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Analyse

L’été cauchemardesque de Joe Biden

Le président américain, Joe Biden, se trouve devant des drapeaux des États-Unis.

Le président américain Joe Biden.

Photo : Reuters

Alors que les Américains se souviennent des attentats du 11 Septembre 20 ans plus tard, Joe Biden espère que les prochains mois seront plus cléments pour sa présidence perturbée par des obstacles qui n’ont fait que s’accumuler sur sa route. Certains étaient prévisibles, vu la grande polarisation politique aux États-Unis, alors que d’autres se sont avérés de désagréables surprises.

Lorsqu’il a pris le pouvoir à 78 ans en janvier dernier, certains observateurs voyaient ce nouveau président comme l’élu transformationnel de la Maison-Blanche.

Porté par un espoir de renouveau progressiste après quatre années, disons, assez chaotiques sur bien des fronts, Joe Biden savait qu’il allait passer plusieurs mois juste à revenir en arrière et remettre en place tout ce que Donald Trump avait pris un malin plaisir à défaire de l’ère Obama. De bonne guerre, puisqu'un changement de régime amène toujours son lot de revirements, de recul et parfois même de radicalisation de certaines politiques, que ce soit à droite ou à gauche.

Tout avait plutôt bien commencé. Une fois rentré à la Maison-Blanche, il a mis les bouchées doubles, pour ne pas dire triples, sur la vaccination, et la pandémie montrait enfin des signes de fatigue. Son plan de relance de l’économie américaine était sur les rails et son taux d’approbation au sein de la population était des plus satisfaisants. 

Le président Joe Biden.

Le président Joe Biden connaît des difficultés depuis son entrée à la Maison-Blanche.

Photo : Reuters / EVELYN HOCKSTEIN

Un ciel assombri

Mais bien vite, les premiers nuages ont commencé à peupler le ciel bleu du démocrate au programme ambitieux. Sa bataille pour faire accepter son mégaplan de dépenses et de reconstruction du pays a commencé à connaître ses premiers freins, au sein même de son parti. Pas assez audacieux pour les uns, trop ambitieux pour les autres, les projets de grandeur de Biden connaissent sans cesse des ratés, au grand plaisir des républicains.

Puis la COVID et ses variants sont venus jeter un grand seau d’eau froide sur les espoirs de victoire à court terme sur la pandémie. Les limites du pouvoir présidentiel pour faire avancer la vaccination et ainsi espérer tourner la page rapidement ont tôt fait de replonger le président dans sa dure réalité pandémique.

La situation s’est peut-être améliorée dans les États bleus du nord, mais s’est grandement détériorée dans les États rouges du sud, là où les républicains font tout pour empêcher les mesures sanitaires et où le courant antivaccin est le plus fort.

Des soldats talibans observent un avion  américain quitter Kaboul.

Le départ précipité et chaotique des forces américaines a fait mal à l'image des États-Unis.

Photo : (Marcus Yam/Los Angeles Times/Getty Images)

La honte du bourbier afghan

Enfin, le départ des Américains de l’Afghanistan, pourtant prévu le 31 août, a vite viré au fiasco logistique. Prise au dépourvu face au retour accéléré des talibans et à la désertion des forces afghanes qui ont bien vite rendu les armes, l’administration Biden s’est pris une sérieuse claque non seulement aux yeux de la communauté internationale, mais aussi aux yeux des Américains, qui ont assisté, médusés, à ces terribles scènes d’évacuation précipitées.

Aujourd’hui, alors que le pays commémore les 20 ans du 11 septembre 2001, le pessimisme ambiant semble régner. Alors que des Américains voient les actions de Joe Biden en Afghanistan comme catastrophiques pour l’image du pays, le plus vieux président en service à la Maison-Blanche faisait pourtant partie de ceux qui n’ont jamais été partisans d’une implication dans le bourbier afghan. Mais il est président et il doit assumer les responsabilités du pays, passées et présentes.

Les Américains ont beau appuyer massivement le retrait des troupes, cette fuite en avant laisse un goût amer dans la bouche des électeurs, qui détestent par-dessus tout projeter une image d'un pays faiblard, parti en perdant.

C’est ainsi qu’aux yeux de sa nation, il semble avoir perdu du terrain sur un peu tous les fronts, celui de la lutte contre la pandémie, celui de son programme ambitieux et transformationnel et celui du leadership américain sur le plan international.

Avec un taux de satisfaction à son égard qui continue de descendre (pas aussi négatif, cela dit, que lors de la présidence Trump), il fait face à une crise de confiance d’une ampleur qu’il n’avait peut-être pas vue venir.

Une accalmie et quelques bonnes nouvelles notamment sur le plan de l’emploi et de l’économie seraient les bienvenues pour l’homme du 1600 Pennsylvania Avenue car, pendant ce temps, les républicains se préparent aux élections de mi-mandat de novembre 2022 et affûtent leurs couteaux idéologiques en prévision.

Kevin McCarthy parle en levant l'index.

Kevin McCarthy, leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, en croisade pour regagner le contrôle du Congrès

Photo : Associated Press / Susan Walsh

Les républicains, seigneurs de la guerre politique

Restrictions du droit de vote un peu partout pour décourager la mobilisation des démocrates, menaces réelles sans précédent contre le droit à l’avortement, blocages de dépenses au Congrès, les républicains ne font pas de quartiers.

Prêtes à tout pour reprendre le pouvoir à la Chambre des représentants et mettre des bâtons dans les roues du démocrate qu’elles ne cessent de dépeindre comme un homme faible et dépassé par les événements, les troupes conservatrices, elles, regardent du coin de l'œil le prochain coup de Donald Trump sur la scène républicaine. 

Comme les élections de mi-mandat sont souvent défavorables au parti qui occupe la Maison-Blanche, les républicains salivent déjà à l’idée de reprendre le contrôle du Congrès et de rendre quasi mort-né tout programme progressiste mis de l’avant par le président démocrate. Ce qui ferait de Joe Biden un président pieds et poings liés jusqu’en 2024.

Bref, Joe Biden risque de trouver le temps long s’il ne parvient pas à trouver déjà un second souffle pour espérer (peut-être) maintenir sa faible majorité au Congrès.

Le temps presse dans un pays en perpétuelle campagne électorale où la partisanerie toxique (émanant la plupart du temps du camp républicain) continue de pourrir l’ambiance politique et d'alimenter la polarisation.

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