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Attentats du 11 Septembre : ces Terre-Neuviens qui ont répondu à l’appel

À l'occasion du 20e anniversaire des attentats du 11 Septembre, trois Terre-Neuviens qui ont répondu à l’appel racontent les premières 24 heures après les attentats.

Sean Penney et Diane Davis.

Sean Penney et Diane Davis étaient bénévoles la semaine des attentats du 11 septembre 2001, à Terre-Neuve. Au total, les Terre-Neuviens ont accueilli près de 17 000 passagers aériens.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le 11 septembre 2001, des dizaines de vols sont cloués au sol à Terre-Neuve. Des milliers de passagers sont soudainement bloqués, ce qui augmente dramatiquement la population de plusieurs villes. Les écoles se transforment en dortoirs, les enseignants, en traducteurs.

Sean Penney : l'enseignant devenu traducteur

Le téléavertisseur de Sean Penney sonnait. L’enseignant de l’école Holy Heart of Mary, à Saint-Jean, attendait un message de sa femme, enceinte de neuf mois. Quand il l’a finalement rejointe au bout du fil, c’était pour apprendre une nouvelle tout à fait inattendue.

Je savais que c’était elle, évidemment; alors, à la fin du cours, je lui ai téléphoné et elle m’a dit : "Il y a une crise à New York, un avion qui s’est écrasé", se rappelle-t-il. Pendant la conversation, elle m'a expliqué : "Ah non, il y a un deuxième, il y a des centaines de personnes mortes". Comme ça, j’ai compris la gravité de la situation.

Les prochaines heures se sont écoulées très rapidement. Sean Penney a informé ses élèves des attentats. Le district scolaire a fermé l’école. Le gymnase s’est rempli de lits de camp, tout comme le palais des congrès et le stade du club-école des Maple Leafs de Toronto. Des centaines de passagers sont sortis des autobus scolaires, bagages à la main, alors que les enseignants projetaient le signal de CNN à l’écran du théâtre.

Sean Penney se tient devant l'école Holy Heart of Mary.

Sean Penney enseignait à l'école Holy Heart of Mary, à Saint-Jean, quand deux avions se sont écrasés sur le World Trade Center, à New York, le 11 septembre 2001.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Sean Penney se rappelle des voyageurs horrifiés, surtout les Américains, qui fixaient les images des décombres du World Trade Center. L’incompréhension régnait et le professeur d’immersion s’est rapidement vu transformé en traducteur.

Il y avait certains voyageurs de la Suisse, une dame d’un certain âge, je ne m’en souviens plus, elle ne comprenait pas ce qui se passait, puis elle voulait avoir plus de détails. Personne d’autre ne parlait français, donc j'ai fait la traduction pour elle.


Diane Davis : Ils savaient qu’à Gander ils étaient bien

À 300 km à l’ouest, Diane Davis se dirigeait vers l’aéroport de Gander, dans sa voiture, pour observer les 38 avions stationnés sur la piste d’atterrissage. Le matin, moins de 10 000 personnes avaient pris le petit déjeuner dans sa ville. Environ 16 000 allaient s'y attabler pour souper.

De la rue, on avait l’impression qu’il y avait des avions glissés l’un par-dessous l’autre. Les portes étaient ouvertes. Les passagers étaient toujours à bord. Les voitures de la GRC circulaient sur la piste d’atterrissage. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que c’était quelque chose de très grand, raconte l’enseignante, maintenant à la retraite.

Portrait de Diane Davis.

Diane Davis a accueilli 770 passagers à son école, Gander Academy, après que 38 avions eurent atterri à l'aéroport de la ville.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Une armée de bénévoles allait être nécessaire pour nourrir, héberger et réconforter les passagers. Après la fermeture de son école, Gander Academy, l’enseignante s’est créé un poste de contrôle pour gérer les demandes des 770 nouveaux arrivants.

C’était un peu comme travailler au McDonald’s. Quelqu’un arrive, tu leur demandes ce qu’il veut, tu fais de ton mieux, tu leur demandes : "Veux-tu des frites avec ça?", dit-elle, en riant.

La majorité n’avait aucune idée de ce qui s’était passé ni d'où ils étaient dans le monde. Mais ils savaient qu’à Gander ils étaient bien et qu’on était là pour leur donner tout ce dont ils avaient besoin.

Une citation de :Diane Davis

Diane Davis raconte que des enseignants ont sorti des cartes et des globes terrestres pour expliquer aux gens où ils se trouvaient. Un dentiste est venu à l’école pour distribuer des brosses à dents.

C’était en faisant les appels téléphoniques avec les passagers qu’on s’est rendu compte que ce n'était pas juste pour dire à leur famille qu’ils étaient à Gander, explique Diane Davis. C’était pour dire à leur famille qu’ils n’étaient pas dans les avions qui avaient été utilisés pour les attentats.


Bruce Terris : 38 atterrissages imprévus

C’est Bruce Terris qui a aidé les 38 avions à atterrir, à Gander, et qui a par la suite manoeuvré à Tetris pour les stationner. Une fois les 7000 passagers débarqués, le contrôleur de la circulation aérienne est enfin rentré chez lui.

La nuit tombait, et quand je suis finalement allé dehors, je n’entendais aucun avion, raconte-t-il. Si tu habites à Gander, tu entends toujours le bruit des appareils, que ce soit de l’aéroport ou des vols qui traversent l’Atlantique.

Bruce Terris a passé les jours suivants à préparer des plans de contingence pour le départ des passagers. Mais dans l’intervalle, l’absence totale d’appareils dans son radar l’a profondément déstabilisé.

C’était surréel de regarder nos radars, dans la tour. Ils peuvent détecter des avions à 650 kilomètres d'ici. Il n’y avait rien dans le ciel. C’était incroyable.

Une citation de :Bruce Terris, ancien contrôleur de la circulation aérienne

Moment de réflexion

Pour Diane Davis, les commémorations des attentats du 11 Septembre, prévues samedi, à Gander, représentent une occasion de se rappeler les gens et les rencontres qui ont marqué les cinq jours suivant les attentats.

Elle dit qu’elle n’oubliera jamais le moment où elle a trouvé une agente de voyages seule dans une salle de classe, les larmes aux yeux.

[Elle croyait] que les attentats avaient probablement mis fin à son industrie et à son entreprise, mais elle se sentait surtout coupable, parce qu’elle se posait des questions, elle se demandait si elle avait mis quelqu’un sur un avion qui avait été utilisé dans les attaques, raconte-t-elle. Je pense souvent à cette femme. Je me demande comment sa vie a changé.

Avec le recul, Sean Penney se dit fier d’avoir joué un rôle réconfortant dans un moment de désespoir pour des milliers de passagers.

Je pense que ce que j’ai fait a amélioré le sort de certaines personnes, affirme-t-il. Et ça me donne un bon sentiment.

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