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Le secteur touristique réclame des engagements plus précis des partis politiques

Les chutes du Niagara.

Les chutes du Niagara sont l'attraction touristique principale à Niagara Falls.

Photo : Radio-Canada / Cédric Lizotte

Les entreprises touristiques ontariennes se réjouissent de pouvoir accueillir de nouveau les clients étrangers dont elles ont été privées pendant plusieurs mois en raison de la pandémie. Mais la mesure a été prise trop tard, regrettent plusieurs d’entre elles, éprouvées financièrement. Elles exigent des engagements plus précis des partis politiques en campagne électorale au sujet de la gestion des frontières et du soutien au secteur touristique.

La réouverture des frontières canadiennes aux voyageurs étrangers pleinement vaccinés redonne un peu d’espoir à Cheryl Vanditelli. La commerçante a récemment rouvert son café au centre-ville de Niagara Falls après une fermeture de neuf mois en raison du ralentissement des affaires causé par la pandémie.

Elle estime que sa clientèle est composée à 80 % de touristes en provenance de l’étranger.

C’est une bonne nouvelle pour le Canada, surtout pour nous, à Niagara Falls, qui dépendons très fortement du tourisme. Nous avons été écrasés ici.

Une citation de :Cheryl Vanditelli, propriétaire du café Queen Bean de Niagara Falls

Elle rappelle progressivement au travail les 10 employés qu’elle avait dû mettre à pied et souhaite que le commerce qu’elle a longtemps rêvé de lancer à sa retraite en 2019 puisse finalement mieux se développer.

Mais son enthousiasme est freiné par les nombreuses questions qu’elle se pose au sujet de l’évolution de la pandémie.

Nous ne savons pas si un autre variant va apparaître, on pourrait continuer à en avoir. [...] On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, indique-t-elle.

Jérôme Leis en veston devant une des entrées de l'hôpital Sunnybrook regarde au loin.

Selon le Dr Jérôme Leis, il est raisonnable d'ouvrir les frontières en ce moment aux étrangers pleinement vaccinés.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Ses inquiétudes sont valides, selon l’analyse du Dr Jérôme Leis, directeur de la prévention et du contrôle des infections à l’Hôpital Sunnybrook de Toronto.

Il estime qu’en ce moment, l’ouverture de la frontière aux étrangers est une décision raisonnable étant donné les mesures additionnelles mises en place par le gouvernement, dont l’exigence d’un test PCR négatif dans les 72 heures précédant le voyage.

Il va falloir suivre la situation de près et suivre les données notamment de l’Agence des services frontaliers du Canada pour s’assurer que le taux de positivité demeure très faible. Évidemment [...] on sait que de nouveaux variants peuvent se développer dans d’autres parties du monde, il va falloir surveiller la situation et être prêts à réévaluer au besoin, souligne le médecin.

À 2000 km de Niagara Falls, dans le nord-ouest de la province, Ryan Runge, propriétaire de pourvoiries, a les mêmes préoccupations que Cheryl Vanditelli.

L’entrepreneur a été privé pendant plusieurs mois de sa clientèle principalement américaine. Depuis le 9 août, plus de la moitié de ses chalets sont toujours occupés et il s’apprête à recevoir cette semaine un groupe de clients britanniques.

À quelques semaines à peine de la fin de la saison de chasse à l’orignal qui attire de nombreux clients, son verdict est sans équivoque.

Je pense qu’il est trop tard. [...] Au printemps, le nombre de cas était encore plus bas, les gens étaient prêts à voyager à nouveau, on aurait pu ouvrir beaucoup plus tôt. On a perdu beaucoup d’argent.

Une citation de :Ryan Runge, propriétaire de pourvoiries à Kenora

Une potentielle multiplication des variants de la COVID-19 dont [il] entend parler à la radio l’inquiète et il préfère ne pas penser à la possibilité de perdre une autre saison.

Alors que la campagne électorale bat son plein, Ryan Runge souhaite que les partis politiques fournissent aux entrepreneurs comme lui des clarifications sur leur plan de gestion des frontières.

Nous ne savons rien. On aimerait savoir quels seront leurs plans pour l’avenir si la situation empire. Nous sommes un secteur qui a été durement touché et on a besoin d’avoir un plan, souligne l’entrepreneur.

Une préoccupation, selon des candidats en campagne

Des candidats en campagne approchés par Radio-Canada indiquent être fréquemment questionnés par des citoyens au sujet de leur point de vue sur la gestion de la frontière.

Le libéral David Bruno, candidat dans la circonscription de Kenora, reconnaît que la clientèle américaine génère une partie non négligeable des revenus des petites entreprises de la région.

Ce que je dis à la population quand on me parle [d’inquiétudes liées] au tourisme, c’est que le gouvernement va donner tout le soutien nécessaire pour maintenir notre industrie et nos petites et moyennes entreprises et aussi qu’il est important d’accroître le taux de vaccination pour ouvrir un peu plus l’économie. On va toujours suivre la science là-dessus, note-t-il.

Dans sa plateforme, le Parti libéral promet notamment aux entreprises des secteurs canadiens du tourisme, qui ont beaucoup souffert, une subvention salariale et une subvention pour le loyer provisoire pouvant compenser jusqu’à 75 % de leurs frais afin de les aider à passer l’hiver.

Dans la circonscription de Windsor-Tecumseh, la candidate néo-démocrate Cheryl Hardcastle, qui tente un retour à la Chambre des communes après sa défaite en 2019, dit entendre autant des inquiétudes liées à des questions de réunification familiale que des préoccupations liées au tourisme.

Les gens savent que [la situation à la frontière] est précaire, note-t-elle, ajoutant qu’un gouvernement néo-démocrate serait prêt à travailler avec les provinces et les municipalités afin de soutenir financièrement les entreprises mises à mal par la pandémie.

Le NPD promet aussi d'étendre la Subvention salariale d'urgence et la Subvention d'urgence pour le loyer pour les petites entreprises jusqu'à ce qu'elles puissent rouvrir complètement.

Le Parti conservateur, pour sa part, promet dans sa plateforme une série de mesures destinées à venir en aide à l’industrie touristique, dont des prêts de relance pour les petites et moyennes entreprises pouvant s’élever jusqu’à 200 000 $ avec une dispense pouvant atteindre 25 %.

L'industrie touristique exige aussi plus de soutien

L’Association de l’industrie touristique de l’Ontario estime aussi que la réouverture des frontières aux touristes aurait pu avoir lieu six à huit semaines plus tôt, selon son directeur général Christopher Bloore.

Ça aurait permis aux entreprises d’obtenir des revenus dont ils ont été privés au cours des 18 derniers mois et d’avoir la chance de passer à travers 2021 et 2022 avec moins d’aide des gouvernements, explique-t-il.

Christopher Bloore, de l'Association de l'industrie touristique de l'Ontario

Christopher Bloore, de l'Association de l'industrie touristique de l'Ontario

Photo : Radio-Canada

Consciente du fait qu’un nouveau gouvernement pourrait être à la tête du pays sous peu, l’Association a entamé des discussions avec tous les partis afin de leur faire part des doléances des entreprises touristiques.

Nous voulons nous assurer qu’ils savent ce dont nous avons besoin et peut-être nous donner même plus que ce qui est écrit dans leurs plateformes en ce moment.

Une citation de :Christopher Bloore, directeur général de l’Association de l’industrie touristique de l’Ontario

Il signale que de nombreuses entreprises saisonnières, par exemple, ont eu des difficultés à avoir accès aux programmes d'aide financière mis en place par les gouvernements et aimerait voir des programmes ayant un petit peu plus de flexibilité.

Nous sommes une industrie qui n'est relativement pas endettée. Nous savons que notre industrie va reprendre son rythme normal lorsque les gens pourront circuler normalement à nouveau. Notre message, c'est : "l'argent que vous nous donnez, vous le percevrez en taxes dès que nous pourrons rouvrir pleinement et que nous pourrons d'ailleurs recruter les Ontariens et les Canadiens qu'on n'a pas pu embaucher au cours des derniers mois", conclut-il.

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