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Langues officielles et francophonie : ce que proposent les partis

Erin O’Toole, Justin Trudeau, Annamie Paul, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau.

Erin O’Toole, Justin Trudeau, Annamie Paul, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet lors du premier débat des chefs des élections fédérales 2021 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les politologues Stéphanie Chouinard, du Collège militaire royal du Canada et de l’Université Queen’s, en Ontario, et Rémi Léger, de l’Université Simon-Fraser, à Vancouver, décryptent les propositions des partis fédéraux en matière de francophonie et de langues officielles.


M. Trudeau parle aux médias, de face, à l'extérieur. Devant lui, on lit « Soutenir la santé mentale ». En arrière-plan, des arbres, une clôture et une maison de banlieue.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau (archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Les principales propositions :

  • Faire passer le financement pour le contenu audiovisuel en français par Téléfilm Canada et le Fonds des médias du Canada de 33 % à 40 %

  • Adopter, à l’intérieur de 100 jours, le projet C-32 sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles

  • Adopter une stratégie nationale pour l’immigration francophone hors Québec

  • Financement permanent de 80 millions de dollars par année aux établissements postsecondaires dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire

  • Créer une stratégie pour soutenir les entrepreneurs des communautés de langue officielle en situation minoritaire

  • 120 millions de dollars pour l’accès à des programmes d’immersion française et de français langue seconde

  • Création d’une bourse pour 1000 étudiants et nouveaux diplômés et d’une formation en français aux étudiants de 3e et 4e année d'université pour aider à combler les écarts, dont les obstacles linguistiques, dans la fonction publique fédérale

L’analyse de Rémi Léger :

La question, c’est de savoir si les libéraux sont aptes à passer de la parole aux actes. [...] Ils ont eu six ans au pouvoir. Ils ont fait certaines choses, il ne faut pas le minimiser, mais pour certaines de leurs grandes promesses, notamment la modernisation de la Loi, ils n’ont pas tenu parole.

L’analyse de Stéphanie Chouinard :

Les libéraux parlent, comme tous les partis, de l’immigration francophone. On sait qu’il y a une cible qui n’a jamais été atteinte. Et on ne se donne pas les moyens de nos ambitions dans cette plateforme-ci. On parle de rehausser l’immigration francophone, de maintenir le poids démographique des communautés francophones en situation minoritaire, mais on ne sait pas comment on va s’y prendre.


Erin O'Toole prononce un discours derrière un podium avec, derrière lui, des drapeaux du Canada.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O'Toole (archives)

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Les principales propositions :

  • Appliquer la Charte de la langue française aux entreprises sous réglementation fédérale au Québec

  • Présenter, dans les 100 premiers jours, une modernisation de la Loi sur les langues officielles qui, notamment : augmente les pouvoirs du commissaire aux langues officielles, donne au Conseil du Trésor la responsabilité d’assurer l’application de la Loi à tous les ministères, crée un tribunal administratif des langues officielles et prévoit des mécanismes plus robustes pour la consultation des minorités de langue officielle

  • Nouvelle enveloppe budgétaire de 30 millions de dollars par année pour les établissements postsecondaires francophones minoritaires

  • Augmenter l’immigration francophone hors du Québec

  • Adopter une version française officielle de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867

  • Représentation du Québec et des communautés francophones minoritaires hors Québec au conseil d’administration de Radio-Canada

  • Exiger que les services de diffusion en continu investissent une part de leur revenu brut canadien dans la production de programmation originale au Canada, dont une part fixe sera en langue française

L’analyse de Stéphanie Chouinard :

La promesse sur la Charte de la langue française, ça va plaire à l’électorat québécois [...], mais pour les francophones en situation minoritaire, ça peut être un jeu très dangereux parce que ça peut ouvrir la porte à des demandes des autres provinces qui souhaiteraient imposer leur propre régime linguistique provincial dans les juridictions fédérales. [...] Ça pourrait vouloir dire qu’en Saskatchewan, par exemple [...], on pourrait perdre les services en français dans les agences et les institutions fédérales.

L’analyse de Rémi Léger :

Plusieurs des demandes de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, notamment sur la question de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, se retrouvent mot pour mot dans la plateforme du Parti. Le Parti conservateur répond aux principales demandes de la FCFA et de ses membres, le projet de loi libéral y répond moins bien.


Plan rapproché du visage de l'homme politique.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet (archives)

Photo : Radio-Canada / Emilien Juteau

La principale proposition :

  • Lutter avec les Acadiens et les Franco-Canadiens pour s’assurer que la réforme de la Loi sur les langues officielles serve en toute priorité la capacité de ces communautés à vivre et à travailler en français

L’analyse de Stéphanie Chouinard :

Depuis l’arrivée de François Legault à Québec, on voit une volonté de rapprochement avec les communautés francophones en situation minoritaire [...]. Que le Bloc québécois reprenne certaines de ces lignes-là ne me surprend pas. Par contre, M. Blanchet va revendiquer que la Charte de la langue française s’impose dans les institutions de charte fédérale au Québec [...] et comme pour les conservateurs, ça peut s’avérer dangereux pour les francophones en situation minoritaire.

L’analyse de Rémi Léger :

Le propos sur la francophonie hors Québec est rassurant. [...] Depuis l’arrivée de M. Blanchet, le Bloc québécois a fait un certain travail, a été très sensible à l’enjeu de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, a offert son soutien plus souvent que non à la francophonie canadienne et s’est fait même, parfois, le porte-parole en Chambre pour poser des questions qui traitaient d’enjeux francophones, ce qu’il n’a pas toujours fait par le passé.


Un homme se tient derrière un micro et devant un avion aux couleurs du NPD.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique (archives)

Photo : Radio-Canada

Les principales propositions :

  • Bonifier le Plan d’action pour les langues officielles afin d'améliorer l’accès aux services dans la langue de son choix, l’enseignement dans la langue de la minorité et attirer davantage d’immigrants francophones dans toutes les communautés

  • Moderniser la Loi sur les langues officielles afin de renforcer la surveillance et la reddition de comptes, d’élargir la portée des droits linguistiques et de s’assurer que les communautés linguistiques minoritaires soient consultées

  • Garantir l’accès à la justice dans la langue officielle de son choix

  • S’assurer que les juges de la Cour suprême du Canada soient bilingues

  • Adopter le principe de l’asymétrie, qui reconnaît qu’en tant que langue officielle minoritaire, le français nécessite une protection et une promotion particulières

  • S’assurer que les entreprises du secteur numérique respectent les mêmes règles que les diffuseurs du Canada et payent des impôts au pays pour soutenir la production de contenus canadiens dans les deux langues officielles

L’analyse de Rémi Léger :

C’est clair qu’il n’y a pas de conseiller politique dédié à la francophonie. On semble mal connaître les enjeux ou pas en détail. Les promesses sont floues, imprécises. [...] La seule promesse précise est celle d’exiger le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada. [...] Le NPD propose des mesures sociales, des programmes sociaux, il aurait été facile d’y inclure une lentille francophone.

On a l’impression qu’on a juste fait un copier-coller de ce qu’on retrouvait en 2019, au point qu’on a même oublié de changer une date : on parle des quatre dernières années de gouvernement libéral plutôt que des six dernières années. C’est un peu gênant.

Une citation de :Stéphanie Chouinard, politologue du Collège militaire royal du Canada et de l’Université Queen’s

L’analyse de Stéphanie Chouinard :

L’enjeu est présent, mais on reste en surface, il n’y a aucun engagement précis, par exemple sur le contenu d’une modernisation de la Loi sur les langues officielles ou sur la façon dont on voudrait mettre en œuvre chacune des promesses sur l’immigration ou la francisation. Ça nous laisse dans la brume.


Annamie Paul entourée de pancartes des verts portant son nom.

Annamie Paul, cheffe du Parti vert du Canada (archives)

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Les principales propositions :

  • Fournir un financement de base stable à CBC/Radio-Canada pour continuer à offrir une programmation télévisuelle et radiophonique de qualité à contenu canadien dans les deux langues officielles

  • Défendre les deux langues officielles du Canada

  • Au cours de la première année, promouvoir et mettre en œuvre une loi modernisée sur les langues officielles, en consultation avec les communautés linguistiques minoritaires

  • Garantir l'accès aux services fédéraux dans les deux langues officielles dans chaque province

  • Financement accru pour les programmes d'immersion en français et de français langue seconde

  • Assurer un financement permanent et stable aux établissements postsecondaires des communautés linguistiques minoritaires du Canada

L’analyse de Rémi Léger :

On dit de bonnes choses, on reprend certaines des principales revendications, mais sans conviction ni engagement concret. [...] Le Parti vert a encore du chemin à faire pour comprendre les enjeux et se faire une réflexion sur comment aborder ce dossier et comment se distinguer.

L’analyse de Stéphanie Chouinard :

C’est très nébuleux ce qui est proposé, ça tient sur une demi-page, on ne voit pas de réflexion profonde ni une direction claire. [...] On pourrait s’attendre à mieux, considérant que Mme Paul est parfaitement bilingue et qu’elle a démontré qu’elle a des connaissances du français et des communautés francophones plus grandes que Mme May.


Le bilan

Les deux politologues jugent que le Parti libéral comme le Parti conservateur ont fait leurs devoirs sur le sujet des langues officielles.

On voit que ces deux partis ont voulu se distinguer l’un de l’autre et donner une certaine saveur au dossier, juge M. Léger.

Une femme pose pour la caméra dans une rue résidentielle.

Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada et à l'Université Queen's (archives)

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia Tremblay

Pour Mme Chouinard, la plateforme libérale offre plus de certitudes.

Parce qu’on a les chiffres à l’appui, explique-t-elle. Mais je donnerais aux conservateurs une très bonne deuxième place, avec le bémol que plusieurs promesses ne sont pas encore chiffrées, ce qui permettrait de mieux les comparer avec l’offre du Parti libéral. [...] On peut avoir de très belles promesses sur papier, mais si on ne se donne pas les moyens de ses ambitions, elles peuvent demeurer sur papier.

Rémi Léger, professeur adjoint de sciences politiques à l’Université Simon Fraser.

Rémi Léger, professeur adjoint de sciences politiques à l’Université Simon Fraser (archives)

Photo : Radio-Canada

M. Léger tempère toutefois l’importance des programmes.

Ce n’est pas nécessairement ce qui est inscrit dans la plateforme, mais plutôt la vision que se fait chaque parti du fédéralisme canadien. Et pour moi, les conservateurs doivent rassurer les francophones hors Québec qu’ils seront là pour les soutenir au besoin, même quand il s’agira d’une compétence provinciale comme l’éducation ou la santé. Sur cette dimension-là, Erin O’Toole ne s’est pas encore fait très rassurant.

Débat sur les enjeux francophones le 15 septembre

Les enjeux francophones seront au cœur d'un débat animé par Mathieu Nadon le 15 septembre, de 20 h à 21 h, diffusé en direct sur les ondes de RDI, en plus d’être disponible sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux de Radio-Canada.

* L’ordre de traitement des plateformes a été déterminé par la composition de la Chambre des communes à la dissolution de la 43e législature. Pour rappel, sur 337 députés en fonction, il y avait 155 libéraux, 119 conservateurs, 32 bloquistes, 24 néo-démocrates, 5 indépendants et 2 verts.

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