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Surnommé « Canadian Dave », cet ancien soldat a évacué seul des réfugiés afghans

Après l'évacuation des diplomates canadiens, il a été chargé d'aider les demandeurs d'asile à l'aéroport de Kaboul.

David Lavery et son épouse dan un avion militaire allemand.

Le couple a été transporté par un avion allemand vers l'Ouzbékistan, le Canada ayant refusé d'embarquer seule Junping Zhang-Lavery parce qu'elle n'avait pas de passeport canadien.

Photo : David Lavery

Radio-Canada

Des cris de désespoir et des gémissements de bébés résonnent encore dans la tête de David Lavery, seul Canadien à être resté à l'aéroport international Hamid Karzaï pour aider des réfugiés afghans à fuir lorsque les talibans se sont emparés de Kaboul et que le personnel diplomatique canadien a été évacué.

Les Forces canadiennes ont atterri en Afghanistan seulement quatre jours après la chute de Kaboul, un laps de temps pendant lequel M. Lavery, ancien soldat des forces spéciales, a sillonné le périmètre de l'aéroport à la recherche des alliés afghans à évacuer en urgence.

C'est horrible et difficile à comprendre. Il y avait un bourdonnement constant, un bruit 24 h sur 24, du désespoir et de la panique. Il ne s'agissait que de survie, se souvient M. Lavery depuis un hôtel de Francfort, en Allemagne, quelques jours seulement après avoir été lui-même transporté par avion en lieu sûr.

Membre fondateur de la FOI2, l'unité d'élite antiterroriste des Forces canadiennes, M. Lavery dirige une entreprise de sécurité privée, Raven Rae Consultancy, à Kaboul.

Il a reçu une liste de plus de 1200 demandeurs d'asile au Canada dont les noms ont été recueillis par des défenseurs des droits des réfugiés et des anciens combattants canadiens de la guerre d'Afghanistan qui se sont mobilisés pour aider les Afghans à échapper à la menace talibane.

Une foule amassée derrière les barricades de l'aéroport de Kaboul.

Une fois que les réfugiés munis de documents valides ont été sélectionnés, ils ont été retenus pour un contrôle supplémentaire aux portes de l'aéroport sous la surveillance de parachutistes britanniques et de l'armée américaine.

Photo : David Lavery

Sa mission? Guider les réfugiés jusqu'à l'aéroport, sélectionner ceux qui détenaient des documents canadiens valides parmi une foule compacte à l'extérieur du périmètre de sécurité établi par les forces américaines et britanniques.

« Cela va me hanter parce que je pouvais voir le désespoir sur leurs visages. J'entendais les gens de l'autre côté [de la porte] qui me connaissaient crier : "David, ne nous laisse pas!" Mais je ne pouvais pas leur ouvrir. »

— Une citation de  David Lavery, ancien soldat membre fondateur de la FOI2

Sur place, les Afghans aidés par le Canada avaient reçu la consigne de porter du rouge et de chercher un homme surnommé Canadian Dave.

Sauve-qui-peut

Au début du printemps, lorsque les talibans commencent à prendre le contrôle d'une grande partie du pays, un volontaire du groupe Afghan Canadian Interpreters (ACI) contacte alors David Lavery pour lui demander de l'aide.

En juillet, la situation s'aggrave et le Canada évacue par avion le personnel de son ambassade. La plupart des diplomates étaient donc déjà partis lorsque le ministre de l'Immigration, Mario Mendicino, annonce que le Canada acceptera 20 000 réfugiés afghans.

L'ambassade du Canada à Kaboul ferme officiellement ses portes deux jours plus tard, laissant des milliers d’alliés afghans bloqués sans papiers au moment où les talibans font entrer dans la ville des véhicules blindés qui ont été abandonnés par les Américains.

Des passagers afghans attendant en file à l'extérieur de l'aéroport.

Ce groupe d'Afghans a été aidé par l'équipe de David Lavery pour être conduit à l'aéroport.

Photo : David Lavery

Une fois que les talibans ont pris le pouvoir, il s’avérait trop dangereux de s’aventurer hors du périmètre de sécurité sans soutien militaire, explique M. Lavery. Ainsi, de l'aube au crépuscule, dans les jours qui ont suivi le 15 août, l'ancien soldat fait le tour de l'aéroport, de l'entrée principale d'Abbey Gate, qui se trouvait près du canal d'irrigation, à la porte arrière de l'hôtel Baron, à la recherche d’alliés afghans à sauver.

« Des centaines de personnes essayaient de se frayer un chemin. Et vous les attrapiez, vous attrapiez leurs bagages, vous attrapiez leurs bébés, vous poussiez le visage des gens et vous fermiez les portes [de l'entrée]. »

— Une citation de  David Lavery

Les mains et les pieds des gens se coinçaient dans les portes. Il y avait tellement de cris et de pleurs, poursuit-il, encore hanté par ces scènes d'espoir et de désolation.

Une fois la zone de sécurité atteinte, l’épouse de M. Lavery, Junping Zhang-Lavery, se chargeait de conduire les réfugiés à l'hôtel Baron et s'assurait qu'ils avaient de la nourriture et de l'eau. Elle aidait également à consoler leurs enfants dans l'attente des contrôles par les services d'immigration.

Des attentats-suicides à quelques mètres

Le premier avion de transport canadien a atterri à Kaboul le 19 août. Ce soir-là, les autorités canadiennes ont proposé à M. Lavery et à son fils de quitter le pays par avion, mais ont refusé d'embarquer Mme Zhang-Lavery, qui avait un passeport chinois, à moins que M. Lavery ne l'accompagne dans l'avion.

L’ancien soldat a préféré rester sur place afin d’aider à évacuer d'autres Canadiens, ainsi que des clients allemands dont il assurait la sécurité. Le 26 août, la famille Lavery a réussi à négocier un départ avec les autorités allemandes et a embarqué dans le dernier avion allemand à décoller d’Afghanistan.

Une file de passagers et de militaires sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul se dirigeant vers des avions.

David Lavery et son épouse, Junping Zhang-Lavery, ont embarqué dans le dernier avion allemand décollant de Kaboul, le 26 août. Alors qu'ils embarquaient, ils ont entendu les explosions de l'attentat-suicide survenu près de l'aéroport.

Photo : David Lavery

Alors qu'ils se trouvaient sur le tarmac, prêts à embarquer, ils ont entendu des explosions et vu un panache de fumée grise s'élever au niveau d'Abbey Gate. Quinze minutes après que les sirènes ont commencé à hurler, David Lavery a pu voir des véhicules transportant des blessés.

Lorsque son avion a atterri deux heures plus tard à Tachkent, en Ouzbékistan, le couple a appris qu'il s'agissait d'un attentat-suicide.

Des exilés sans famille

Le gouvernement canadien affirme avoir réussi à secourir 3700 personnes, mais Wendy Long, fondatrice de l'ACI, estime que seulement 20 % des personnes pour lesquelles l'ACI a obtenu des visas ont pu s'échapper d'Afghanistan.

Il ne s'agit pas seulement d'interprètes, mais aussi de chauffeurs, de cuisiniers et d'agents d'entretien qui ont travaillé avec l'armée canadienne au cours des 20 dernières années. L'équipe de Mme Long a travaillé avec frénésie, dit-elle, pour confirmer l'identité des Afghans et leurs liens avec les soldats canadiens. Le processus a également forcé certains demandeurs à choisir entre fuir l'Afghanistan ou rester avec leurs proches.

De son côté, M. Lavery affirme qu'il retournera aider à évacuer les autres interprètes si son passage en toute sécurité peut être négocié avec les talibans. Le chef d'entreprise s'inquiète également pour les membres de son personnel et leurs familles. Son entreprise Raven Rae employait environ 50 Afghans, dont la vie est en danger, dit-il.

Le jour de la fête du Travail, M. Lavery a reçu un message indiquant que les talibans avaient pris possession des bureaux de son entreprise.

D'après le reportage de Judy Trinh, CBC News

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