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Vaccination obligatoire des fonctionnaires : Trudeau va plus loin?

Justin Trudeau regarde Annamie Paul parler durant le débat des chefs.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, aux côtés de la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, lors du débat des chefs du 8 septembre.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, a semblé aller plus loin sur la question de la vaccination obligatoire des fonctionnaires fédéraux contre la COVID-19, mercredi soir, lors du débat des chefs en français, affirmant que les personnes non vaccinées ne pourront pas « travailler » pour la fonction publique fédérale.

Au cours du débat, il a été invité à dire s’il ne croyait pas que la politisation de cette question puisse encourager les manifestants anti-vaccins à poursuivre de plus belle leur mobilisation.

Je fais une distinction entre cette meute qui est en train de manifester et ceux qui, pour des raisons personnelles, sont encore hésitants à se faire vacciner, a-t-il d’abord répondu.

Il faut les informer, mais il faut aussi démontrer que c’est dans leur intérêt de se faire vacciner. Ils ne pourront pas prendre un train, un avion. Ils ne pourront pas travailler pour la fonction publique fédérale, a-t-il ajouté.

Les libéraux de Justin Trudeau souhaitent rendre la vaccination obligatoire à l’ensemble de la fonction publique fédérale s’ils sont réélus. Pour l’heure, ils sont restés vagues sur les sanctions auxquelles s’exposeraient les récalcitrants.

À ce sujet, M. Trudeau avait dit, en entrevue lors d’une émission spéciale avec trois chefs d’antenne de Radio-Canada, qu’il ne serait pas possible, pour ces fonctionnaires, de se rendre au bureau.

Cette déclaration avait déjà soulevé des critiques d’un des principaux syndicats représentant ces travailleurs. L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) avait déploré un « commentaire trop directif ».

Des syndicats contre la politisation de cette question

En entrevue, mardi, un représentant de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) a été un peu plus loin au chapitre des récriminations. On avait fait beaucoup de travail pour ne pas que ce soit un enjeu politisé, mais c'est décevant que ça en soit rendu un, a commenté le vice-président régional de l’AFPC pour la région de la capitale nationale, Alex Silas.

Le fait que c’est rendu politique va seulement nuire. Les gens qui ont une hésitation face au vaccin en auront encore plus une, maintenant que c’est rendu politique, a-t-il jugé.

Alex Silas en vidéoconférence, derrière lui un drapeau de l'AFPC

Alex Silas, vice-président exécutif régional de la région de la capitale nationale à l'Alliance de la fonction publique du Canada (Archives)

Photo : Radio-Canada

Les syndicats de la fonction publique sont en faveur de l’obligation de vaccination contre la COVID-19 dans la fonction publique, mais souhaitent des accommodements pour ceux qui ne pourraient pas l’être.

Le Nouveau Parti démocratique est aussi en faveur de la vaccination obligatoire des fonctionnaires. Le Bloc québécois et le Parti conservateur s’y opposent et le Parti vert a une position ambiguë.

Nous sommes absolument en faveur que chaque personne qui peut être vaccinée, qui est capable d’être vaccinée, le soit, a dit la cheffe des verts, Annamie Paul, mercredi soir.

Nous aurons besoin d’accommodements pour les gens qui ne peuvent pas être vaccinés. Il y a d’autres options, a-t-elle dit, mentionnant les tests de dépistage rapides.

Invité à préciser la prise de position de son chef, le Parti libéral n'a pas répondu à la demande d'ICI Ottawa-Gatineau.

Est-ce faisable?

En entrevue jeudi après-midi, le professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa, Gilles Levasseur a indiqué qu'une telle obligation ne pouvait être mise en place.

On ne peut pas imposer cette norme-là de façon complète dans la fonction publique fédérale parce qu’il y a une obligation d’accommodement dont il faut tenir compte, a-t-il expliqué. La deuxième des choses, il y a une possibilité pour que plusieurs employés puissent travailler à distance en tenant compte des tâches qu’ils ont à effectuer.

« Donc, si la personne peut travailler à distance, il n’y a pas cette obligation de vaccination parce que justement, elle n’est pas un risque pour les autres travailleurs. »

— Une citation de  Gilles Levasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa

M. Levasseur a rappelé qu'une telle mesure ne peut être employée que lorsque la santé des autres fonctionnaires est en jeu, ce qui n'est pas le cas si les personnes non vaccinées restent en télétravail.

Le professeur de gestion de droits à l'Université d'Ottawa, Gilles Levasseur

Le professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa, Gilles Levasseur (Archives)

Photo : Radio-Canada

Le professeur de science politique à l'Université du Québec en Outaouais, Guy Chiasson a souligné que l'enjeu de la vaccination a été mis de l'avant comme une des explications pour le déclenchement des élections. Il n'est donc pas surpris de la tournure des événements.

Il y a une volonté de se démarquer assez clairement, de marquer le coup, a-t-il fait remarquer, en faisant référence à la position du Parti libéral.

Il a ajouté que le Parti libéral ne devrait pas trop souffrir de cette annonce étant donné que les protestataires ne votent habituellement pas pour ce parti, selon lui. Je crois que les libéraux ont fait le calcul, a-t-il mentionné.

L'AFPC s'en prend au Parti conservateur

La sortie de M. Trudeau ne semble toutefois pas avoir dressé les syndicats contre lui, puisqu'au lendemain du débat en français, l'AFPC s'en est plutôt pris à son adversaire conservateur.

Le syndicat a fait une sortie, jeudi matin, estimant qu'un gouvernement O’Toole serait une menace pour le Québec et les francophones du pays.

Les francophones dans l’ensemble du pays peinent déjà à obtenir des services publics dans la langue officielle de leur choix parce que ces services sont de plus en plus confiés à des entreprises privées à l’extérieur du Canada. Le programme électoral d’O’Toole est bourré de mesures pour privatiser les services publics sous prétexte de réduire les coûts, écrit le syndicat dans un communiqué.

M. Levasseur remet en question cette prise de position hâtive.

Le syndicat doit apprendre à négocier avec l’employeur, a-t-il fait valoir. Si on se met à dos l’employeur pour des orientations politiques, on se met déjà à dos une certaine crédibilité pour influencer la décision gouvernementale.

Ce dernier voit dans cette sortie publique une menace pour les fonctionnaires si le Parti conservateur venait à remporter les élections.

C’est très dangereux pour les employés parce qu’on ne sait pas quelles vont être les conséquences, a-t-il conclu.

Le candidat conservateur et député sortant dans Richmond—Arthabaska, Alain Rayes, a balayé les critiques de l’AFPC d’un revers de la main.

Alain Rayes devant en studio

Le candidat conservateur et député sortant dans Richmond—Arthabaska, Alain Rayes (Archives)

Photo : Radio-Canada

Les représentants syndicaux n’ont pas parlé avec leurs membres parce qu’avec les allusions qu’ils font, le jupon qui dépasse à peine pour les libéraux, ils verraient que leurs propres membres nous ont contactés - moi-même d’ailleurs - sur l’enjeu des deux langues officielles dans la fonction publique. Le gouvernement [libéral] n’a clairement pas été un exemple dans les deux dernières années. [...] Ce que l’on offre de notre côté, c’est un changement d’attitude, un projet clair de protection des deux langues officielles [...]. Les représentants syndicaux devraient peut-être regarder avant de parler, a-t-il réagi.

M. Rayes estime toutefois que les chances de son parti de convaincre les fonctionnaires demeurent bonnes.

Toutes les allusions qu’ils font sont de la pure invention. [...] J’ai confiance en l’intelligence de leurs membres qui vont faire leur propre choix, qui vont prendre le temps de lire les documents et qu'ils vont voir quel est le parti le mieux placé pour défendre leurs intérêts.

Avec les informations d'Estelle Côté-Sroka

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