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Les bébés nés durant le confinement s’adaptent plus lentement à la garderie

Une éducatrice masquée tient un enfant dans ses bras en montrant un jouet à un autre enfant.

Au CPE L'Attrait Mignon, les éducatrices masquées parlent beaucoup aux enfants et nomment tout ce qu'elles font.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Un lien très serré avec les parents, des enfants plus sensibles au bruit et plus craintifs : des éducatrices notent des particularités chez les poupons qui, pour une seconde année de suite, entrent à la garderie après avoir passé leurs premiers mois de vie dans une bulle familiale étroite, pandémie oblige.

La directrice du Centre de la petite enfance (CPE) Tortue têtue, Marie-Claude Gagnon, estime que les poupons accueillis à l'automne 2020 étaient différents des autres enfants qui arrivent en pouponnière d’habitude. Ce sont, dit-elle, des bébés très accrochés à leurs parents, parce qu'ils ont été en bulle avec maman et avec papa, qui ont eu peu de contacts avec l'extérieur; donc, des enfants plus craintifs.

Les parents sont quant à eux un peu désemparés sur la question du sommeil.

L’adaptation à la garderie, qui s'étale habituellement sur un mois, s'est avérée plus longue pour ces nourrissons. Il faut dire que, l'automne dernier, les parents n'avaient pas accès aux locaux et devaient laisser leur enfant à la porte. Dans un tel contexte, il est difficile de faire une entrée progressive à la garderie.

La petite fille (bébé) de Stéphanie Landry dormant sur une couverture douce.

Nathalie Bigras, professeure en didactique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et directrice scientifique de l'Équipe Qualité petite enfance, a reçu plusieurs demandes de conseils. Dans les discussions que j'ai eues avec certaines éducatrices et directrices, on nous parlait de "bébés-bras" [...] qui demandent plus d'être rassurés qu'avant. On m'a raconté que certains enfants ont pris de novembre à mars à s'adapter.

C'est très dur pour les parents de voir leur enfant continuer à pleurer tous les matins quand ils le quittent.

Une citation de :Nathalie Bigras, professeure en didactique à l'UQAM

Mme Bigras insiste sur l'importance de la stabilité et de la qualité des services de garde pour favoriser le passage de la bulle familiale étroite au CPE en contexte de crise sanitaire. Si l'enfant se trouve dans un service de garde de mauvaise qualité, où on refuse de prendre l'enfant dans les bras lorsqu'il pleure – ça existe! –, il va développer de la détresse.

Avec la vaccination et un certain déconfinement, l'adaptation à la garderie se passe mieux cette année. Le CPE L'Attrait Mignon, à Longueuil, a ouvert une pouponnière de 20 places au printemps dernier. La directrice Claudia Beaudin est optimiste à l'égard de ces bébés qui auront développé d'autres forces.

Le fait que les enfants aient été confinés avec leurs parents n'est pas une chose négative, dans le sens où ça a permis à l'enfant de développer un attachement profond avec son parent, un attachement significatif, et ça, c'est précieux dans la vie d'un poupon.

Une éducatrice masquée avec une petite fille dans les bras.

Au CPE L'Attrait Mignon, une éducatrice rassure la petite Allison.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Les bébés qui arrivent au CPE Tortue têtue ces jours-ci ont eu plus de contacts sociaux que ceux de l'automne 2020. On est en processus d'intégration depuis la mi-août et ça n'a rien à voir avec l'été passé. Ce sont des enfants qui sont sortis cet été, qui sont allés dans les parcs et qui ont revu les grands-parents, les familles élargies, constate Marie-Claude Gagnon.

Un grand laboratoire

Plusieurs chercheurs en petite enfance s'intéressent aux bébés nés durant le confinement. C’est le cas de la neuropsychologue Miriam Beauchamp, du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, à Montréal.

C'est une période qui est vraiment importante au niveau du développement social. Une période où l'enfant apprend à regarder les gens, à décoder les émotions, à reconnaître les intentions de quelqu'un par leurs yeux, par leur bouche. Et durant le confinement, les bébés ont été moins exposés à une panoplie de visages et de personnes différentes.

Une citation de :Miriam Beauchamp, neuropsychologue au CHU Sainte-Justine

Les effets du confinement sur le développement des tout-petits se feront-ils sentir à long terme et sur une majorité des enfants? Il est difficile de donner une réponse pour l’instant, selon Mme Beauchamp, qui enseigne à l’Université de Montréal.

Ça va probablement être comme les enfants du verglas. [...] Il y a des études qui se sont penchées sur les enfants nés en 1998, où on a identifié que si les mères avaient des niveaux de stress très élevés, ça affectait ces poupons-là. Ce sera intéressant de voir si le stress qui a affecté les parents pendant le confinement a affecté les enfants.

Enfin, la professeure Nathalie Bigras se préoccupe quant à elle des répercussions de la pénurie de personnel : La pénurie et le roulement de personnel dans les garderies ne vont pas aider le processus d'adaptation des bébés, qui ont besoin de stabilité et d'éducatrices qui les connaissent bien.

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