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Couchée par terre en douleur à l’urgence de Hull, une sexagénaire porte plainte

Une civière dans une chambre d'hôpital.

Une Gatinoise de 68 ans affirme avoir passé des heures couchée sur le sol de l'urgence de Hull, en juin.

Photo : Radio-Canada

Une Gatinoise de 68 ans qui affirme avoir passé des heures couchée sur le sol de l'urgence de Hull en juin, avec un appendice perforé, dénonce le traitement qu'elle a subi. Hélène Barette-Mousseau a porté plainte et demande à ce que des civières soient disponibles pour les patients incapables de s'asseoir dans une salle d’attente.

Il s’agit du deuxième incident du genre à l’urgence de l’Hôpital de Hull cet été. Il est survenu une vingtaine de jours avant celui d’Anne Pommainville, cette autre Gatinoise contrainte de se coucher au sol en douleur, faute de civière à l’urgence de Hull.

Le 7 juin dernier, Hélène Barette-Mousseau s’est présentée à l’Hôpital de Hull pour des douleurs abdominales intenses. Au triage de l’urgence, elle explique avoir demandé à être couchée sur une civière, puisqu’elle ne pouvait pas rester assise ou debout en raison de la douleur et de sa faiblesse, qui progressait.

Le personnel lui aurait refusé l’accès à une civière et lui aurait indiqué qu’un médecin l’examinerait bientôt. Mme Barette-Mousseau estime avoir passé environ six heures couchée sur le plancher de la salle d’attente de l’urgence, seule, à se tordre de douleur.

L’histoire de Mme Pommainville n’est pas un cas isolé. Je trouve que cette situation est inacceptable pour qui que ce soit. Je comprends qu’ils sont bien occupés, mais je n’ai pas eu de soins appropriés.

Une citation de :Hélène Barette-Mousseau

Des membres du personnel seraient venus lui demander à quelques reprises de se lever, en l’informant que le plancher était sale. Il était toutefois impossible pour Mme Barette-Mousseau de s'asseoir en raison de la douleur intense qu’elle ressentait à l’abdomen.

Je me suis sentie humiliée. Je ne pense pas que quelqu’un aimerait attendre sur un plancher froid, sans couverture, seule, ça a été très long… On ne souhaite pas ça à notre meilleur ennemi.

Une citation de :Hélène Barette-Mousseau

Une fois prise en charge par le personnel médical, elle a reçu une confirmation du diagnostic initial : un appendice perforé. L'intervention chirurgicale a eu lieu dans la nuit du 7 au 8 juin. Mme Barette-Mousseau a passé deux jours à l'hôpital.

C’est d’une tristesse incommensurable, se désole Mme Barette-Mousseau

Hélène Barette-Mousseau dit regretter de ne pas avoir pris de photos ou de vidéos comme le conjoint de Mme Pommainville, pour documenter son histoire. Elle croyait toutefois, à ce moment-là, être la seule dans cette situation.

Après avoir entendu parler de l’histoire d’Anne Pommainville, Hélène Barette-Mousseau a décidé de porter plainte officiellement auprès de la commissaire aux plaintes et à la qualité des services du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, le 11 juillet. Elle a aussi choisi de contacter Radio-Canada pour que son histoire soit entendue, pour que les choses changent, a-t-elle insisté.

La sexagénaire précise qu’une fois passé le triage, elle a reçu de très bons soins de l’équipe médicale sur place. C’est le traitement qu’elle dit avoir subi dans la salle d’attente de l’urgence de l’Hôpital de Hull qu’elle souhaite dénoncer par son témoignage et son processus de plainte.

Un rapport décevant, estime Mme Barette-Mousseau

Hélène Barette-Mousseau a reçu le rapport de la commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CISSS de l’Outaouais au début du mois de septembre.

Après consultation avec des gestionnaires de l’urgence et de l’Hôpital, la commissaire constate que le délai de prise en charge médicale pour le problème de santé de Mme Barette-Mousseau aurait dû être de 30 minutes ou moins.

Une affiche devant l'Hôpital de Hull en annonce le nom.

Le taux d’occupation à l'arrivée de Mme Barette-Mousseau à l’urgence de Hull était de 171 % (archives).

Photo : Radio-Canada

Toutefois, le taux d’occupation à son arrivée à l’urgence était de 171 % et aucune civière n’était disponible, même si son état nécessitait qu’elle soit installée sur une civière. Selon les informations disponibles, quatre heures se seraient écoulées entre l’arrivée de Mme Barette-Mousseau et son transfert dans une aire avec civière.

Le rapport stipule que les gestionnaires reconnaissent l'effet d’un débordement et d’un niveau d’activité très élevé le 7 juin et qu’un environnement plus propice doit être offert aux usagers en douleur.

Hélène Barette-Mousseau est déçue des conclusions de la commissaire et ne compte pas en rester là. Elle désire s’adresser au protecteur du citoyen pour exercer son droit de recours.

Le CISSS de l’Outaouais admet des failles

Le CISSS de l’Outaouais a refusé notre demande d’entrevue. Par courriel, une porte-parole confirme l’examen de la plainte et reconnaît que bien que le triage ait été adéquat, il est évident que la condition [de la dame] nécessitait qu’on lui offre une civière et de la soulager davantage en attendant une prise en charge médicale.

Aucune patiente ayant ce niveau de douleur ne devrait être laissée pour compte dans la salle d’attente de l’urgence.

Une citation de :Camille Brochu-Lafrance, agente d'information au CISSS de l’Outaouais

À la suite de l’incident, le CISSS de l’Outaouais affirme que des mesures ont été mises en place, soit une rencontre avec les infirmières en poste ce jour-là pour leur rappeler l’importance de la surveillance de la douleur et les normes de réévaluation de triage, ainsi que l’achat de quatre fauteuils gériatriques pouvant être utilisés lorsque des civières ne sont pas disponibles.

Contacté par Radio-Canada, le cabinet du ministre de la Santé a répondu jeudi par courriel : Il est toujours aussi choquant d’apprendre ce genre d’histoire. Malgré qu’il y a énormément d’achalandage dans les salles urgences et que ça peut prendre du temps avant qu’un patient soit pris en charge, rien ne justifie de laisser un patient au sol. Absolument rien. Le CISSS de l’Outaouais devra s’expliquer.

Personnel en moins, accès réduit

Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) ne peut commenter un dossier précis. La présidente par intérim confirme toutefois que le manque de personnel a un impact sur l’accès aux soins et sur la capacité du personnel de l’urgence à prendre en charge des patients sur civière.

C’est certain qu’avec la pénurie dangereuse qui sévit en Outaouais, on ne peut pas remplir à pleine capacité l’urgence, les unités de soins, si on n’a pas les professionnels pour donner les soins.

Une citation de :Karine D’Auteuil, présidente intérimaire du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais
Photo de la femme en entrevue par Facetime.

Karine D'Auteuil, présidente par intérim du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (Archives)

Photo : Radio-Canada

Par contre, selon Karine d’Auteuil, aucun patient nécessitant d’être couché sur une civière ne serait retourné dans la salle d’attente en temps normal.

Elle soutient que les équipes en place aux urgences donnent leur 200 % tous les jours. Avec les conditions de travail qu’on a présentement, ce n’est pas évident, ajoute-t-elle.

Le Conseil pour la protection des malades croit que le manque de personnel pour justifier ce genre d’incident a le dos large.

Ça commence à être questionnable, le fonctionnement de l'urgence, estime le président du Conseil, Paul Brunet, qui demande des comptes à l’administration.

Ne pas traiter quelqu'un qui souffre, ne pas le coucher dans un lit en prétextant qu'on n’en a pas de disponible, ça commence à s'éloigner du manque de personnel et à se rapprocher d'un manque de dignité ou d'une banalisation de la situation, qui est exacerbée, j'en conviens, par la COVID, mais qui commence à être moins excusable, ajoute M. Brunet.

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