleurs un Allemand d'avoir transmis des données sur la Chambre des députés à la Russie. Le suspect travaillait pour une entreprise mandatée à plusieurs reprises par le Bundestag pour y effectuer des contrôles de ses ordinateurs portables.

Ces affaires sont survenues en dépit de la politique de dialogue et de coopération avec Moscou qu'Angela Merkel a menée envers et contre tout durant ses années à la chancellerie, quitte à envenimer les relations entre l'Allemagne et les États-Unis.

Ainsi Moscou et Berlin ont défendu contre vents et marées leur projet controversé de gazoduc, Nord Stream 2, qui va relier les deux pays, en dépit des critiques des États-Unis.

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