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Les risques de cohabiter avec une poule

La garde chez soi de poules est de plus en plus populaire, mais les poules urbaines peuvent représenter un enjeu de santé animale et humaine.

Des poules.

De plus en plus de villes autorisent la présence de poules urbaines.

Photo : Radio-Canada

Au Québec, en 2021, environ 70 municipalités urbaines et périurbaines ont déjà permis ou sont sur le point de permettre la garde de poules. Les citadins peuvent avoir leurs poules derrière la maison, dans le cadre de la réglementation propre à chaque municipalité.

Si s’occuper de poules apporte des bienfaits pour tous les membres de la famille, les poules peuvent développer des maladies aviaires ou être porteuses de la salmonelle et la propager aux humains.

Le docteur Jean-François Lapointe de la Clinique vétérinaire de Saint-Césaire en Montérégie peut en témoigner. Sa clinique a été inondée d’appels. Il a été l'un des premiers à se perfectionner dans le domaine des maladies aviaires.

Sa pratique consacrée à temps plein aux bovins a été bouleversée. 50 % de son travail consiste maintenant à traiter et à prévenir les maladies infectieuses des poules urbaines. Certaines le préoccupent plus que d’autres. Des maladies contagieuses qui peuvent parfois mener à l’euthanasie des poules.

Jean-François Lapointe devant un poulailler.

Le Dr Jean-François Lapointe est vétérinaire à la Clinique vétérinaire de Saint-Césaire.

Photo : Radio-Canada

Définitivement, ce que j’aime le moins, [ce] sont les laryngotrachéites et mycoplasmes par le côté porteur asymptomatique, insidieux. J’en vois beaucoup, des gens qui malheureusement ont accueilli chez eux un animal, un oiseau de quelqu’un d’autre. Pis la maladie […] ça recommence.

Une citation de :Dr Jean-François Lapointe, vétérinaire, Clinique vétérinaire de Saint-Césaire

Comme le risque de propagation est grand, avant qu’une nouvelle poule intègre le poulailler urbain, la quarantaine est recommandée par les vétérinaires, ainsi qu'un dépistage et un traitement préventif. Mais parfois, il est trop tard. Par exemple, une poule atteinte du virus qui cause la laryngotrachéite, si elle en survit, reste porteuse à vie.

J’ai vu des cas où les gens avaient recueilli des poules du voisin qui voulait plus en faire une poule que j’appelle de sauvetage ou rescue, puis cette poule-là était porteuse de laryngotrachéite entre autres. C’est dommageable, puis il y a eu 30 % de mortalité… C’est assez triste à voir puis c’est pas beau à voir, sont très malades.

Une citation de :Dr Jean-François Lapointe, vétérinaire, Clinique vétérinaire de Saint-Césaire

Toutes les poules urbaines ne sont pas malades

Il a deux manières pour les éleveurs urbains et périurbains d’acheter leurs poules.

Environ 80 % des poules urbaines proviennent des meuneries ou des quincailleries. Le plus gros fournisseur au Québec est le réseau Sollio (La Coop fédérée). Les poussins élevés dans des troupeaux commerciaux ont été vaccinés, ils ne sont donc pas porteurs de maladies. De plus, l’environnement de biosécurité stricte écarte l’enjeu de santé humaine.

Le reste des poules urbaines provient de petits élevages de type basse-cour dont on ignore le statut sanitaire.

Risque de danger pour la santé humaine

Le citadin dont les poules ont été achetées dans de petits élevages amateurs ne peut pas savoir si ses poules sont porteuses ou non de la salmonelle, une bactérie transmissible à l’humain en manipulant les poules, les œufs ou par des contacts avec les fientes et la carcasse.

Portrait de Martine Boulianne.

Dre Martine Boulianne est directrice de la Chaire en recherche avicole de l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Ça demeure un risque pour la santé publique, ça demeure un risque pour le propriétaire, ça demeure un risque pour les enfants et le consommateur d’œufs.

Une citation de :Dre Martine Boulianne, professeure titulaire, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal. Directrice de la Chaire en recherche avicole

Aux États-Unis, en 2020, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont rapporté 700 cas de salmonellose, dont 300 personnes qui ont été hospitalisées. 25 % des personnes contaminées étaient des enfants. Tous ces cas étaient reliés à des oiseaux de basse-cour.

Un animal sauvage, comme un rongeur, qui rôde autour du poulailler urbain peut répandre des salmonelles. Une fois la poule infectée, la bactérie est présente dans l’œuf.

La salmonelle reste présente dans un œuf mal cuit. L’ingérer, c’est risquer de développer diarrhées, fièvres ou douleurs abdominales. De plus, la chercheuse insiste : ne jamais laisser les œufs de poules d’arrière-cour sur le comptoir de la cuisine.

Ce qui arrive, c’est qu’une bactérie, salmonella par exemple, va se multiplier, va se diviser en deux aux 20 minutes. Imaginez la charge qui va se développer à l’intérieur d’un œuf, vous allez vous retrouver après plusieurs heures avec une population exponentielle de salmonelles. Et votre œuf devient littéralement une bombe biologique.

Une citation de :Dre Martine Boulianne, professeure titulaire, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal. Directrice de la Chaire en recherche avicole
Des poules picorent.

Les poules urbaines font le bonheur de leurs propriétaires.

Photo : Radio-Canada

Malgré tout, pour la vétérinaire, il est très possible d’élever des poules à petite échelle sans grands risques pour la santé humaine, si les principes de prévention et de précaution sont appliqués.

Loin d’avoir un discours alarmiste, je crois que l’important, c’est d’éduquer les gens [...] qui possèdent des poules de façon à ce que tout un chacun connaisse les risques qui sont inhérents à posséder des poules urbaines.

Une citation de :Dre Martine Boulianne, professeure titulaire, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal. Directrice de la Chaire en recherche avicole

Le reportage de Rachel Brillant et de Luc Rhéaume est diffusé à l'émission La semaine verte le samedi à 17 h et le dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 20 h.

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