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Les Californiens chasseront-ils le gouverneur démocrate du pouvoir?

Les républicains de Californie rêvent au scénario de 2003, au terme duquel ils avaient destitué un gouverneur démocrate et l'avaient remplacé par Arnold Schwarzenegger. Mais leurs chances d'ajouter une suite, près de 20 ans plus tard, semblent ténues.

Dehors, Gavin Newsom, devant une affiche référendaire, montre quelque chose du doigt.

Le gouverneur Gavin Newsom joue sa survie politique.

Photo : Associated Press / Damian Dovarganes

Les électeurs de la Californie tiennent entre leurs mains le sort du gouverneur démocrate Gavin Newsom, avec la pandémie en toile de fond. Il ne leur reste que quelques heures pour décider par référendum s’ils le destituent ou s'ils le maintiennent à la tête de l’État.

Les plus récents sondages sont rassurants pour l'ancien maire de San Francisco, gouverneur de l’État américain le plus populeux depuis 2019.

Le politicien de 53 ans aurait néanmoins dû, dans une réalité libre de toute pandémie de COVID-19, voguer sans encombre vers un deuxième mandat.

À la tête d'un État où les électeurs enregistrés comme démocrates sont presque deux fois plus nombreux que les républicains, il a signé une victoire convaincante – et prévisible – en 2018 avec 62 % du vote.

La Californie doit pourtant maintenant décider si elle lui montre la porte. Une perspective née largement de la pandémie et des mesures restrictives mises en place par le gouverneur démocrate pour juguler la crise.

Les 22 millions d’électeurs californiens doivent se prononcer, au plus tard le 14 septembre, sur deux questions : Gavin Newsom mérite-t-il une destitution? Dans l’éventualité où le oui l'emporte, qui devrait lui succéder?

Les Californiens ont jusqu'à 20 h pour voter en personne ou déposer leur bulletin de vote dans une boîte de dépôt sécurisé. Les bulletins envoyés par la poste doivent porter le cachet du 14 septembre.

Gavin Newsom a besoin de 50 % d'appuis pour pouvoir terminer son mandat, en janvier 2023.

S’il échoue à franchir ce seuil, son successeur sera le candidat qui obtient le plus de voix, même si celui-ci, lui, ne recueille, par exemple, que 20 % des votes.

Un bulletin de vote sur lequel on peut lire : « Gavin Newsom devrait-il quitter le bureau de gouverneur de la Californie?»

Des millions de bulletins de vote ont été envoyés par la poste aux électeurs californiens.

Photo : Associated Press / Rich Pedroncelli

Gavin Newsom serait le troisième gouverneur dans l'histoire des États-Unis à être démis de ses fonctions par référendum.

Le dernier gouverneur destitué de cette façon, en 2003, était un de ses prédécesseurs démocrates, Gray Davis, blâmé par les électeurs californiens pour sa gestion de la crise énergétique.

Les républicains espèrent répéter l'exploit du Governator, Arnold Schwarzenegger. Cinquante-cinq pour cent des électeurs californiens avaient alors voté en faveur de la destitution du gouverneur démocrate, et l'acteur au passé de culturiste, républicain modéré, avait facilement émergé en tête d'un bassin de quelque 135 candidats avec 48 % de voix.

La gestion de la pandémie au banc des accusés

En politique californienne, les tentatives référendaires visant à chasser des élus locaux sont légion. Depuis 1913, l'État a connu 179 tentatives pour destituer des élus, dont une cinquantaine ont visé des gouverneurs. Peu de pétitions ont cependant récolté suffisamment d'appuis pour être soumises au vote populaire.

Les républicains n'en sont d'ailleurs pas à leur premier essai pour chasser Gavin Newsom du pouvoir : en moins de trois ans, c'est déjà leur sixième effort pour le destituer. Cependant, c'est la première fois que l'initiative se fraie un chemin jusque dans les urnes.

Taxes jugées trop élevées, politiques favorisant les immigrants illégaux, problèmes d'itinérance, rationnement de l'eau, pire qualité de vie des États-Unis, opposition à la peine de mort : les récriminations initiales des militants conservateurs à l'origine de la plus récente démarche visant à faire destituer le gouverneur Newsom, lancée à l'hiver 2020, étaient nombreuses.

Ce sont ses politiques progressistes et sa gouvernance qui étaient montrées du doigt, auxquelles sont venus s'ajouter de violents feux de forêt.

Sa gestion de la crise de COVID-19 ne figurait même pas parmi les griefs initialement invoqués, mais la frustration devant les restrictions imposées a donné plus de vigueur à la campagne en faveur de son départ.

Une image a cristallisé l'insatisfaction : des photos montrant Gavin Newsom – sans masque – au French Laundry, un restaurant huppé. Celui qui pressait ses concitoyens de respecter les protocoles qu'il avait mis en place a dû s'excuser pour son erreur.

En raison de la pandémie, les initiateurs de l'initiative référendaire se sont en outre vu octroyer par un juge un délai supplémentaire de quatre mois pour recueillir des signatures. Ils ont réussi à obtenir plus de 1,5 million de signatures, dépassant le seuil de 12 % du taux de participation à l’élection de 2018.

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Un meneur controversé

Devant des drapeaux américains, Larry Elder s'adresse à des partisans, qui brandissent une pancarte à son effigie.

Si les Californiens montrent la porte au gouverneur Gavin Newsom, Larry Elder est son successeur le plus probable.

Photo : Getty Images / RINGO CHIU/AFP

Une quarantaine de candidats, dont la moitié sont des républicains et neuf sont démocrates, aspirent à succéder à Gavin Newsom.

Le bassin républicain compte notamment Caitlyn Jenner, ancienne athlète olympique, personnalité de la téléréalité et icône transgenre, dont l'étoile a pâli après un début de campagne fort médiatisé, ainsi que celui que Gavin Newsom avait défait en 2018, l’entrepreneur John Cox, qui s'accompagne d'un ours Kodiak lors de ses rassemblements.

Mais le meneur incontesté de la course est l'animateur de radio conservateur Larry Elder, qui se présente comme un libertarien. Il recueille 28 % des intentions de vote, selon la moyenne des sondages compilés par le site FiveThirtyEight.

En l’absence de candidats de renom au sein du camp démocrate, c'est un concepteur de contenu et youtubeur de 29 ans, Kevin Paffrath, un démocrate, qui le suit dans les sondages... avec une moyenne de 6,6 % d'appuis.

Partisan de Donald Trump, opposé au salaire minimum ou à l'avortement, Larry Elder s'est engagé à annuler la vaccination obligatoire visant certains employés de l'État et le port obligatoire du masque dans des lieux publics dès son entrée en poste.

Je vais gouverner comme votre gouverneur, pas comme votre tyran.

Une citation de :Larry Elder, candidat républicain

Abonné aux déclarations controversées, Larry Elder, un Afro-Américain, a évoqué le versement de réparations aux descendants de propriétaires d'esclaves et a déjà déclaré qu'une femme qui l'avait accusé de harcèlement sexuel était trop laide pour que les allégations soient crédibles.

Pendant la campagne, il a nié avoir brandi une arme lors d'une dispute conjugale en 2015, comme l'en accusait une ancienne fiancée.

Newsom en guerre contre le trumpisme

Kamala Harris et Gavin Newsom saluent les partisans démocrates au cours d'un rassemblement.

La vice-présidente Kamala Harris fait partie des élus démocrates venus faire campagne avec le gouverneur Gavin Newsom.

Photo : Reuters / FRED GREAVES

Gavin Newsom dénonce une tentative de prise de pouvoir des républicains, qui n'ont pas remporté le siège de gouverneur depuis 2006.

Jouant le tout pour le tout, il exhorte les électeurs non seulement à rejeter sa destitution, mais aussi à ignorer la question sur son éventuel successeur. Afin de consolider les appuis pour le gouverneur Newsom, les démocrates se sont d'ailleurs assurés qu'aucune figure démocrate d'envergure ne se lance dans la course.

La stratégie : présenter le référendum républicain comme un choix clair entre les républicains et Gavin Newsom, qui se pose en rempart contre l'idéologie de Donald Trump.

Faisant de Larry Elder le visage de son éventuelle destitution, il braque les projecteurs sur ses positions controversées et répète que le camp républicain imposerait aux Californiens des politiques contraires à leurs valeurs.

Il a ainsi brandi les lois sur l'accès au vote ou celles restreignant l'avortement adoptées par des États gouvernés par les républicains, comme le Texas.

Nous avons travaillé fort pour défaire Trump. Nous avons dit qu'il s'agissait de l'élection la plus importante de notre vie, mais nous n'avons pas défait le trumpisme.

Une citation de :Gavin Newsom, gouverneur de la Californie

Pour citer le Los Angeles Times, la cavalerie démocrate, dont la vice-présidente Kamala Harris, ancienne sénatrice de l'État, ainsi que le président Biden, est venue en renfort en Californie, martelant le même message.

Elder rêve d'être le Donald Trump de la Californie. Si ce qui s'est passé au Texas, en Floride ou au Dakota du Sud vous inquiète pour l'avenir de notre nation [...], alors la perspective d'un gouverneur Larry Elder devrait absolument vous terrifier.

Une citation de :Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts

En misant tous leurs jetons sur Gavin Newsom sans donner de plan B aux électeurs s'il venait à perdre, les démocrates ont risqué gros.

Le pari du gouverneur Newsom pourrait toutefois s'avérer payant. Selon le site d'analyse politique The Cook Political Report, le référendum s'est davantage transformé au cours des dernières semaines en scrutin sur Larry Elder, devenu malgré lui le plus grand allié de celui qu'il cherche à remplacer.

La perspective d'un Sénat contrôlé par les républicains

La sénatrice et Dianne Feinstein, à l'avant-plan et son collègue Chuck Schumer

À 88 ans, la sénatrice Dianne Feinstein est la doyenne du Sénat.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Un désaveu du gouverneur Newsom porterait un coup dur aux démocrates.

Pour la prochaine année, l'issue du vote aura évidemment un impact sur la gestion de la pandémie ainsi que sur les politiques de l'État, chef de file du pays pour des enjeux comme la lutte contre les changements climatiques.

Mais elle pourrait se répercuter jusqu'au Sénat, où les démocrates, à égalité avec les républicains avec 50 sièges chacun, n'exercent un contrôle limité que grâce au vote prépondérant de la vice-présidente Harris.

Or, certains démocrates craignent pour la santé de la sénatrice californienne Dianne Feinstein, doyenne de l'institution, à 88 ans. Advenant son départ avant la fin de son mandat, en 2025, c'est au gouverneur qu'incombera le choix de son successeur.

Larry Elder a lui-même agité le spectre d'un sénateur républicain. Cela serait un tremblement de terre à Washington, a-t-il lancé.

Vers la victoire du non?

En août, les sondages montraient une lutte extrêmement serrée entre les deux options – et un enthousiasme pour aller voter beaucoup plus grand chez les républicains.

Le non semble cependant avoir pris son envol au cours des dernières semaines. La moyenne des sondages compilée par FiveThirtyEight confère désormais 57,5 % des appuis au rejet de la destitution contre 40,8 % en faveur du départ du gouverneur.

Fort d'un trésor de guerre de 70 millions de dollars, Gavin Newsom a en outre pu inonder les ondes de publicités.

En se basant sur le taux de participation (38 % en date de lundi matin, selon le site Political Data) et l'affiliation des électeurs qui ont voté, les experts prédisent que Gavin Newsom restera en poste.

Jusqu'ici, les démocrates sont plus nombreux que les républicains à avoir voté, particulièrement par correspondance. Comme lors de la présidentielle de 2020, il est cependant prévisible que davantage de républicains préfèrent voter en personne le jour du vote.

Pour remporter leur pari, les républicains doivent compter sur un taux de participation beaucoup plus élevé que celui des démocrates. L'État compte 46,5 % d'électeurs démocrates enregistrés, 24,1 % de républicains et 23,3 % d'indépendants, selon les données du Public Policy Institute of California.

À moins d'une victoire écrasante, les résultats risquent de se faire attendre en raison du dépouillement du vote par correspondance.

Signe probable de la défaite attendue, plusieurs républicains, dont des ténors de Fox News, critiquent déjà l’intégrité du processus électoral, faisant écho à la présidentielle américaine de 2020, dont ils avaient contesté la légitimité sans fondement.

Lundi, Donald Trump a par exemple critiqué par voie de communiqué la gigantesque fraude électorale en Californie.

Larry Elder a pour sa part ouvert la voie à des contestations judiciaires. Lundi, alors qu'aucun résultat n'avait été dévoilé, il a invité ses partisans à rapporter des fraudes sur un formulaire en ligne qui avançait déjà que des fraudes avaient été détectées.

Un possible avant-goût de la dynamique des élections de mi-mandat de 2022.

Avec les informations de New York Times, Politico, Vox, CNN, et CNBC

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