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COVID-19 : résignés, hésitants ou craintifs, à la rencontre de non-vaccinés

Malgré le succès de la campagne de vaccination au pays, de nombreux Canadiens, dont près d’un million de Québécois, n’ont pas jusqu'à maintenant reçu leur vaccin contre la COVID-19. Rencontres avec des hésitants et des convaincus.

Osako Omba regarde son chien Lolita dans la fenêtre de sa voiture.

Osako Omba, ici avec son chien Lolita dans le quartier Parc-Extension à Montréal, a été très malade avec la COVID-19 et préfère attendre avant de se faire vacciner.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le printemps dernier, Osako Omba, 50 ans, a pensé mourir. Atteinte de la COVID, elle a été au lit avec la diarrhée pendant 20 jours d'affilée. La maladie l’a laissée affaiblie et amaigrie. Aujourd’hui encore, elle manque de souffle et n’a pas entièrement retrouvé son odorat.

La résidente de l'Ouest-de-l'Île de Montréal, originaire du Congo, préfère malgré tout écouter son corps et attendre avant de se faire vacciner. L’auxiliaire à domicile continue à se faire dépister trois fois par semaine, comme l’exige le gouvernement depuis avril pour les travailleurs de la santé non vaccinés. Mais à partir de la mi-octobre, elle devra obligatoirement être vaccinée sous peine de suspension sans solde.

Pour moi, c’est pas le temps de prendre le vaccin, car je ne sais pas ce que cette saloperie a laissé dans mon corps. Personne ne connaît mon corps mieux que moi, dit Osako, interviewée près de la résidence d’un de ses patients, dans le quartier montréalais de Parc-Extension. Elle se fie à des remèdes maison, à base de sapin notamment (aucune instance sanitaire ne recommande ce remède, NDLR).

Osako Omba n’a pas non plus confiance aux laboratoires pharmaceutiques, qui choisissent souvent des pays en développement pour réaliser des essais cliniques. On a été testés comme des cobayes, nous, les Africains. Je ne fais pas confiance à ces gens-là, désolée, affirme-t-elle.

Sam Soros pose devant un commerce de la rue Ontario Est, à Montréal.

Sam Soros, résident de Montréal de 23 ans, estime qu'il est moins à risque face à la COVID-19 et choisit de ne pas se faire vacciner.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Rencontré à deux pas de chez lui, rue Ontario Est, à Montréal, Sam Soros voit pour sa part peu l’urgence de se faire vacciner puisque, étant jeune, il se sent moins à risque face à la maladie. Et ceux qui veulent le vaccin vont être protégés. Alors je ne vois pas trop l’intérêt, affirme le jeune homme de 23 ans originaire de Colombie-Britannique.

Dénonçant un monde orwellien, où les libertés individuelles seraient menacées par les gouvernements, Sam Soros redoute également des effets secondaires du vaccin. Je connais quelqu’un qui a ressenti des effets de la vaccination un à deux mois après l’injection, souligne-t-il.

Actuellement au chômage, le jeune homme retournera éventuellement travailler dans le domaine de la restauration. Et il aimerait bien faire un voyage à New York, pour lequel il n’aurait pas le choix d’être vacciné. Peut-être réévaluera-t-il sa décision à ce moment-là, dit-il.

Un refus, diverses raisons

Les personnes interviewées par Radio-Canada, hommes et femmes de tous âges et milieux, ont évoqué diverses raisons pour ne pas se faire vacciner : méfiance envers le gouvernement, les compagnies pharmaceutiques et les vaccins, ou encore phobie des aiguilles. Certains ouvrent la porte à une vaccination éventuelle, d’autres y sont fermement opposés.

Dans le cadre du plus récent sondage de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) paru le 24 août, un adulte québécois non vacciné sur cinq mentionne avoir des craintes quant aux effets secondaires possibles du vaccin. Parmi le reste des répondants, 20 % ont des préoccupations par rapport à l’efficacité du vaccin.

D’autres répondants (11 %) craignent la nouveauté du vaccin, alors que certains (16 %) se méfient des vaccins en général. D’autres n’en voient pas l’utilité, car selon eux les risques pour leur santé sont faibles (10 %). Le questionnaire de l’INSPQ est réalisé en ligne et environ 3300 adultes y répondent chaque semaine.

Ginette et Mélanie Rossignol posent devant et dans une voiture à Sainte-Thérèse, en région de Montréal.

Ginette Rossignol (gauche) est vaccinée contre la COVID-19, mais sa fille Mélanie (droite) ne l'est pas.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mélanie Rossignol, rencontrée devant chez elle à Sainte-Thérèse accompagnée de sa mère Ginette, ne compte pas se faire vacciner pour toutes ces raisons. Elle n’a jamais été vaccinée de sa vie, ni enfant ni adulte. À 46 ans, elle n’a pas l’intention de changer.

Selon elle, la vaccination fait partie d’un complot du gouvernement. Elle se questionne aussi sur la rapidité du développement du vaccin.

En arrêt de travail depuis un accident de voiture il y a 15 ans, Mélanie Rossignol fait peu de cas du passeport vaccinal entré en vigueur le 1er septembre au Québec, et qui est exigé aux citoyens qui veulent s’adonner à des activités non essentielles. De toute façon, elle sort peu de chez elle, dit-elle.

Sa mère de 72 ans se méfie également des vaccins, mais elle a fini par s'y résigner, pour pouvoir continuer à voyager à Cuba, notamment. Mais elle ne tenterait d’aucune manière de convaincre sa fille de faire de même. C’est sa décision.

Michel, camelot de 58 ans, devant une maison de Longueuil.

Michel, camelot de 58 ans, ne voit pas l'urgence de se faire vacciner.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Michel, camelot de 58 ans, ne voit pas l’urgence de se faire vacciner. Je ne suis pas malade. Peut-être que la journée que je vais tomber malade, je vais me faire vacciner, laisse tomber le résident de la Rive-Sud, lors de sa distribution de circulaires à Longueuil.

Michel minimise par ailleurs l’impact de la COVID-19, qui a fait plus de 27 000 morts au Canada et plus de 4,5 millions dans le monde. Selon lui, il a peu de chance d'attraper le virus qu'il voit comme un phénomène marginal. Il précise qu’il consomme très peu d’information dans les médias ou sur le web.

Je n’ai pas de téléphone, pas d’Internet, dit-il.

Un variant qui change la donne

En date du 7 août, 87,8 % des Québécois de 12 ans et plus (plus de 7 millions de personnes) ont reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19, et 82,3 % sont adéquatement vaccinés, selon les données de l’INSPQ. L’objectif initial du gouvernement du Québec était de vacciner 75 % de la population, et cette cible a été atteinte le mois dernier.

Mais avec l’arrivée du variant Delta, 60 % plus contagieux que le variant Alpha, les objectifs de vaccination ont été revus à la hausse. Comme le seuil d'immunité collective est calculé en fonction de la contagiosité du virus, les experts parlent dorénavant de cibler les 90 % de vaccination. Ottawa recommande de dépasser le seuil de 80 % pour tous les groupes d’âge.

Au moment où la quatrième vague frappe, la population non vaccinée est proportionnellement beaucoup plus nombreuse dans les hôpitaux que les vaccinés : 7,5 fois plus, selon les plus récentes données du gouvernement du Québec. Les deux doses du vaccin réduisent considérablement les risques de développer une forme grave de la COVID-19, répètent les experts depuis des mois.

Le docteur Bellemare porte un sarrau bleu, un masque et a un stéthoscope autour du cou.

Le Dr Patrick Bellemare est chef du programme de soins critiques à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Chef de l'unité de soins intensifs et pneumologue à l'Hôpital du Sacré-Cœur à Montréal, Patrick Bellemare doit traiter des patients gravement malades de la COVID, la plupart étant non vaccinés.

On leur propose de se faire vacciner et de convaincre les gens autour d’eux. Et aussi, on essaie de les convaincre que, contrairement à beaucoup de maladies, dans le cas de la COVID, plusieurs personnes peuvent être très malades à leur tour, et ensuite congestionner le système, déplore le médecin.

Une situation qu’il trouve extrêmement frustrante.

Ça nous oblige à prendre des décisions de triage, et ça me fait vieillir plus vite. Car je porte le poids moral de choisir qui on doit soigner, dit-il.

Après l’hésitation, la vaccination

De nombreux indécis continuent tranquillement à franchir le pas de la vaccination, relancée par l’entrée en vigueur du passeport vaccinal. Même si la campagne tourne au ralenti, chaque jour, de 5000 à 10 000 Québécois se font vacciner une première fois.

Fanny Dupont Warner et son mari, qui demeurent sur la Rive-Sud, ont longtemps refusé l’injection. Ils se sont finalement ravisés le mois dernier pour des raisons pratiques : ils avaient envie de retrouver une vie normale.

La jeune femme s'inquiétait des effets secondaires du vaccin, notamment sur les menstruations, un phénomène rapporté par de nombreuses femmes, mais pour lequel les experts n'ont pour l'instant pas établi de corrélation. Des femmes disent que leurs cycles menstruels ont changé drastiquement. [...] Mais ces données-là sont pêle-mêle. Personne ne rapporte vraiment les données, il n'y a pas d'études solides, souligne-t-elle, tout en se disant ni pour ni contre le vaccin.

Et tout le monde fait semblant de savoir à 100 % ce qui se passe. Mais que dans le fond il y a beaucoup d'inconnues, ajoute la femme au foyer de 33 ans, qui a toutefois été rassurée d’apprendre que le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques, la FDA, a autorisé pleinement le vaccin Pfizer le 23 août dernier. Le vaccin bénéficiait déjà d'une autorisation d'urgence.

Kim Lavoie, professeure de psychologie en médecine comportementale à l'Université du Québec à Montréal, estime que les derniers récalcitrants sont souvent intolérants face à l’incertitude. Ils se disent, si je décide de ne pas me faire vacciner, j'ai le contrôle sur les effets secondaires. Si j'attrape le virus, c'est un hasard, ou une malchance. C'est un calcul coût-bénéfice.

Un calcul qui ne tient plus la route, dit-elle, en raison notamment de l’émergence des variants, qui ont complètement changé la donne. Avec le variant Delta, si tu sors un peu, tu attraperas la COVID, c’est certain. Bref, c'est beaucoup plus risqué de ne pas se faire vacciner.

Elle estime qu’il faut tenter de convaincre les hésitants et non pas le noyau dur d’antivaccins. Ce sont les premiers qu’il faut aller chercher un à un, sur le terrain, avec des cliniques mobiles dans les cégeps et les universités notamment, croit-elle. Les jeunes de 18 à 29 ans continuent à être les moins vaccinés, 20 % de la population admissible n’ayant toujours pas reçu de première dose.

Dominic Gagné pose non loin de son appartement à Saint-Jérôme, dans les Laurentides.

Dominic Gagné, résident de Saint-Jérôme de 42 ans, avait longuement hésité à se faire vacciner en raison de sa phobie des aiguilles.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Rencontré le jour de sa vaccination, Dominic Gagné, résident de Saint-Jérôme, dans les Laurentides, se rendait à une clinique sans rendez-vous pour sa première dose.

Dans la foulée de l'annonce de Québec sur la vaccination obligatoire du personnel de la santé, l'intervenant social dans une ressource intermédiaire aurait, sans vaccination, perdu son emploi.

L'homme de 42 ans est loin d’être antivaccin, mais son angoisse et sa phobie des aiguilles avaient jusqu’à ce jour eu le dessus sur lui. Ni sa conjointe, vaccinée deux fois et qui l’accompagnait à la vaccination, ni personne d’autre n’avait pu le convaincre jusque-là.

Si le vaccin se prenait en comprimé ou par voie nasale, si je pouvais sniffer une pilule, je l’aurais pris sans problème, dit-il.

Dominic Gagné quitte l’entrevue et presse le pas : Je dois y aller avant de changer d’idée.

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