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La statue du général sudiste Robert Lee déboulonnée à Richmond, en Virginie

Le général Robert Lee assis sur un cheval au sommet d'un monument de pierre.

Le monument en hommage au général Robert Lee à Richmond, en Virginie

Photo : Associated Press / Steve Helber

Agence France-Presse

Après plusieurs années de tensions focalisées sur le passé esclavagiste des États-Unis, le plus important monument dénoncé comme un symbole raciste dans le pays a été déboulonné mercredi en Virginie : la gigantesque statue du général Lee, l'ancien commandant des sudistes.

Ayant trôné plus de 130 ans sur son piédestal haut de 12 m, la statue équestre a été descendue en douceur par une grue à Richmond, l'ex-capitale des sécessionnistes pendant la guerre civile de 1861 à 1865.

Des centaines de personnes s'étaient massées à distance pour assister à l'événement. Certaines ont brandi le poing, lâché des quolibets ou poussé des vivats quand l'imposante pièce de bronze, œuvre de l'artiste français Antonin Mercié, a été arrachée à son socle.

Principal dirigeant militaire des confédérés, Robert Lee a lutté avec les États du Sud contre ceux du Nord qui avaient aboli l'esclavage.

Ce retrait efface une tache sur l'histoire de la Virginie et l'histoire de l'Amérique, confiait Muhammad Abdul-Rahman, un responsable associatif local.

Une statue est retirée de son socle par de la machinerie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La statue du général Lee a été retirée avec précaution de son socle érigé au cœur de la ville de Richmond, ancienne capitale des États confédérés d'Amérique.

Photo : Reuters

Tandis que de nombreux monuments confédérés aux quatre coins du pays ont été récemment démontés en catimini – parfois en pleine nuit – sous la pression du mouvement Black Lives Matter, le gouverneur démocrate de Virginie, Ralph Northam, a, lui, souhaité donner un retentissement national à ce déboulonnage.

Les monuments célébrant Robert Lee et les autres grandes figures des États sudistes sont aujourd'hui considérés comme des symboles racistes par une bonne partie des Américains, d'autres considérant au contraire qu'ils font partie de leur patrimoine historique. La question reste délicate.

Illustration de la profonde fracture qui divise le pays sur ce sujet, l'ancien président républicain Donald Trump a dénoncé mercredi dans un communiqué le déboulonnage de cette magnifique statue célébrant l'un des plus grands stratèges.

Notre culture est détruite, et notre histoire et notre héritage, qu'ils soient bons ou mauvais, sont anéantis par la gauche radicale.

Une citation de :Donald Trump, ex-président des États-Unis, dans un communiqué

Le gouverneur Northam avait annoncé son intention d'enlever la statue du général confédéré en juin 2020, 10 jours après la mort à Minneapolis de George Floyd, asphyxié sous le genou d'un policier blanc.

L'homicide de cet Afro-Américain a suscité un mouvement planétaire de dénonciation des discriminations raciales et relancé avec vigueur le débat sur le passé esclavagiste du pays.

Bataille judiciaire

Une guérilla judiciaire lancée par des partisans du maintien sur place de la statue confédérée – la plus grande du pays – a retardé le démontage, finalement validé la semaine dernière par une décision de la Cour suprême de la Virginie.

Chevauchant fièrement son pur-sang, rênes en main, Robert Lee a une posture volontairement dominatrice. Sa statue, pesant 12 tonnes, culminait à la hauteur d'un immeuble de six étages.

Une fois au sol, l'œuvre en bronze a été découpée à la scie, au niveau de la ceinture du général. Les deux morceaux ont ensuite été emportés par camion-plateau.

À qui est cette rue? À nous! ont scandé les témoins rassemblés sur Monument Avenue, ce boulevard de Richmond jalonné jusqu'à 2020 d'autres statues à la gloire des perdants de la guerre de Sécession.

Ce quartier normalement paisible est, de fait, devenu un épicentre de tension et de contestation, comme en témoigne le socle de la statue, maculé de graffitis et de slogans appelant notamment les policiers à rendre des comptes.

Étant donné la nature controversée du monument, les autorités avaient pris des mesures de sécurité draconiennes, interdisant temporairement la circulation autour du périmètre, les survols par drone étant également prohibés mercredi.

Richmond n'est plus la capitale de la Confédération, s'est félicité Levar Stoney, le maire afro-américain de cette ville située au sud de Washington.

Plus loin dans ce même État de Virginie, une autre statue équestre controversée du général Lee, à Charlottesville, avait déclenché des violences à l'été 2017. Un extrémiste blanc était allé jusqu'à percuter en voiture une foule de manifestants antiracistes, tuant une jeune femme.

À l'époque, le président Donald Trump avait aussi estimé que déboulonner les statues des officiers sudistes revenait à mettre en pièces l'histoire des États-Unis.

Ermias Woldemariam, un habitant de Virginie présent à l'enlèvement de la statue, ne partageait pas cet avis : Si des gens veulent la voir, elle devrait être mise au musée. En tout cas pas ici, à la vue de la population jour après jour.

Le monument équestre à la gloire du général Lee sera entreposé en lieu sûr, sous la responsabilité de l'État, en attendant qu'on décide d'un lieu définitif adéquat pour l'exposer, a fait savoir le gouverneur dans un communiqué.

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